mercredi 31 décembre 2008

Outrage

Encore un post qui n'a rien à voir avec la Réunion.
J'ai lu ce matin un article de Libé qui parle de supprimer le "délit d'outrage" du Code Pénal français.
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L'article en lui-même est assez mal foutu, mais les premières réactions de lecteurs m'ont assez intéressées. Dans l'ensemble, ces premiers répondants sont contre cette suppression. Soit.
Mais ce qui m'interroge là-dedans, ce sont les motifs, la façon dont ils sont déroulés, les présupposés qu'ils contiennent.
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Un des points importants de l'affaire, c'est la gestion par les forces de l'ordre de ce délit. Je crois que c'est un devoir civique que d'observer (le "circulez, ya rien à voir" est en général un pur scandale ; si, il y a à voir et où serait le lien social si on ne pouvait rien regarder à ce qui arrive autour de soi ?) ce que font ceux qui sont dépositaires des forces de violence de l'Etat, et éventuellement de s'y opposer. C'est un contrôle nécessaire de la société sur l'Etat (dont on ne peut pas accepter qu'il ait tous les droits sur elle), dont la version épurée est certainement le fonctionnement de l'appareil judiciaire (et sûrement pas l'appareil administratif).
Comme les forces de l'ordre ont à leur disposition des moyens de violence (des moyens de violence qui, par ailleurs, sont légitimés par l'Etat sous une forme qui peut être discrétionnaire) auxquels l'essentiel des individus n'a pas accès, ils doivent avoir en retour des devoirs à la mesure du fossé qui sépare leurs capacités de violence de celles des autres. Un de ces devoirs est nécessairement un flegme inconditionnel : un membre des forces de l'ordre ne peut pas avoir le droit de se sentir outragé dans l'exercice de ses fonctions.
Le correlaire serait donc bien évidemment d'interdire le recours au délit d'outrage pour les agents dépositaires directs de la violence d'Etat.
En effet, comment interpréter une (sur)utilisation de ce délit autrement que comme une tentative de museler toute opposition (même calme et pacifiste) à l'Etat ? Si l'Etat a besoin d'autorité (au sens d'Arendt), c'est pas comme ça qu'il peut l'obtenir...
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Mais le problème ne me semble pas vraiment là. Il se pose d'une façon plus subtile, mais aux conséquences importantes, pour les individus qui ne sont pas dans ce cas-là. Quid d'un magistrat, d'un inspecteur du travail, d'un ministre, voire d'un président ?
Il me semble qu'il faut alors établir une différence nette entre l'injure (qui s'adresse à une personne particulière, même si c'est par l'entremise de la fonction qu'elle exerce) et l'outrage (qui s'adresse à une fonction, même si c'est par l'entremise de la personne qui l'exerce). Et il me semble gênant de confondre les deux.
Quand un gars est condamné pour outrage alors qu'il a une pancarte "casse toi, pauvre con" quand Sarkozy passe, c'est un contre-sens. L'attaque est ad hominem et s'adresse à l'individu. Confondre l'individu et la fonction, en l'espèce, ne me semble pas très rassurant : ça me fait penser à l'histoire des "deux corps du roy" (physique et symbolique) qui coïncident...
Par contre, attaquer des inspecteurs du travail (qui n'ont pas des moyens de violence directs à leur disposition) dans l'exercice de leur travail, c'est un outrage car c'est une insulte à l'Etat, bien sûr, mais plus généralement à l'ensemble de la société.
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Les attitudes des uns et des autres, sur cette question de l'outrage, me semblent importantes en tant que symptôme d'un monde brouillé, en particulier un monde d'identités brouillées, symptôme d'une impossibilité à prendre du recul, symptôme d'une incapacité à distinguer ce qui est symbole et ce qui ne l'est pas.
C'est grave de confondre un individu et sa fonction, grave de s'estimer insulté quand la fonction qu'on occupe est critiquée, grave d'estimer la fonction insultée quand l'individu est critiqué. C'est du Sartre à deux balles de penser qu'on est garçon de café 24/24 !!
