Et puis pour bien commencer l'année, on est parti marcher.
Claire et Caroline ont joué les GO pour trouver de quoi faire pour ceux qui croient ne pas pouvoir marcher. Trois jours, deux nuits. Sept personnes mobilisées : Claire, Caroline, Cédric, Claudine, Sylvain, moi et un inconn, Quentin, "qui travaille dans les arbres" et qui devrait pouvoir nous expliquer des trucs.
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Départ le 2 dans l'après-midi. Cédric, Claudine et Sylvain sont partis plus tôt en une voiture. Comme je dois réceptionner une bibliothèque dans la journée, je dois faire le chauffeur pour les quatre autres : rendez-vous à 15h30 chez Caroline. Finalement, le jeune Quentin (20 ans au compteur) roule aussi car il veut partir plus tôt et aller plonger à Sainte-Rose le dimanche. C'est un garçon très sympathique et ressemble extrême à Guillaume, c'est très troublant. Effectivement, il bosse "dans les arbres", mais d'une manière un peu plus directe que ce que j'avais compris : ce petit belge aux beaux yeux bleus et à l'accent caricatural à souhait est... ...élagueur, et travaille pour une société dont il fallait oser le nom : jardinator (j'espère bien récupérer au moins un tee-shirt et une casquette). La C4, même à trois, est remplie ras-le-coffre.
La montée jusqu'à la Plaine des Palmistes est toujours aussi belle. On trouve assez facilement le gite où nous attendent les trois autres. La soirée se passe gentiment. Apéro avec le rhum-coco de Claudine, on va acheter des pizzas.
On décide de se faire un petit poker ; Quentin va chercher des cartes que lui a laissées un de ses anciens collègues ; il compte, le jeu est complet, cool :-) On n'a pas de jetons, alors on découpe les cartons de pizzas en petits bouts et on marque nos sous comme ça. Ca prend déjà une plombe d'activités manuelles pour y arriver.
Premier tour de jeu ; je reçois un joker. On cherche l'autre et on redistribue.
Tout va bien ; mise ; trois cartes retournées ; re-mise. Nouvelle carte... et blanc... On se regarde un peu décontenancé... Un cinq de pique vient d'être retourné alors qu'il y en avait déjà un sur la table...
"Mais pourtant, j'ai bien compté 54 tout à l'heure !!"
On trie... Le jeu est un mélange : une dizaine de cartes manquent, et il y a le même compte en double... plouf, plouf...
Reste plus qu'à taguer les cartes en double...
On aura finalement pris autant de temps à préparer le jeu qu'à jouer.
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Petit dèj à l'arrache le lendemain. On se presse un petit peu, car, comme toujours l'idée est de prendre les nuages de vitesse. Une petite demie-heure de voiture pour traverser la forêt de Bélouve et arriver au parking, afin de commencer notre marche vers le "trou de fer". C'est très humide, on patauge un petit peu, mais c'est quand même relativement aisé car il y a des caibotis presque partout. C'est presque trop simple de ce point de vue, et je n'aime pas trop les volées de marches. Je dois quand même avouer que ces marches sont bien faites ; pas trop grandes, pas trop larges, pas trop hautes. On traverse la forêt dense (j'apprends à reconnaître un cryptoméria), c'est ombragé, c'est joli. Il fait quand même très chaud.
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Le point de vue sur le trou de fer est vraiment un endroit impressionnant. Gigantesque chute d'eau dans une ravine assez encaissée, où le flux explose en de multiples goutelettes qui forment des arc-en-ciel changeants. C'est très très beau. On reste un petit moment, mais le point de vue est petit et tous les marcheurs font halte ici (forcément...) et on est un peu serrés. La brume arrive, cache, découvre, recache et redécouvre le panorama ; c'est également un spectacle en soi.
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Plutôt que de reprendre la piste pour aller au gite de la forêt faire une autre petite pause, on décide de prendre le "sentier". Bonne idée dans l'absolu, c'est plus sauvage. Mauvaise idée dans le contexte car on s'est pris un gros gros grain sur la tête : trempés de la tête aux pieds et des pieds à la tête, dessus, dessous. Partout. On aurait sauté dans un bassin que cela n'aurait pas été différent.
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C'est une chose. L'autre est que le sentier, déjà bien boueux, devient très boueux. Le parcours reste faisable, mais c'est quand même moins pépère que la première partie.
Les cafés et chocolats chauds au gite sont vraiment bienvenus. On n'arrive pas trop à sécher, mais tant pis, on est contents d'être là :-)
Pas loin du gite, on donne sur le vide et on est censé avoir une super vue sur Salazie, mais les nuages nous jouent des tours : on ne pourra rien voir.
