Ce Grand Homme, pour qui j'avais un énorme respect et qui suscitait en moi un intérêt toujours renouvelé, s'est éteint la semaine dernière. J'ai déjà parlé plusieurs fois de lui dans ce blog.
Le Monde a ré-édité une interview de 2005 que je copie-colle ici, histoire de donner un aperçu supplémentaire de l'esprit de ce Monsieur :
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Pour l'écrivain Edouard Glissant, la créolisation du monde est "irréversible"
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Le grand écrivain antillais Edouard Glissant est mort le 3 février, à Paris, à l'âge de 82 ans. Poète, romancier, essayiste, auteur dramatique et penseur de la "créolisation", il était né à Sainte-Marie (Martinique) le 21 septembre 1928 et avait suivi des études de philosophie et d'ethnologie, à Paris.
Nous republions ici l'intégralité de l'entretien qu'il avait accordé au Monde 2, en 2005. Il venait alors d’achever son dernier ouvrage “La Cohée du lamentin” (Gallimard).
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Qu'entendez-vous par la nécessité de développer une "pensée du tremblement", à laquelle vous consacrez votre prochain livre ? Selon vous, seule une telle pensée permet de comprendre et de vivre dans notre monde chaotique et cosmopolite ?
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Edouard Glissant : Nous vivons dans un bouleversement perpétuel où les civilisations s'entrecroisent, des pans entiers de culture basculent et s'entremêlent, où ceux qui s'effraient du métissage deviennent des extrémistes. C'est ce que j'appelle le "chaos-monde". On ne peut pas diriger le moment d'avant, pour atteindre le moment d'après. Les certitudes du rationalisme n'opèrent plus, la pensée dialectique a échoué, le pragmatisme ne suffit plus, les vieilles pensées de systèmes ne peuvent comprendre le chaos-monde.
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Même la science classique a échoué à penser l'instabilité fondamentale des univers physiques et biologiques, encore moins du monde économique, comme l'a montré le prix Nobel de chimie Ilya Prigogine. Je crois que seules des pensées incertaines de leur puissance, des pensées du tremblement où jouent la peur, l'irrésolu, la crainte, le doute, l'ambiguïté saisissent mieux les bouleversements en cours. Des pensées métisses, des pensées ouvertes, des pensées créoles.
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Pourriez-vous donner une définition de la "créolisation" ?
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L'apparition de langages de rue créolisés chez les gosses de Rio de Janeiro, de Mexico, ou dans la banlieue parisienne, ou chez les gangs de Los Angeles. C'est universel. Il faudrait recenser tous les créoles des banlieues métissées. C'est absolument extraordinaire d'inventivité et de rapidité. Ce ne sont pas tous des langages qui durent, mais ils laissent des traces dans la sensibilité des communautés.
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Même histoire en musique. Si on va dans les Amériques, la musique de jazz est un inattendu créolisé. Il était totalement imprévisible qu'en 40 ou 50 ans, des populations réduites à l'état de bêtes, traquées jusqu'à la guerre de sécession, qu'on pendait et brûlait vives aient eu le talent de créer des musiques joyeuses, métaphysiques, nouvelles, universelles comme le blues, le jazz et tout ce qui a suivi. C'est un inattendu extraordinaire. Beaucoup de musiques caribéennes, ou antillaises comme le merengue, viennent d'un entremêlement de la musique de quadrille européenne et des fondamentaux africains, les percussions, les chants de transe. Quant aux langues créoles de la Caraïbe, elles sont nées de manière tout à fait inattendue, forgées entre maîtres et esclaves, au cœur des plantations.