Ce n'est pas rassurant, cette incapcité au recul : impossibilité d'en prendre par rapport à soi, de se séparer au moins analytiquement de la fonction pour laquelle on reçoit salaire, mais impossiblité d'en prendre par rapport aux autres, comme si le "mode de pensée élargie", cette capacité à se mettre à la place des autres qui est le fondement même d'une faculté de juger saine, était déjà complétement passé aux oubliettes. Plus de monde commun, seulement des microcosmes éparpillés et faiblement connectés.
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Et encore, dans ses réactions qui me sortent sans ordre de la tête, de ce qu'est une insulte (qu'elle soit outrage ou injure). Des fois, il me semble qu'une simple critique puisse être insulte, mais est-ce une question de qualité, est-ce une question de quantité ? Pffff

samedi 27 décembre 2008

Le Code Noir.

Édit du roi sur les esclaves.
Mars 1685, Versailles.
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Louis, par la grâce de Dieu Roi de France et de Navarre à tous, présents et à venir, salut. Comme nous devons également nos soins à tous les peuples que la divine providence a mis sous notre obéissance, nous avons bien voulu faire examiner en notre présence les mémoires qui nous ont été envoyés par nos officiers de nos îles de l’Amérique, par lesquels ayant été informés du besoin qu’ils ont de notre autorité et de notre justice pour y maintenir la discipline de l’église catholique, apostolique et romaine, pour y régler ce qui concerne l’état et la qualité des esclaves dans nos dites îles, et désirant y pourvoir et leur faire connaître qu'encore qu'ils habitent des climats infiniment éloignés de notre séjour ordinaire, nous leur sommes toujours présent, non seulement par l’étendue de notre puissance, mais encore par la promptitude de notre application à les secourir dans leurs nécessités. A ces causes, de l'avis de notre conseil, et de certaine science, pleine de puissance et autorité royale, nous avons dit, statué et ordonné, disons, statuons et ordonnons ce qui suit.
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Art. 1.
Voulons que l'Édit du feu Roi de glorieuse mémoire, notre très honoré Seigneur et Père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos îles ; ce faisant, enjoignons à tous nos officiers de chasser de nos dites îles tous les juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d'en sortir dans trois mois à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens.
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Art. 2.
Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la Religion Catholique, Apostolique et Romaine. Enjoignons aux habitants qui achètent des nègres nouvellement arrivés d'en avertir dans huitaine au plus tard les gouverneur et intendant desdites îles, à peine d'amende arbitraire, lesquels donneront les ordres nécessaire pour les faire instruire et baptiser dans le temps convenable.
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Art. 3.
Interdisons tout exercice public d'autre Religion que la Catholique, Apostolique et Romaine. Voulons que les contrevenants soient punis comme rebelles et désobéissants à nos commandements. Défendons toutes assemblées pour cet effet, lesquelles nous déclarons conventicules, illicites et séditieuses, sujettes à la même peine qui aura lieu même contre les maîtres qui lui permettront et souffriront à l'égard de leurs esclaves.
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Art. 4.
Ne seront préposés aucuns commandeurs à la direction des nègres, qui ne fassent profession de la Religion Catholique, Apostolique et Romaine, à peine de confiscation desdits nègres contre les maîtres qui les auront préposés et de punition arbitraire contre les commandeurs qui auront acceptés ladite direction.
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Art. 5.
Défendons à nos sujets de la religion P. R. d'apporter aucun trouble ni empêchement à nos autres sujets, même à leurs esclaves, dans le libre exercice de la Religion Catholique, Apostolique et Romaine, à peine de punition exemplaire.
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Art. 6.
Enjoignons à tous nos sujets, de quelque qualité et condition qu'ils soient, d'observer les jours de dimanches et de fêtes, qui sont gardés par nos sujets de la Religion Catholique, Apostolique et Romaine. Leur défendons de travailler ni de faire travailler leurs esclaves aux dits jours depuis l'heure de minuit jusqu'à l'autre minuit à la culture de la terre, à la manufacture des sucres et à tous autres ouvrages, à peine d'amende et de punition arbitraire contre les maîtres et confiscation tant des sucres que des esclaves qui seront surpris par nos officiers dans le travail.
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Art. 7.
Leur défendons pareillement de tenir le marché des nègres et de toute autre marchandise aux dits jours, sur pareille peine de confiscation des marchandises qui se trouveront alors au marché et d'amende arbitraire contre les marchands. .
