Salut à tous,
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je n'ai pas été un bon blogger, le mois dernier.
Beaucoup de travail, le départ de Stéphanie en perspective... Et puis surtout un sentiment d'engloutissement : trop de choses, trop peu de temps, trop d'attentes. Je n'avais donc plus une motivation remarquable pour écrire mes bêtises du soir ; et surtout, je n'avais plus grand chose à raconter !
Raconter son travail, surtout quand ça consiste à faire de l'échantillonnage et caler des bases, je ne trouve pas ça très passionnant. Cependant, comme on fait un peu de touche-à-tout ici, il y a quelques à-côté dignes d'intérêt. Et c'est ainsi que c'est terminé le mois de février.
L'INSEE de Mayotte dépend administrativement de la DR ; on y fait quelques stats de base, même un IPC, quelques études. La grande nouveauté de cette année, c'est l'organisation d'une enquête-emploi en one shot dont on a assuré les tests et l'échantillonnage avec Stéphanie. Pendant une visio, l'idée est venue que la DR pourrait aider l'antenne de Mayotte pour la formation des enquêteurs, en particulier sur les concepts importants et compliqués des statistiques de l'emploi. A la suite de diverses considérations qui relèvent de la cuisine interne de toute institution, ce rôle de formateur m'est tombé dessus, et j'ai accepté (pour d'autres raisons relevant encore de la cuisine interne). Pour tout dire, l'attrait pour l'exotisme mahorais ne l'a pas emporté chez moi au départ : c'était un très gros travail à faire en plus de tout le reste.
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Départ de Saint-Denis jeudi 26 en matinée ; retour de Mamoudzou samedi 28 en milieu d'aprèm.
Peu de temps, somme toute, mais un enchantement.
L'approche-même de Mayotte en avion est belle. Beauté archipélique, que baigne une eau transparente, bleue-verte.
A Mayotte, deux îles principales sont habitées : Petite Ile, là où il y a l'aéroport, et Grande Terre (là où il y a l'INSEE et Mamoudzou).
Le premier déclic, pour moi, c'est quand il a fallu prendre un taxi pour aller prendre la barge pour Grande Terre. Les taxis se partagent, et les taximen répartissent d'autorité les débarquant dans les véhicules. Un peu comme au pays.
Attente de la barge ; là encore, plein de réminiscences africaines. On n'est pas au Mali, mais il y a un "quelque chose" qui flotte ; ce "quelque chose", je ne sais toujours pas le nommer ("african spirit" ?), mais il est devenu de plus en plus clair ; je ne suis pas dans "mon" Afrique, mais je ne suis pas loin : je suis quand même un peu à la maison.
Je continue d'être convaincu que l'Afrique n'est pas une, mais qu'elle est multiple ; cela dit, il y a peut-être bien une sorte "d'esprit", comme quand les européens sont identifiés comme tels hors d'Europe, comme quand les latino-américains sont identifiés comme tels hors de l'Amérique latine : un fantôme continental flotte au-dessus des nationalités. Très difficile à raconter, ce genre de sentiment, car il s'arrime dans des détails, dans des détails de détails. Une vieille femme tressait des fleurs sur des épingles pour en faire des épingles à cheveux. Je n'ai jamais vu faire ce genre de travail au Mali ; et pourtant... la posture, la précision calme et obstinée des mouvements... à la regarder, je n'étais plus dans l'Océan indien, ni dans le canal du Mozambique... j'étais au bord du Niger...
Autant le dire précisément : après quelques dizaines de minutes sur le sol mahorais, j'étais déjà bouleversé.
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Et puis après ça, la traversée en barge.
Autre enchantement. Des dizaines de petits îlots, plus ou moins grands, plus ou moins verts, parsèment la mer. La barge est africaine, et elle vogue au milieu d'un quelque chose que, pour le coup, je n'identifie pas comme africain - là, le décor est vraiment autre - mais qui est d'une beauté à couper le souffle. Etre dedans, c'est plus beau encore qu'être au-dessus, quand j'étais dans l'avion, même si l'horizon est plus limité. C'est peut-être même cette limite - relative - de la vue qui rend encore la traversée si saisissante.
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Une heure, à peine, et Mayotte m'a conquis.
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A l'arrivée à Grande Terre, je suis accueilli par Julia, une des VCAT de l'Antenne. Charmante et sympathique :-) Elle m'emmène à l'INSEE, je retrouve Françoise, Jean-Claude, et les deux autres VCAT, Camélia et Sandrine - également charmantes et sympathiques :-)))) On papote un moment, et puis on part boire un canon, parce que, bon, on n'est pas des bêtes de somme, et que halte à la violence et aux cadences infernales. Françoise me récupère et on fait un petit tour dans Mamoudzou. Cases en tôle, baraques en dur - mais avec fils de fer sur le toit ! -, ça monte, ça descend, ya des trous partout dans le bitume... J'aime ! Coup de fil de Julia : j'ai oublié mon sac de fringues dans sa voiture. Boulet un jour, boulet toujours... Ce jour-là, j'ai un peu cumulé. On convient d'aller manger chez elle et Camélia.
Case de Françoise ; résidence zouglou. Pas ce que je préfèrerais pour moi, mais assez pimpant. Je fais un peu de bricolage chez elle (!!!) et puis on prépare des petits trucs à emmener manger.
