mercredi 19 novembre 2008

Mi pense à zot'

Longue interruption des billets. Je n'ai toujours pas l'internet à la maison.
Mais surtout, Selim et Elodie sont venus passer 10 jours sur mon île. 10 jours lumineux, légers, de (quasi) vacances, 10 jours pour mieux connaître ce joli rocher.
Je vais (on va...) consacrer les billets qui suivent à nos périgrinations, et je vais commencer par le bilan : de l'air !!!
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J'avais un peu parlé du sentiment d'esseulement que je ressentais malgré une vie objectivement pas désagréable. J'en ai parlé, mais je n'avais finalement pas vraiment réalisé comment il commençait à me ronger. En relisant quelques billets acides kan mi pense à zot y affole à moin, je me dis maintenant que j'avais pourtant quelques symptômes : pas que je ne puisse pas être acide, seulement qu'il n'y avait finalement pas de raisons de l'être autant.
Au delà des moments super qu'on a passé tous les trois, la découpe des pommes au cuter, la marche dans Mafate, le bivouac dans le nuage, les kilomètres mangés en écoutant Free-Dom, les aprèms aux bassins, le thé sur le toit..., eh bien il me semble que je suis un peu plus d'aplomb.
Mine de rien, de trouver les références « de tous les jours », les types de conversations, partager le regard sur le monde qui sans ça vacille, ça donne tant d'air, c'est fou !! On ne s'en rend pas compte, d'habitude !!! :-)
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Leurs appareils photos me permettent de vous donner quelques images de mon nid.
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Ici, on voit par ma fenêtre, en utilisant le "miroir" du mur coulissant qui sépare la grande pièce de la cuisine.
Petit dèj avec Selim.
Là, c'est la montagne, vue de ma petite terrasse, au petit soir.
Et puis il s'est passé un truc bizarre. Je me souviens très nettement de la dernière nuit passée à Mopti, pendant mon second voyage au Mali, avec Selim et Elo, déjà. Un vieux lecteur de cassette crachotait le blues de Boubacar Traoré, pendant qu'on prenait le thé sous les étoiles... Ce moment avait particulièrement contribué à m'amarrer à cette terre-là. Je dois vraiment fonctionner à l'émotion musicale : c'est finalement par elle que je comprends les lieux, il me semble. Au hasard d'un programme de radio, on est tombé sur une chanson qui parle du vieux facteur de Mafate. Là-haut, il n'y a pas route ; la voie des airs est un peu utilisée pour la logistique, mais, pratiquement, beaucoup s'y passe encore à pied. Ce vieux facteur y faisait toutes les semaines une tournée... ...d'une semaine. On ne peut sûrement pas vraiment comparer Bat'Kèr au grand Karkar, mais peu importe. Cette petite chanson qui faisait écho à notre marche a fait effleurer en moi pourquoi il y a toutes les chances que je puisse aimer cette terre, si je ne me laisse pas ronger bêtement.
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La brume dort dans la plaine
Le jour se lève à peine
Quantante kilos de lettres
C'est parti pour des kilomètres
Mes vieilles pompes, ma casquette
Et le cuir de ma musette
Je traverse tranquille
Dans ce monde paisible.
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Les sentiers serpentent Le cirque
La forêt se vantent fort et haut
D'appartenir à ce décor magique
De falaises, de voiles d'eau.
On y oublie même le temps
J'en perds un peu sur ma tournée
Les touristes m'arrêtent souvent
Juste pour me photographier
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J'aime le jaune de mon polo
Moin la pa pèr zot y moukate
Pas de moteur ni même de vélo
Je suis un facteur en savates
Je n'ai besoin d'aucun numéro
Ya pas de rues, ya pas de boîtes,
Je connais connais tous les habitants de là-haut :
Je suis le facteur de Mafate.
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Je connais les îlets par coeur
Roche-Plate, Ilet-aux-orangers
Ou encore Ilet-à-malheur
Chaque maison, accueil familier
Je suis un peu le messager
Porteur de toutes les nouvelles,
Celles qui s'accrochent
Tout en haut des falaises.
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J'aime le jaune de mon polo
Moin la pa pèr zot y moukate
Pas de moteur ni même de vélo
Je suis un facteur en savates
Je n'ai besoin d'aucun numéro
Ya pas de rues, ya pas de boîtes
Je connais tous les habitants de là-haut :
Je suis le facteur de Mafate.
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Fin de carrière de timbres et de courriers
Déjà quatre fois le tour de la terre
Mes mollets sont aussi durs que toutes ces années
De marches dans la fraîcheur des fougères.
J'ai rangé ma casquette, le soleil de mon polo.
Je me souviens du parfum des tamarins...
Rien n'est pareil à ce métier, rien n'est aussi beau
Je suis le facteur, je fais partie du tableau...
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J'aime le jaune de mon polo
Moin la pa pèr zot y moukate
Pas de moteur ni même de vélo
Je suis un facteur en savates
Je n'ai besoin d'aucun numéro
Ya pas de rues, ya pas de boîtes
Je connais tous les habitants de là-haut :
Je suis le facteur de Mafate.
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J'aime le soleil de mon polo
Je suis un facteur en savates
Je connais tous les habitants de là-haut
Je suis le facteur de Mafate.