Art. 8.
Déclarons nos sujets qui ne sont pas de la Religion Catholique, Apostolique et Romaine incapables de contacter à l'avenir aucuns mariages valables, déclarons bâtards les enfants qui naîtront de telles conjonctions, que nous voulons être tenues et réputées, tenons et réputons pour vrais concubinages.
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Art. 9.
Les hommes libres qui auront eu un ou plusieurs enfants de leur concubinage avec des esclaves, ensemble les maîtres qui les auront soufferts, seront chacun condamnés en une amende de 2 000 livres de sucre, et, s'ils sont les maîtres de l'esclave de laquelle ils auront eu lesdits enfants, voulons, outre l'amende, qu'ils soient privés de l'esclave et des enfants et qu'elle et eux soient adjugés à l'hôpital, sans jamais pouvoir être affranchis. N'entendons toutefois le présent article avoir lieu lorsque l'homme libre qui n'était point marié à autre personne durant son concubinage avec son esclave, épousera dans les formes observées par l'Église ladite esclave, qui sera affranchie par ce moyen et les enfants rendus libres et légitimes.
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Art. 10.
Les solennités prescrites par l'Ordonnance de Blois et par la Déclaration de 1639 pour les mariages seront observées tant à l'égard des personnes libres que des esclaves, sans néanmoins que le consentement du père et de la mère de l'esclave y soit nécessaire, mais celui du maître seulement.
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Art. 11.
Défendons très expressément aux curés de procéder aux mariages des esclaves, s'ils ne font apparoir du consentement de leurs maîtres. Défendons aussi aux maîtres d'user d'aucunes contraintes sur leurs esclaves pour les marier contre leur gré.
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Art. 12.
Les enfants qui naîtront des mariages entre esclaves seront esclaves et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves et non à ceux de leurs maris, si le mari et la femme ont des maîtres différents.
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Art. 13.
Voulons que si le mari esclave a épousé une femme libre, les enfants, tant mâles que filles, suivent la condition de leur mère et soient libres comme elle, nonobstant la servitude de leur père, et que, si le père est libre et la mère esclave, les enfants soient esclaves pareillement.
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Art. 14.
Les maîtres sont tenus de faire enterrer en terre sainte, dans les cimetières destinés à cet effet, leurs esclaves baptisés. Et, à l'égard de ceux qui mourront sans avoir reçu le baptême, ils seront enterrés la nuit dans quelque champ voisin du lieu où ils seront décédés.
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Art. 15.
Défendons aux esclaves de porter aucune arme offensive ni de gros bâtons, à peine du fouet et de confiscation des armes au profit de celui qui les trouvera saisis, à l'exception seulement de ceux qui sont envoyés à la chasse par leurs maîtres et qui seront porteurs de leurs billets ou marques connus.
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Art. 16.
Défendons pareillement aux esclaves appartenant à différents maîtres de s'attrouper le jour ou la nuit sous prétexte de noces ou autrement, soit chez l'un de leurs maîtres ou ailleurs, et encore moins dans les grands chemins ou lieux écartés, à peine de punition corporelle qui ne pourra être moindre que du fouet et de la fleur de lys ; et, en cas de fréquentes récidives et autres circonstances aggravantes, pourront être punis de mort, ce que nous laissons à l'arbitrage des juges. Enjoignons à tous nos sujets de courir sus aux contrevenants, et de les arrêter et de les conduire en prison, bien qu'ils ne soient officiers et qu'ils n'y ait contre eux encore aucun décret.
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Art. 17.
Les maîtres qui seront convaincus d'avoir permis ou toléré telles assemblées composées d'autres esclaves que de ceux qui leur appartiennent seront condamnés en leurs propres et privés noms de réparer tout le dommage qui aura été fait à leurs voisins à l'occasion desdites assemblées et en 10 écus d'amende pour la première fois et au double en cas de récidive.
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Art. 18.
Défendons aux esclaves de vendre des cannes de sucre pour quelque cause et occasion que ce soit, même avec la permission de leurs maîtres, à peine du fouet contre les esclaves, de 10 livres tournois contre le maître qui l'aura permis et de pareille amende contre l'acheteur.
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Art. 19.