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Retour aux voitures. La mission, cette fois, est de trouver un endroit pour bivouaquer dans la forêt. Les piques-niques familiaux (et autres) sont en train de se terminer. On furte de ci de là, et on trouve notre bonheur : carbet tranquille, avec suffisamment de terrain plat autour pour poser les tentes. Quentin est un homme-de-la-forêt et décide qu'il fera un feu et se foutant bien des conditions extérieures. Retour de la pluie ? On s'en fout ! Bois mouillé ? On s'en fout ! etc. Il va et vient et ramène fagot trempé sur fagot trempé. Il y met du sien, le bougre ! Ca fait pas très boyscout, avec l'essence et l'huile, mais bon ! Ca finit même par bien bien prendre, malgré les bois mouillé et le retour de pluie. On papote sous le carbet. On commente beaucoup le ballet des voitures ; on est quand même en pleine nature !! On est à peu près tous convaincus que beaucoup de couples pas trop trop officiels viennent se retrouver ici la nuit venue, un peu comme sur la descente de la Montagne, à Saint-Denis. C'est assez rigolo.
Mais j'avoue que je suis parfois un peu décontenancé dans certains détours de conversation car je n'ai pas encore bien adapté mes réflexes de palabreur. Par exemple être moins tranchant dans les racourcis sociologiques. Je ne peux plus dire de but en blanc, dans une palabre sur l'odeur du tabac, que la (bonne) odeur comme le (bon) goût est une construction sociale. Il faut re-bâtir les raisonnements, re-trouver de bons exemples, pour ne serait-ce que rendre l'idée discutable... D'un côté c'est bien car ça évite de tourner en rond et oblige à refonder ce à quoi on croit, et en même temps, c'est terriblement fatigant...
C'est tout de même agréable, et on finit en rond (debouts...) autour du feu.
Comme on a oublié de prendre des bougies, on ne se met pas si tard sous les tentes. Je peine un peu à dormir ; j'entends Cédric et Sylvain ronfler à qui mieux mieux, un peu au loin, puis les filles glousser un peu, plus proches... Et enfin, mon Quentin, avec qui je partage ma tente, se met lui aussi à ronfler... Pfffff... Je me dis que la vie est pas facile, des fois...
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La nuit n'est pas d'enfer, mais j'émerge tôt car Quentin, pourtant précautionneux, me réveille en se levant. Je l'entends racasser et ne tarde pas trop à le suivre. On prend le frais et on se gave de letchis en attendant que les autres se lèvent.
Petit dèj avec café froid. J'aurais dû prendre du charbon, mes théières et ma cafetière italienne. Pour une prochaine fois... On s'active tout doucement, et tout est rangé pour 8h30. C'est l'heure à laquelle les chasseurs de carbets arrivent pour réserver pour le pique-nique familial à suivre. On hallucine un peu, mais on comprendra au retour : le dimanche, les coins de pique-nique de cette jolie forêt de Bélouve sont PRIS D'ASSAUT !!!
Quentin part pour Sainte-Rose. Claudine et Sylvain se rentrent finalement car la crise d'épilepsie n'est peut-être pas loin. On récupère donc Cédric dans la C4...
Direction : Cassé de Takamaka. Le chemin doit être facile... ... ...quand il est sec. Et ce n'est pas trop le cas. On a rapidement de la boue partout, les pieds trempés, on glisse tous les dix pas, on se tient aux branches... Le "randonneur classe" (chemise blanche, petites baskets, pantalon en toile) qu'on croise au tout début du chemin sera un sujet de conversation récurrent (mais comment a-t-il fait ??)
Mais ça vaut carrément le coup ; le point de vue est, là aussi, saisissant.
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Sur le chemin du retour, on prend à gauche vers la grotte et le bassin aux hirondelles. Très beau !! Mais très très froid !!!
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Petit bain, petit pique-nique avec les restes (au fait ? on ouvre comment une boîte de conserve quand on n'a pas d'ouvre-boîte ? bah avec une pierre !!).
Retour à Saint-Denis. Descendre vers la mer par le chemin de la plaine des palmistes, c'est encore plus beau que la montée, car on a la mer en point de mire... Bluffant !!!
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Bilan : excellent week-end alors qu'on était un groupe plutôt hétérogène. C'est super que, dans un groupe où un monde peut séparer ses éléments pris deux à deux, ça puisse si bien marcher. Je sais que certains font des efforts par rapport à d'autres (et certainement quelques uns par rapport à moi aussi, évidemment), mais je trouve très positif qu'on soit tous capables de les faire, ces efforts. Dans un autre contexte, en particulier si certains n'étaient pas des transplantés, on ne les aurait probablement pas faits, et ç'aurait été finalement dommage car on apprend plus sur soi dans ces conditions. Ces efforts, en fait, ne me coûtent plus, alors qu'il y a quelques semaines seulement (grosso modo jusqu'à ce que Selim et Elodie ne viennent et contribuent à me faire mentalement atterrir) ce n'était pas encore le cas. C'est bien.