Julia et Camélia sont en coloc avec Jidé et (transitoirement) Zazou, en plein quartier mahorais. J'aime beaucoup plus le coin, c'est un peu "pourri-comme-j'aime", et, de leur appart, il y a en plus une vue géniale sur la baie où on voit le soleil se coucher. C'est le genre de personnes que j'aime bien, Jidé en particulier, et je passe une très bonne soirée.
On tchave pas tard, j'ai quand même une formation à assurer le lendemain, et Françoise se lève "très" tôt.
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Au bilan, on n'est pas parti tôt de chez Françoise car elle a oublié de se réveiller. On est quand même nettement plus que large pour arriver à l'Antenne ; le seul dommage colatéral est d'avoir laissé Camélia sur le carreau puisqu'on était censé la prendre au passage.
La formation se passe bien ; tous les enquêteurs sont bien là, mais aussi Françoise, Julia, Camélia et Sandrine. Etonnament, alors que c'est quand même un peu technique, il me semble que mon petit exposé sur l'échantillonnage est ce qui aura le plus intéressé les enquêteurs. Quand une petite nana toute discrète dans le fond lève la main et me dit "vous pourriez réexpliquer le sondage stratifié ? je n'ai pas très bien compris...", je dois dire que je suis assez surpris mais franchement content : "on" me dit un peu souvent que le "concept" et la "technique", ça ne peut pas intéresser un enquêteur. Bien sûr !! Un enquêteur ne peut pas s'intéresser à quelque chose qui le dépasse tant !! Bien sûr, il n'est bon qu'à faire passer des questionnaires !!!! Et blam !! Ca m'a un peu donné la haine. Tellement simple de faire passer sa propre incompétence sous une condescendance paternaliste (ces pov' enquêteurs...) que, par chance, j'ai pas senti à l'Antenne.
Les échanges, surtout à la pause et à la fin, m'ont passionné. Ils m'ont fait pensé aux journées de travail qu'on avait à la DG avec des codeuses des DADS. Que de connaissances et de finesse dans ces métiers si peu considérés, et pourtant si fondamentaux pour notre travail. Tééé !!
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Dans l'après-midi, on m'a prêté la voiture de l'INSEE pour faire un petit tour dans l'île. Je suis parti au hasard, vers le nord, en suivant la route côtière. Quelques arrêts pour prendre des photos (avec le téléphone... donc elles ne sont pas jolies, et pas pour tout de suite sur le blog...). Et puis à partir d'un moment, je me suis mis à prendre des auto-stoppers. Ca se fait beaucoup, là-bas. J'ai fini le tour (c'est pas si long...) en prenant, déposant, reprenant des gens. C'était très cool, j'ai pas mal papoté du coup, même si tous ne parlaient pas bien français. La vie à Mayotte - la chereté de la vie, thème décidément récurrent... -, la départementalisation... C'était un excellent contre-point aux discours zouglous (même ouverts) que j'avais eus par ailleurs.
Je suis rentré à Mamoudzou à la nuit tombée. Il y avait apéro à la coloc, et puis on devait aller manger dans un brochetti (qui ne rend pas malade les petits blancs... gentille attention pour moi, mais pour qui me prennent-elles ????).
L'apéro tire en longueur, c'est cool. Je suis content que Sandrine soit venue cette fois, car c'est avec elle, dans les VCAT, que je me sens le plus d'affinité : connaisseuse d'Afrique, à Mayotte par choix et non par hasard... Avec Jidé, on goûte le rhum arrangé à la scolopendre (
http://www.malango-mayotte.com/faune-scolopendre.htm) qu'ils conservent sagement dans leur appart, sans avoir encore osé l'ouvrir. Je ne sais pas trop identifié la spécificité gustative de la scolopendre, mais bon, c'est toujours une expérience pour "faire l'homme" :-D
Brochetti sympa : pour le dire vite, c'est un resto de grillade à ciel ouvert. Mais c'est une institution à Mayotte. Salade de papaye verte, brochettes de zébu, mabawas (ailes de poulet), fruits à pain, manioc, et on pimente au "poutou" (qui pique moyen, en fait)... Au stade Cavani, c'est grand. Mais le principe est celui des boui-bouis de coin de rue au Mali ; la mama sort sa table et cuisine devant toi ce qu'elle a devant elle, tu papotes avec tes voisins.
Françoise rentre, mais on continue quand même boire un verre avec les filles. Petit rhum. Et puis Sandrine ma ramène à la maison. Palabre trop courte !
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Le lendemain matin, on chope une enquêtrice qui avait oublié de signer quelques papiers, et puis on va avec Françoise à N'gouja, une plage où on peut nager avec des tortues. Caricature de plage de rêve, mais la marée est basse et on ne peut pas voir de tortues :-( On barbotte quand même un petit moment en regardant les poissons multicolores. Repas rapide sur la plage grâce à l'hôtel d'à côté, et puis il faut rentrer pour que je prenne la barge à l'heure pour avoir mon avion de retour. J'ai quand même eu le temps de commencer à cramer, mais je m'en suis bien sorti :-)
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Mayotte, c'est ex-cel-lent !
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quelques photos sur internet :