Leur défendons aussi d'exposer en vente au marché ni de porter dans des maisons particulières pour vendre aucune sorte de denrée, même des fruits, légumes, bois à brûler, herbes pour la nourriture des bestiaux et leurs manufactures, sans permission expresse de leurs maîtres par un billet ou par des marques connus ; à peine de revendication des choses ainsi vendues, sans restitution de prix, pour les maîtres et de 6 livres tournois d'amende à leur profit contre les acheteurs.
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Art. 20.
Voulons à cet effet que deux personnes soient préposées par nos officiers dans chaque marché pour examiner les denrées et marchandises qui y seront apportées par les esclaves, ensemble les billets et marques de leurs maîtres dont ils seront porteurs.
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Art. 21.
Permettons à tous nos sujets habitants des îles de se saisir de toutes les choses dont ils trouveront les esclaves chargés, lorsqu'ils n'auront point les billets de leurs maîtres, ni de marques connues, pour être rendues incessamment à leurs maîtres, si leur habitation est voisine du lieu où leurs esclaves auront été surpris en délit : sinon elles seront incessamment envoyées à l'hôpital pour y être en dépôt jusqu'à ce que les maîtres en aient été avertis.
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Art. 22.
Seront tenus les maîtres de faire fournir, par chaque semaine, à leurs esclaves âgés de dix ans et au-dessus, pour leur nourriture, deux pots et demi, mesure de Paris, de farine de manioc, ou trois cassaves pesant chacune 2 livres et demie au moins, ou choses équivalentes, avec 2 livres de boeuf salé, ou 3 livres de poisson, ou autres choses à proportion ; et aux enfants, depuis qu'ils sont sevrés jusqu'à l'âge de dix ans, la moitié des vivres ci-dessus.
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Art. 23.
Leur défendons de donner aux esclaves de l'eau-de-vie de canne ou guildive, pour tenir lieu de la subsistance mentionnée en l'article précédent.
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Art. 24.
Leur défendons pareillement de se décharger de la nourriture et subsistance de leurs esclaves en leur permettant de travailler certain jour de la semaine pour leur compte particulier.
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Art. 25.
Seront tenus les maîtres de fournir à chaque esclave, par chacun an, deux habits de toile ou quatre aunes de toile, au gré des maîtres.
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Art. 26.
Les esclaves qui ne seront point nourris, vêtus et entretenus par leurs maîtres, selon que nous l'avons ordonné par ces présentes, pourront en donner avis à notre procureur général et mettre leurs mémoires entre ses mains, sur lesquels et même d'office, si les avis viennent d'ailleurs, les maîtres seront poursuivis à sa requête et sans frais ; ce que nous voulons être observé pour les crimes et traitement barbares et inhumains des maîtres envers leurs esclaves.
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Art. 27.
Les esclaves infirmes par vieillesse, maladie ou autrement, soit que la maladie soit incurable ou non, seront nourris et entretenus par leurs maîtres, et, en cas qu'ils les eussent abandonnés, lesdits esclaves seront adjugés à l'hôpital, auquel les maîtres seront condamnés de payer 6 sols par chacun jour, pour la nourriture et l'entretien de chacun esclave.
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Art. 28.
Déclarons les esclaves ne pouvoir rien avoir qui ne soit à leurs maîtres ; et tout ce qui leur vient par industrie, ou par la libéralité d'autres personnes, ou autrement, à quelque titre que ce soit, être acquis en pleine propriété à leurs maîtres, sans que les enfants des esclaves, leurs pères et mères, leurs parents et tous autres y puissent rien prétendre par successions, dispositions entre vifs ou à cause de mort ; lesquelles dispositions nous déclarons nulles, ensemble toutes les promesses et obligations qu'ils auraient faites, comme étant faites par des gens incapables de disposer et contracter de leur chef.
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Art. 29.
Voulons néanmoins que les maîtres soient tenus de ce que leurs esclaves auront fait par leur commandement, ensemble de ce qu'ils auront géré et négocié dans les boutiques, et pour l'espèce particulière de commerce à laquelle leurs maîtres les auront préposés, et au cas que leurs maîtres ne leur aient donné aucun ordre et ne les aient point préposés, ils seront tenus seulement jusqu'à concurrence de ce qui aura tourné à leur profit, et, si rien n'a tourné au profit des maîtres, le pécule desdits esclaves que les maîtres leur auront permis d'avoir en sera tenu, après que les maîtres en auront déduit par préférence ce qui pourra leur être dû ; sinon que le pécule consistât en tout ou partie en marchandises, dont les esclaves auraient permission de faire trafic à part, sur lesquelles leurs maîtres viendront seulement par contribution au sol la livre avec les autres créanciers.