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La créolisation, c'est un métissage d'arts, ou de langages qui produit de l'inattendu. C'est une façon de se transformer de façon continue sans se perdre. C'est un espace où la dispersion permet de se rassembler, où les chocs de culture, la disharmonie, le désordre, l'interférence deviennent créateurs. C'est la création d'une culture ouverte et inextricable, qui bouscule l'uniformisation par les grandes centrales médiatiques et artistiques. Elle se fait dans tous les domaines, musiques, arts plastiques, littérature, cinéma, cuisine, à une allure vertigineuse…
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Selon vous, l'Europe se créolise. Vous n'allez pas faire plaisir au courant souverainiste français…
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Oui, l'Europe se créolise. Elle devient un archipel. Elle possède plusieurs langues et littératures très riches, qui s'influencent et s'interpénètrent, tous les étudiants les apprennent, en possèdent plusieurs, et pas seulement l'anglais. Et puis l'Europe abrite plusieurs sortes d'îles régionales, de plus en plus vivantes, de plus en plus présentes au monde, comme l'île catalane, ou basque, ou même bretonne. Sans compter la présence de populations venues d'Afrique, du Maghreb, des Caraïbes, chacune riche de cultures centenaires ou millénaires, certaines se refermant sur elles-mêmes, d'autre se créolisant à toute allure comme les jeunes Beurs des banlieues ou les Antillais. Cette présence d'espaces insulaires dans un archipel qui serait l'Europe rend les notions de frontières intra-européennes de plus en plus floues.
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Dans votre dernier roman, Ormerod, vous écrivez : "Qu'y a-t-il de commun entre le souffle du conteur, et les bêtes et le vent, un vonvon, un manicou, un colibri, et Flore Gaillard à Sainte Lucie en 1793, et la tragédie de Grenade en l'an 1983, et un taureau exaspéré ? C'est l'archipel des Caraïbes." Votre "archipel européen" semble influencé par l'archipel caraïbe ?
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L'archipel caraïbe s'étend jusqu'à la côte colombienne de l'Amérique du Sud et la grande ville de Cartagena, atteint la Floride et la Caroline, et regroupe une quantité d'îles de toute taille. Tout au long de cet archipel, on a assisté à une intense diffusion de la colonisation européenne, puis la colonisation de tous par tous, ce qui a nourrit la créolisation et ses surprises à répétition. En 1902, pendant l'éruption de la Montagne Pelée à Saint-Pierre, sur les 98 bateaux qui étaient dans la rade, 64 venaient de Caroline ou des Etats américains.
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Les Américains du sud des Etats-Unis ont vécu là-bas, ils ont adopté le style de vie des îles, ils se sont installés à Porto Rico, aux Bahamas, à Grenade. Ils ont été confrontés à des Noirs, des Espagnols, des Français, des métis, ils se sont créolisés. Ce ne fut pas une américanisation pour autant. Voyez l'incroyable richesse des musiques caraïbes depuis le jazz latino, en passant par le zouk, le reggae, le steel band, la salsa et le "son" cubain, etc, sans compter les nouveaux mélanges salsa-reggae, merengue-jazz.
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Voyez la littérature et la poésie caraïbe depuis Aimé Césaire, sans oublier le prix Goncourt de Chamoiseau, ou l'extraordinaire littérature haïtienne, avec par exemple Jacques Stephen Alexis ou Franketienne. L'archipel offre un modèle de diffusion chaotique de l'art et de la pensée du tremblement, sans uniformisation, au contraire à travers la créativité poétique. L'Europe devrait y réfléchir, elle qui offre une telle mosaïque de langues et ne cherche pas à s'uniformiser culturellement…
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La notion d'identité nationale, ou ethnique, ou tribale devient beaucoup plus difficile dans un monde-archipel. Il vaudrait mieux, selon vous, s'ouvrir et se forger ce que vous appelez dans votre essai Poétique de la relation : une Identité-relation ?
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Les identités fixes deviennent préjudiciables à la sensibilité de l'homme contemporain engagé dans un monde-chaos et vivant dans des sociétés créolisées. L'Identité-relation, ou l'"identité-rhizome" comme l'appelait Gilles Deleuze, semble plus adaptée à la situation. C'est difficile à admettre, cela nous remplit de craintes de remettre en cause l'unité de notre identité, le noyau dur et sans faille de notre personne, une identité refermée sur elle-même, craignant l'étrangeté, associée à une langue, une nation, une religion, parfois une ethnie, une race, une tribu, un clan, une entité bien définie à laquelle on s'identifie. Mais nous devons changer notre point de vue sur les identités, comme sur notre relation à l'autre.
