dimanche 19 avril 2009

Avoir une position sur toute chose

Ces derniers jours, notre Président a (encore) fait les Unes à la suite de déclarations intempestives. Zapatero serait bête, Obama inexpérimenté etc.
Evidemment, c'est la dimension diplomatique qui est mise en avant là-dedans. Il y a pourtant autre chose d'intéressant dans la déclaration sur Obama.
Je cite :
«Obama est un esprit subtil, très intelligent et très charismatique. Mais il est élu depuis deux mois et n’a jamais géré un ministère de sa vie. Il y a un certain nombre de choses sur lesquelles il n’a pas de position»
.
Ce que je trouve particulièrement intéressant, c'est "l'explication" de l'inexpérience. A savoir d'une part "pas de gestion d'un ministère" et d'autre part (même si les deux 'parts' sont peut-être liées dans l'esprit du monsieur) "ne pas avoir de position sur certaines choses".
On peut en effet déduire de là que l'expérience politique (sous-entendu d'un Chef d'Etat, mais finalement de tout homme ou femme politique) pourrait se résumer en deux choses : savoir gérer et avoir une position a priori sur toute chose.
.
Les amis, je pense que vous voyez ce que j'ai en tête quand je relève ceci, et je ne vais pas me faire un essai politique en cette fin d'après-midi.
Il me semble justement que la gestion n'a rien à voir avec la Politique (mais sans s'exclure) et qu'avoir une position sur toute chose est absolument contradictoire avec l'exercice politique.
Laissons la gestion de côté pour aujourd'hui.
Bien sûr, il faudrait exactement savoir ce en quoi consiste la "position" dont parle notre Président : est-ce un "avis", ou "opinion", ou alors est-ce le résultat d'un processus de reflexion, disons un "jugement" ? Et si c'est une "opinion", il faudrait savoir le degré de fermeté qu'elle doit avoir pour attendre le stade de "position"...
.
Cela ne peut bien évidemment pas être le fait d'avoir exercé son jugement sur toute chose ; ce n'est pas de l'ordre de l'humain.
Il faudrait donc que l'homme politique avisé (=expérimenté) ait une opinion sur tout. Si je ne pense pas qu'il faille jeter toute opinion, il faut les garder à leur place, à savoir pour l'orientation dans la vie courante. Mettre l'opinion dans la "grande" politique, il y a là une contradiction ; l'opinion est dans la pesanteur, c'est ce qui peut interdire de pouvoir prendre de la hauteur, ce qui peut interdire la mise en commun des esprits.
.
La pesanteur est à son comble dans le domaine politique quand l'opinion devient position, ce qui peut s'entendre en deux sens. Soit qu'elle soit ferme ; soit qu'elle constitue une position stratégique.
Dans un cas comme dans l'autre, la position s'oppose alors à l'apprentissage de nouvelles choses de la vie qui s'écoule, elle s'oppose à l'appréhension du réel, c'est-à-dire à la discussion qui permet d'offrir de multiples points de vue sur les choses dans le cadre d'un "parler-vrai" (qui n'est pas un "parler-cru"), d'une parrhésie, pour les faire apparaître dans toute leur profondeur, qui est le coeur même de l'exercice de la Politique.
.
Faire passer pour de l'expérience ce qui peut vider justement la Politique de tout son sens et de sa portée, c'est dramatique.
Encore plus dramatique est qu'on ne le relève pas, que ce soit une évidence...

Aucun commentaire: