Quelques bouffées de Mali ces dernières semaines. Ca fait un bien fou !!!
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Il y a deux semaines, j'y ai déjà fait allusions, il y a eu un concert de Salif Keita à la Halle du Port. Super pro, un peu comme Paris Combo à la grande époque : presque trop pro, jusqu'à ce qu'on réalise l'âme derrière les techniciens hors pair. Ambiance très chaleureuse, avec des passages lents, tendres ou bluesy, auxquelles succèdent des moments survoltés et dansants.
Il n'est pourtant pas tout jeune, le Salif, mais il assure à fond !! J'ai retrouvé toute l'Afrique de l'Ouest, et son amour du métissage, dans l'émotion à dire une phrase, quand il nous a vanté notre île comme un paradis, "puisqu'elle recèle toutes les couleurs du monde".
Une des bonnes surprises du concert, c'est que le percussionniste principal était Mamadou Koné, le "quatrième" du Kora Jazz Trio de Djeli Moussa Diawara. Je ne savais pas du tout qu'il collaborait avec Salif Keita, et c'était vraiment un plaisir de le découvrir live.
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Tout excellent qu'il ait été, ce concert est cependant éclipsé par celui que j'ai vu hier soir. Un des tout meilleurs que j'ai vus jusqu'à présent ; le plus intense, le plus émouvant depuis bien longtemps. En fait, je ne sais même pas trop à quoi le comparer, car il surpasse d'une manière ou d'une autre les grands moments de concert qui me viennent spontanément à l'esprit.
Au moins aussi poétique et intense que l'étonnant concert, voix + clarinette, d'Angélique Ionatos à la Maison de la Poésie, mais avec en plus des passages à l'harmonie extrêmement fine ou d'autres avec plein de pêche.
Supérieur aussi aux meilleurs concerts de Nosfell car plus sobre et subtile. Supérieur aux meilleurs concerts de Misia car plus sympa et convivial.
Supérieur aux concerts dont je suis sorti pourtant enchanté de Rokia Traoré, Juliette, Paris Combo, Noir Désir..., car pas une seule seconde n'était plus faible que la seconde qui la précédait.
Ce concert réunissait en quatuor jazzy le vibraphoniste David Neerman et le balafonfola Lansiné Kouyaté.
J'ai connu Lansiné Kouyaté comme accompagnateur, avec Djeli Moussa Diawara à la kora, de Mah Damba dans un Jarabi d'anthologie, d'une profondeur et d'une subtilité incomparable. Mais plus fasciné par la kora, je me suis plus intéressé au korafola. Cependant, quand j'ai vu son nom pour ce concert, je me suis dit que je ne pouvais pas me permettre de louper ça. En écoute libre sur deezer, ça m'a enchanté (malgré mes conditions d'écoute déplorable à la case), en particulier pour une reprise d'un standard mandingue que j'aime beaucoup et que j'avais connu en tant que Diaraby, sur Talking Timbuktu d'Ali Farka Touré ; ici, c'est Djanfa Magni.
Le CD est vraiment réussi, avec de bons guests (Mamani Keita et sa jolie voix, Moriba Koita et son n'goni enflammé) sur Touma par exemple. Ca permet d'ajouter aux recherches rythmiques et harmoniques de très beaux scintillements de timbres et des jeux avec l'electrique qui ne sont pas toujours sans rappeler, par touches, les expérimentations de la sus-citée Mamani Keita dans Electro Bamako.
Et si l'album est excellent, ce concert d'hier était encore d'une autre nature quand bien même le balafon n'était pas parfaitement sonorisé. Live, leur musique était très épurée par rapport au disque ; et à cela a peut-être correspondu (un peu comme pour Lagrimas Negras) une espèce de miracle. Musicalement, ce n'était pas beau ; c'était bouleversant et suffocant d'émotion : c'était sublime. Et comme il n'y avait pas de pauses dans la profondeur pour reprendre son souffle, j'en ai même pleuré plusieurs fois dans le concert, ce qui ne m'était jamais encore arrivé.
C'est très dur de trouver les mots pour parler d'une expérience pareille. En avoir une approche analytique, parler de l'atmosphère aquatique que créaient les percussions solistes et à laquelle les graves de la contrebasse donnait de l'altitude, parler de la sérénité poétique de cette mer ou des tempêtes trépidantes qui s'en sont échappées, soutenues par la dynamique de la batterie et la contrebasse percussive, parler de toutes les ambiguïtés harmoniques du vibraphone, de la pluie délicatement martelée du balafon, c'est très bien et intéressant.
Sauf qu'on loupe alors toute la dimension magique qui fait passer de l'excellence au sublime. Peut-être qu'il n'y a pas de mots pour cela.
2 commentaires:
Les prochains concerts sont en Région parisienne. Veinards de petits franciliens !!
- 20 juin à Montreuil pour la fête de la Musique
- 4 juillet à Paris, au théâtre de la Cité Internationale
http://www.myspace.com/kouyateneerman
Je ne sais pas s'il y a ou non des mots pour coller à ce que tu as vécu mais tu viens de nous donner des mots qui font plaisir à lire et qui font rêver. C'est comme les photos de la page précédente au lieu que cette fois-ci tu nous donnes à entendre et pas à voir. Je ne sais pas pour tes autres lecteurs mais moi j'en redemande. MC
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