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Nous devons construire une personnalité instable, mouvante, créatrice, fragile, au carrefour de soi et des autres. Une Identité-relation. C'est une expérience très intéressante, car on se croit généralement autorisé à parler à l'autre du point de vue d'une identité fixe. Bien définie. Pure. Atavique. Maintenant, c'est impossible, même pour les anciens colonisés qui tentent de se raccrocher à leur passé ou leur ethnie. Et cela nous remplit de craintes et de tremblements de parler sans certitude, mais nous enrichit considérablement.
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Vous dites regretter que la littérature française ne soit pas du tout "ouverte au mouvement du monde" et encore moins créolisée?
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C'est la même chose à chaque rentrée littéraire. En France, on pratique une espèce de refus fondamental à s'enrichir de la diversité. La littérature française a oublié le mouvement du monde. Elle ne traite plus que des para-problèmes de psychologie, elle est retournée sur elle-même, elle ne nous apprend presque rien de ce qui se passe dans cette société métissée, elle est frileuse de tout, surtout du plaisir et des autres, elle est monotone et monocorde. La littérature française a un gros problème avec le baroque que n'a pas la littérature latino-américaine ou caraïbe. Les Français se sont beaucoup renfermés sur eux-mêmes après la guerre, rejetant les étrangers et la vie qui les bousculait, appelant à l' "intégration " et l'"assimilation " des immigrés, c'est-à-dire à l'érasement de leurs cultures.
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Aux Etats-Unis, ils n'ont pas peur des leurs étrangers, ni de ce qu'ils apportent à leur pays. Prenez des Algériens français comme les Harkis, on a essayé de les cacher, de les isoler. La France les a rejetés. La population ne les a pas accueillis, on a vu très peu d'interactions entre la population harki et française. Pourtant, en même temps, la relation se passait dans l'inconscient, les Français savaient qu'il se passait quelque chose de très grave entre eux et les Algériens. L'inconscient de la guerre d'Algérie, le déni, la culpabilité, ont toujours été très puissants, mais très peu d'écrivains en ont parlé. La richesse de la société française, de son histoire, n'a pas la littérature qu'elle mérite. Mais ce sera éphémère, tout cela va changer bientôt…
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Et puis voici une interview qui parle du Grand Homme, et aborde ses thèmes de prédilection :
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"Édouard Glissant avait fait le voeu d'une unité caribéenne"
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Chapelet d'îles et d'îlots semés au large des côtes américaines, les Antilles sont le creuset d'une multitude de cultures forgées par les drames de l'histoire. Il y a deux ans, dans le magazine Ulysse, le musicien et universitaire Jacques Coursil revenait sur leurs spécificités et leurs points communs, citant notamment le grand écrivain martiniquais Édouard Glissant, décédé le 3 février à l'âge de 82 ans.
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Existe-t-il une unité des îles des Caraïbes ?
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Cette unité de l'archipel caribéen existait avant l'arrivée de Christophe Colomb. Les Caraïbes et les autres peuples étaient des marins expérimentés qui naviguaient d'île en île à des fins guerrières ou d'échange. Cette circulation caribéenne va s'effondrer avec l'arrivée des puissances coloniales et l'extermination des peuples autochtones.
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Mais ne peut-on pas identifier une unité de peuplement, ou du moins des traits communs, sur toute la zone à partir de l'arrivée de Colomb?