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Art. 30.
Ne pourront les esclaves être pourvus d'office ni de commission ayant quelque fonction publique, ni être constitués agents par autres que leurs maîtres pour gérer et administrer aucun négoce, ni être arbitres, experts ou témoins, tant en matière civile que criminelle : et en cas qu'ils soient ouïs en témoignage, leur déposition ne servira que de mémoire pour aider les juges à s'éclairer d'ailleurs, sans qu'on en puisse tirer aucune présomption, ni conjoncture, ni adminicule de preuve.
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Art. 31.
Ne pourront aussi les esclaves être parties ni être (sic) en jugement en matière civile, tant en demandant qu'en défendant, ni être parties civiles en matière criminelle, sauf à leurs maîtres d'agir et défendre en matière civile et de poursuivre en matière criminelle la réparation des outrages et excès qui auront été contre leurs esclaves.
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Art. 32.
Pourront les esclaves être poursuivis criminellement, sans qu'il soit besoin de rendre leurs maîtres partie, (sinon) en cas de complicité : et seront les esclaves accusés, jugés en première instance par les juges ordinaires et par appel au Conseil souverain, sur la même instruction et avec les mêmes formalités que les personnes libres.
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Art. 33.
L'esclave qui aura frappé son maître, sa maîtresse ou le mari de sa maîtresse, ou leurs enfants avec contusion ou effusion de sang, ou au visage, sera puni de mort.
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Art. 34.
Et quant aux excès et voies de fait qui seront commis par les esclaves contre les personnes libres, voulons qu'ils soient sévèrement punis, même de mort, s'il y échet.
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Art. 35.
Les vols qualifiés, même ceux de chevaux, cavales, mulets, bœufs ou vaches, qui auront été faits par les esclaves ou par les affranchis, seront punis de peines afflictives, même de mort, si le cas le requiert.
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Art. 36.
Les vols de moutons, chèvres, cochons, volailles, canne à sucre, pois,, mil, manioc, ou autres légumes, faits par les esclaves, seront punis selon la qualité du vol, par les juges qui pourront, s'il y échet, les condamner d'être battus de verges par l'exécuteur de la haute justice et marqués d'une fleur de lys.
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Art. 37.
Seront tenus les maîtres, en cas de vol ou d'autre dommage causé par leurs esclaves, outre la peine corporelle des esclaves, de réparer le tort en leur nom, s'ils n'aiment mieux abandonner l'esclave à celui auquel le tort a été fait ; ce qu'ils seront tenus d'opter dans trois jours, à compter de celui de la condamnation, autrement ils en seront déchus.
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Art. 38.
L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lis une épaule ; s'il récidive un autre mois pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé, et il sera marqué d'une fleur de lys sur l'autre épaule ; et, la troisième fois, il sera puni de mort.
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Art. 39.
Les affranchis qui auront donné retraite dans leurs maisons aux esclaves fugitifs, seront condamnés par corps envers les maîtres en l'amende de 300 livres de sucre par chacun jour de rétention, et les autres personnes libres qui leur auront donné pareille retraite, en 10 livres tournois d'amende par chacun jour de rétention.
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Art. 40.
L'esclave sera puni de mort sur la dénonciation de son maître non complice du crime dont il aura été condamné sera estimé avant l'exécution par deux des principaux habitants de l'île, qui seront nommés d'office par le juge, et le prix de l'estimation en sera payé au maître ; et, pour à quoi satisfaire, il sera imposé par l'intendant sur chacune tête de nègre payant droits la somme portée par l'estimation, laquelle sera régalé sur chacun desdits nègres et levée par le fermier du domaine royal pour éviter à frais.
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Art. 41.
Défendons aux juges, à nos procureurs et aux greffiers de prendre aucune taxe dans les procès criminels contre les esclaves, à peine de concussion.
