Je lis avec beaucoup d'attention ce qui traite de la révolte tunisienne, et en commentaire à un article de Libération, je suis tombé sur ce texte, pour lequel je me suis seulement permis de remettre la ponctuation d'aplomb :
.
Monsieur le président,
.
De la démocratie, je m’en fous. Du pluralisme politique, je m'en fous. Il y a des mauvaises langues qui disent que vous vous attachez au fauteuil de la Présidence, mais moi, je m'en fous, et même je suis prêt à vous donner mon fauteuil, les fauteuils de mes enfants et je les ferai s’asseoir sur l'hssir et si il le faut, je donne même l’hssir et ils s’assoient par terre et je m’en fous.
Que tu te présentes à d'autres élections, je voterai pour toi, et je m'en fous. Tu veux être Président à vie, je te soutiendrai, je m'en fous. Même si vous êtes le président de l'après-vie, je l'accepterai et je m'en fous. Même si, après vous, il n'y a plus aucun Président, il y aura un Chancelier ou un Premier ministre, je serai d’accord, je m’en fous.
Si vous décidez de changer l'histoire et on marquera que vous êtes l'unique Président tunisien, je serai le premier à vous aidez à falsifier l'histoire, et je m'en fous.
.
J'ai su et je vous remercie de mettre à la disposition du sud ouest révolté des milliards de dollars, pourquoi avez-vous attendu aujourd’hui ? Cette région à des Préfets, des Gouverneurs, des Maires, des Elus, de la police, des renseignements généraux. Ce beau monde, vous les rencontrez, Monsieur le Président : est-ce qu'ils vous parlent de la misère dans cette région, du chômage, de la pauvreté, de la terre qui n'est pas fertile et du ciel qui n'est pas généreux ? Est-ce qu'ils vous montrent la réalité de la région ou ils vous mentent comme la météo, comme la télé, comme la radio ? En fait, le problème n'est pas d’aujourd’hui et vous étiez Ministre de l'intérieur et des renseignements... Entre nous, Monsieur le Président, cet argent existe ou est-ce un crédit que l'on va emprunter et qui va demander du temps et n'est-ce qu'une promesse seulement pour les endormir, pardon je veux dire les calmer ?
C'est une histoire de fous mais je m'en fous.
Qu'il y ait des flics à tous les coins des rues et que les commissariats soient plus nombreux que les pharmacies, je m'en fous. Que la Tunisie, c'est un petit pays, avec des petites ressources, je le sais, mais c’est ma terre natale et tout grain de sable, pour moi, c’est de l’or ; et du reste je m'en fous.
.
Il ne faut rien changer, Monsieur le Président, qu’une justice où le juge est un vrai juge et l'inculpé un vrai inculpé, où la justice demande des comptes à tous soupçonnés de vol, ou de détournement ou d'abus de biens sociaux, une justice qui traquent les voleurs, une justice qui vide les vraies prisons des faux condamnés. Je ne demande pas la fermeture des prisons, je demande à sortir les innocents - et ils sont nombreux - et enfermer les voleurs, les truands, les bandits, les trafiquants qui ont bradé les richesses de l’État, les terres de l’État - et ils sont nombreux.
Et si on récupère tout l'argent volé ou détourné, beaucoup de diplômés achèteront leur travail ou on achètera leur silence.
.
Il ne faut rien changer, Monsieur le Président, que les libertés : je veux un peu de liberté. Non ! Beaucoup de liberté ! Non ! Je veux trop de liberté !
La liberté d’écrire sans être enchaîné, de parler sans être muselé ou de chuchoter sans être soupçonnable, de penser sans être méprisé, d'aimer sans être qualifié de traître, de haïr sans être condamnable, libre de chanter, de danser, d’écouter, de respirer, de respecter, d’ignorer, de se moquer de tous et de rien.
Je veux que le Tunisien rie jusqu'a en pleurer et quand il pleure qu'il pense à un avenir radieux et qu'il sourie jusqu’à ce que ses larmes sèchent.
Je veux des vrais journalistes, des vrais artistes, des vrais poètes, des vrais journaux, de la vraie radio, une vraie télé.
Je veux de la police comme maintenant, plein, mais une police cortège, une police qui protège, une police pour veiller pas pour surveiller, une police qui rassure. Et tant qu’à faire, Monsieur le Président, si je demande trop, je veux une vraie police de police pour démasquer les faux policiers.
.
Il ne faut rien changer, Monsieur le Président, que fermer ce parlement et VIRER ces députés. Et comme leur mission était honorifique, il faut qu'ils remboursent tous les salaires qu'ils ont touchés. Comme ça on reste dans l'honorifique, les honneurs, et ils pourront sortir avec les honneurs.
.
Il ne faut rien changer, il ne faut rien interdire qu'interdire tous les partis politiques reconnus maintenant : tous sans exception ne servent à rien : ils vous ont même induit en erreur.
.