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Bien sûr, parce que l'élimination physique des habitants de la zone est compensée par la traite esclavagiste africaine. Mais ce nouveau peuplement est réparti par confinement : la société de plantation est tout sauf ouverte ! Les lieux d'origine des esclaves transbordés, de génération en génération, s'enfouissent progressivement comme traces, comme formes imaginaires, dans la mémoire. Aimé Césaire ne disait-il pas : "J'habite une blessure sacrée - j'habite des ancêtres imaginaires" ? Ce n'est que hors la plantation, dans certaines communautés de nègres marrons, que le "pays d'avant" perdure et se recrée par bribes. Ainsi, pour vraiment trouver une unité ou des traits communs à toutes ces populations disséminées et confinées dans les îles, il faut commencer par dire que cette unité a été détruite et qu'elle ne se crée de nouveau qu'aujourd'hui. Les quatre siècles de colonisation européenne de la Caraïbe ont transformé l'archipel en une grappe de systèmes sans liens. Cette vocation caribéenne est notamment celle des écrivains de la "postnégritude" : Depestre, Walcott, Glissant, et quelques autres. Édouard Glissant écrit ainsi : "Cette île, puis ces îles toutes unies, nommez-les, criez-les : le temps est là." Ce n'est plus de racine vers une origine africaine dont il s'agit ici, mais à l'inverse, d'enracinement dans un archipel.
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Aucune histoire commune, donc ?
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Si. Mais le fait d'avoir une histoire commune issue d'un même drame, d'une même cassure, ne signifie pas que les cultures soient semblables, compte tenu des aléas de l'histoire coloniale, d'une si longue absence de contacts, compte tenu aussi de la variété des langues et de la créativité propre des cultures.
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Existe-t-il un rapport d'entraide entre ces peuples qui constituent ces histoires parallèles ?
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Sur le plan institutionnel, oui bien sûr, tout comme sur le plan culturel. Les politiques, les intellectuels, les artistes, tous ont une tendance pro-caribéenne aujourd'hui. Le Caricom [Caribbean Community and Common Market, créé en 1973, quinze états membres et cinq associés], malgré sa fragilité, est le résultat de cette volonté. Mais dans les mœurs, c'est une toute autre histoire ! Nous sommes pris dans les imbrications et les torsions de pensée propres aux situations postcoloniales dont la constante est une crise identitaire aiguë, pour les ex-colonisés comme pour les ex-colonisateurs. Dans une telle situation, les rapports d'entraide ne sont jamais simples.
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Le fond musical des îles permet tout de même de dégager des traits parallèles : calypso, biguine, son cubain, voire jazz des premières heures... Est-ce aussi là une autre vue de l'esprit européen ?
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Toutes les musiques que vous citez, qui sont propres aux Africains des Amériques, sont fondées sur l'harmonie tonale et les instruments d'orchestre, au sens de la musique classique occidentale. Pour leur part, les musiques traditionnelles d'Afrique de l'Ouest et Centrale - lieux de la Traite - sont modales (plain-chant) et n'ont pas le même système d'intonation. Telle est la différence. Le lien, quant à lui, est que toutes ces musiques américaines sont cadencées en mesure à quatre temps comme l'est un sabar sénégalais ou un juju yoruba. La trace enfouie est là, retrouvée dans cette communauté de cadence, aux variations rythmiques infinies selon les lieux. Ainsi, l'harmonie tonale européenne, les instruments d'orchestre et la cadence africaine constituent le fond musical de ces Amériques : le reste, dans leur diversité géographique et historique, est la créativité elle-même.
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Le tambour persiste plus aisément chez les hispanophones et les lusophones... Cela voudrait-il dire qu'il y a différents types de colonisation ?
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À l'époque des écrivains du Mouvement de la Négritude, à qui l'on doit la réinscription de l'Afrique dans la mémoire, le tambour était encore mal considéré. Les Martiniquais jouaient plutôt du violon ou de la clarinette ; cela a donné le grand Stellio, musicien de dimension internationale, et tant d'autres. Certes, dans les grandes îles, certaines traditions africaines se sont maintenues, comme en Haïti ou à Cuba. Toutefois, j'aurais tendance à mettre l'accent sur les traces enfouies et la créativité musicale au sens fort plutôt que sur la persistance de traditions, qui supposerait une filiation directe entre les musiques traditionnelles et les musiques modernes des XXe et XXIe siècles. Il ne faut pas faire l'impasse sur le fait qu'il y a rupture : notre plus cher attachement à la terre d'Afrique est notre détachement d'elle. Pour les Africains des Amériques, l'Afrique, c'est d'abord la Traite. Édouard Glissant explique qu'afin d'éviter les révoltes sur les bateaux, les négriers triaient les esclaves pour qu'ils ne parlent pas la même langue. Venant de lieux différents, les "migrants nus" arrivaient aux Amériques sans avoir de culture commune.