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Art. 42.
Pourront seulement les maîtres, lorsqu'ils croiront que leurs esclaves l'auront mérité les faire enchaîner et les faire battre de verges ou cordes. Leur défendons de leur donner la torture, ni de leur faire aucune mutilation de membres, à peine de confiscation des esclaves et d'être procédé contre les maîtres extraordinairement.
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Art. 43.
Enjoignons à nos officiers de poursuivre criminellement les maîtres ou les commandeurs qui auront tué un esclave étant sous leur puissance ou sous leur direction et de punir le meurtre selon l'atrocité des circonstances ; et, en cas qu'il y ait lieu à l'absolution, permettons à nos officiers de renvoyer tant les maîtres que les commandeurs absous, sans qu'ils aient besoin d'obtenir de nous Lettres de grâce.
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Art. 44.
Déclarons les esclaves être meubles et comme tels entrer dans la communauté, n'avoir point de suite par hypothèque, se partager également entre les cohéritiers, sans préciput et droit d'aînesse, n'être sujets au douaire coutumier, au retrait féodal et lignager, aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalités des décrets, ni au retranchement des quatre quints, en cas de disposition à cause de mort et testamentaire.
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Art. 45.
N'entendons toutefois priver nos sujets de la faculté de les stipuler propres à leurs personnes et aux leurs de leur côté et ligne, ainsi qu'il se pratique pour les sommes de deniers et autres choses mobilières.
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Art. 46.
Seront dans les saisies des esclaves observées les formes prescrites par nos ordonnances et les coutumes pour les saisies des choses mobilières. Voulons que les deniers en provenant soient distribués par ordre de saisies ; ou, en cas de déconfiture, au sol la livre, après que les dettes privilégié auront été payées et généralement que la condition des esclaves soit réglée en toutes affaires comme celle des autres choses mobilières, aux exceptions suivantes.
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Art. 47.
Ne pourront être saisis et vendus séparément le mari, la femme et leurs enfants impubères, s'ils sont tous sous la puissance d'un même maître ; déclarons nulles les saisies et ventes séparées qui en seront faites ; ce que nous voulons avoir lieu dans les aliénations volontaires, sous peine, contre ceux qui feront les aliénations, d'être privés de celui ou de ceux qu'ils auront gardés, qui seront adjugés aux acquéreurs, sans qu'ils soient tenus de faire aucun supplément de prix.
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Art. 48.
Ne pourront aussi les esclaves travaillant actuellement dans les sucreries, indigoteries et habitations, âgés de quatorze ans et au-dessus jusqu'à soixante ans, être saisis pour dettes, sinon pour ce qui sera dû du prix de leur achat, ou que la sucrerie, indigoterie, habitation, dans laquelle ils travaillent soit saisie réellement ; défendons, à peine de nullité, de procéder par saisie réelle et adjudication par décret sur les sucreries, indigoteries et habitations, sans y comprendre les nègres de l'âge susdit y travaillant actuellement.
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Art. 49.
Le fermier judiciaire des sucreries, indigoteries, ou habitations saisies réellement conjointement avec les esclaves, sera tenu de payer le prix entier de son bail, sans qu'il puisse compter parmi les fruits qu'il perçoit les enfants qui seront nés des esclaves pendant son bail.
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Art. 50.
Voulons, nonobstant toutes conventions contraires, que nous déclarons nulles, que les dis enfants appartiennent à la partie saisie, si les créanciers sont satisfaits d'ailleurs, ou à l'adjudicataire, s'il intervient un décret ; et, à cet effet, il sera fait mention dans la dernière affiche, avant l'interposition du décret, desdits enfants nés esclaves depuis la saisie réelle. Il sera fait mention, dans la même affiche, des esclaves décédés depuis la saisie réelle dans laquelle ils étaient compris.
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Art. 51.
Voulons, pour éviter aux frais et aux longueurs des procédures, que la distribution du prix entier de l'adjudication conjointe des fonds et des esclaves, et de ce qui proviendra du prix des baux judiciaires, soit faite entre les créanciers selon l'ordre de leurs privilèges et hypothèques, sans distinguer ce qui est pour le prix des fonds d'avec ce qui est pour le prix des esclaves.
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Art. 52.
