vendredi 8 mai 2009

Hasard et superfluité

J'ai reçu aujourd'hui cette photo :
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En essayant d'analyser ça, j'ai souvent eu à l'esprit que je n'avais pas envie que l'ami(e) intermédiaire puisse imaginer que je la considérais un peu "superflue", et que ce sentiment de superfluité que j'imaginais puisse laisser penser que j'en "préfèrerais" d'autres, que cette amitié originelle puisse être interprétée comme "utile". Me lier avec Maria (par Linda) ou Sylvain (par Guillaume et Mathilde), par exemple, je n'avais pas trouvé ça si simple à assumer.
Pourtant, à l'inverse, j'étais très content quand la sauce prenait bien entre des gens que je faisais se rencontrer. Mais je ne l'ai jamais mis sur le même plan, car, que je sache en tout cas, je n'ai pas vu alors se matérialiser de relation où je n'aurais pas été systématiquement présent. Ce qui n'est pas étonnant car j'ai eu longtemps, plutôt que plusieurs réseaux sociaux, un seul réseau structuré très large, avec, de mon point d'observation, quelques personnes atomiques et indépendantes (ou quasi) autour, comme Fany, Linda, Maria, Jérôme, Benoît ou encore Guillaume et Mathilde. Et d'autres encore, il n'y a pas d'exclusive.
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Tout dépend peut-être du sentiment qu'on a de "posséder" des amis. Peut-être qu'on peut se sentir "dépossédé" et "superflu" quand ses amis semblent vivre une certaine vie propre, indépendamment de soi, ou du moins quand un lien est créé indépendamment de soi, mais grâce (ou à cause) de soi.
En première analyse et pour moi, j'ai un sentiment de jubilation.
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Déjà, cela me montre que je ne dois pas être schizophrène. Pas trop en tout cas. Si deux réseaux indépendants se lient ainsi, c'est qu'ils ne doivent pas être trop différents, et par suite que je dois être moi-même le même, ou du moins pas trop différent, dans les deux cas. Je ne dois donc pas être trop faux. Et c'est finalement rassurant sur soi.
Au delà, c'est une certaine satisfaction dans la vie.
La plupart des rencontres tiennent du hasard, c'est sûr, mais bien souvent d'un hasard "institutionnel" : on a habité le même quartier, on a fréquenté la même école, on a travaillé dans la même boîte... Le caractère "institutionnel" de la rencontre ne préjuge évidemment pas de la profondeur des liens noués. Il n'en demeure pas moins que le hasard de la rencontre n'est alors pas directement dû à la présence d'une personne humaine. Ce sont des logiques de système qui encadre ce hasard.
Au contraire, il me semble qu'être une source "humaine" du hasard (même si on est dans une certaine mesure une incarnation de système...), c'est quand même quelque chose de formidable. Et de coup, la superfluité n'est plus qu'apparente, c'est même l'inverse : la preuve qu'on a fait quelque chose de bien dans le monde, qu'on a permis un nouveau lien. Je trouve ça beau.

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