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En quoi Édouard Glissant aide-t-il à comprendre le devenir des Antilles ?
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Dans Le Discours antillais, Édouard Glissant avait posé les bases d'une unité caribéenne ; c'était un vœu. Mais restons terre à terre : si vous voulez aller en Jamaïque au départ de la Martinique, peut-être vous faudra-t-il passer par Miami ! La Caraïbe est impraticable, d'autant que Cuba est sous blocus.
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Cette unité serait donc pour l'heure un mythe ?
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Disons que c'est soit un mythe, soit un jeu complexe de questions politiques, économiques, culturelles, dont certaines sont déjà à l'œuvre aujourd'hui dans la zone. Évitons le futurisme comme le passéisme si on veut s'épargner les mythes, car ce n'est qu'au présent qu'il existe des passés et des futurs. Ce qu'on dit du futur n'est pas ce qu'on en dira demain ; de même, ce qu'on dit du passé n'est pas ce qu'on en disait hier. Alors "mythe", pourquoi pas ?
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Que penser des Antilles françaises, qui peuvent être considérées comme des anomalies historiques, les derniers lambeaux d'un empire colonial ?
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Dans nos contradictions postcoloniales, le mot "métropole" est étrangement très tendance. "Je vais en métropole, j'appelle la métropole tout de suite, ma fille étudie en métropole...". C'est "comme-ça-qu'on-dit" dans les conversations, dans les médias, dans la publicité et aussi dans l'administration. Toutefois, pour qu'il y ait une métropole, il faut un empire ; or, d'empire, de juris et de facto, il n'y en a plus. Que dire ? La masse parlante quotidienne résiste et maintient l'usage de l'ancien statut honni (quelques intellectuels locaux s'en offusquent). La réciprocité du syndrome postcolonial implique que nous serons décolonisés quand la France sera elle-même décolonisée. Ainsi, dit-on, toute corde possède deux bouts distincts mais liés : l'attaché et l'attacheur partagent, différemment cela est clair, une seule et même histoire. Enfin, certains reprochent à un Césaire jacobin d'avoir fait voter la loi de départementalisation, souvent ressentie comme le contraire d'une décolonisation. D'autres disent - parfois les mêmes - qu'on ne peut néanmoins plus raisonner comme au beau temps des "soleils des indépendances" dont Hamadou Kourouma décape dans ses romans les avenirs sombres cinquante ans plus tard.
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Comment le concept de créolisation d'Édouard Glissant trouve-t-il un écho dans les Caraïbes ? Est-il envisagé comme un phare pour l'émergence d'une pensée pan-caribéenne, d'un modèle politique à venir ?
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Les poètes ont nécessité de dire le monde, mais n'ont pas vocation de produire des modèles. En clair, ils peuvent entretenir le feu du désir, mais pas construire des structures. On entre ici dans des questions politiques, économiques, juridiques, qui sont indémêlables. Les politiques ne prennent de toute façon pas leurs inspirations dans Glissant... Même s'ils se félicitent en public de son travail [rires] !
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L'unité politique ne peut-elle se réaliser que par la volonté des plus importantes îles, Cuba et la Jamaïque, d'agréger autour d'elles les autres afin de permettre l'émergence d'une entité viable ?
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Oui, bien sûr, il existe une volonté de créer un espace de fraternité entravé par des siècles de vies séparées. Toutefois, le futurisme est un art délicat : URSS, Mur de Berlin, Apartheid, tours du World Trade Center... Yougoslavie, Rwanda... Tant d'évènements, certes explicables a posteriori mais non prédictibles, ne nous incitent pas à projeter des "avenirs radieux" dans le futur.
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À Cuba, vous vous sentez un peu chez vous ?
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Oui, oui, oui... Évidemment. C'est quand même assez clair, tout comme lorsque je suis en Guadeloupe, je ne suis pas un touriste [rires] !