Et néanmoins les droits féodaux et seigneuriaux ne seront payés qu'à proportion du prix des fonds.
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Art. 53.
Ne seront reçus les lignagers et seigneurs féodaux à retirer les fonds décrétés, s'ils ne retirent les esclaves vendus conjointement avec les fonds ni l'adjudicataire à retenir les esclaves sans les fonds.
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Art. 54.
Enjoignons aux gardiens nobles et bourgeois usufruitiers, amodiateurs et autres jouissants des fonds auxquels sont attaché des esclaves qui y travaillent, de gouverner lesdits esclaves comme bons pères de famille, sans qu'ils soient tenus, après leur administration finie, de rendre le prix de ceux qui seront décédés ou diminués par maladie, vieillesse ou autrement, sans leur faute, et sans qu'ils puissent aussi retenir comme fruits à leur profit les enfants nés desdits esclaves durant leur administration, lesquels nous voulons être conservés et rendus à ceux qui en sont les maîtres et les propriétaires.
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Art. 55.
Les maîtres âgés de vingt ans pourront affranchir leurs esclaves par tous actes entre vifs ou à cause de mort, sans qu'ils soient tenus de rendre raison de l'affranchissement, ni qu'ils aient besoin d'avis de parents, encore qu'ils soient mineurs de vingt-cinq ans.
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Art. 56.
Les esclaves qui auront été fait légataire universels par leurs maîtres ou nommés exécuteurs de leurs testaments ou tuteurs de leurs enfants, seront tenus et réputés, les tenons et réputons pour affranchis.
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Art. 57.
Déclarons leurs affranchissements faits dans nos îles, leur tenir lieu de naissance dans nos dites îles et les esclaves affranchis n'avoir besoin de nos lettres de naturalité pour jouir des avantages de nos sujets naturels de notre royaume, terres et pays de notre obéissance, encore qu'ils soient nés dans les pays étrangers.
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Art. 58.
Commandons aux affranchis de porter un respect singulier à leurs anciens maîtres, à leurs veuves et à leurs enfants, en sorte que l'injure qu'ils leur auront faite soit punie plus grièvement que si elle était faite à une autre personne : les déclarons toutefois francs et quittes envers eux de toutes autres charges, services et droits utiles que leurs anciens maîtres voudraient prétendre tant sur leurs personnes que sur leurs biens et successions en qualité de patrons.
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Art. 59.
Octroyons aux affranchis les mêmes droits, privilèges et immunités dont jouissent les personnes nées libres ; voulons que le mérite d'une liberté acquise produise en eux, tant pour leurs personnes que pour leurs biens, les mêmes effets que le bonheur de la liberté naturelle cause à nos autres sujets.
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Art. 60.
Déclarons les confiscations et les amendes qui n'ont point de destination particulière, par ces présentes nous appartenir, pour être payées à ceux qui sont préposés à la recette de nos droits et de nos revenus ; voulons néanmoins que distraction soit faite du tiers desdites confiscations et amendes au profit de l'hôpital établi dans l'île où elles auront été adjugées.

mardi 23 décembre 2008

Mort en Guinée

Il n'y a pas que la Réunion qui compte.
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Lansana Conté est mort.
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La République de Guinée n'est pas le pays le plus connu de l'Afrique de l'Ouest. C'est le premier des pays africains colonisés par la France à prendre son indépendance. De Gaulle souhaitait que les colonies de l'AOF intègrent d'abord une communauté française. Le pays rejette cette proposition lors du référendum de septembre 1958, et Ahmed Sekou Touré devient le premier président de la Guinée. De Gaulle rompt tout lien économique et diplomatique avec la Guinée.
Ce pays est un symbole important, car Sékou Touré, avec Kwame Nkrumah au Ghana et Modibo Keita au Mali, est un des panafricain sles plus importants de l'époque, et le seul qui, dans l'Afrique francophone, se soit vraiment opposé à la France coloniale.
Il n'en est pas forcément très sympathique pour autant. Comme Nkrumah, la dérive autoritaire est rapide et violente. Extrêmement violente.
Lansana Conté prend le pouvoir une semaine après la mort de Sékou Touré en 1984. Le régime reste une "dictature de fait", mais, de 1984 à 1998, la politique est plus libérale. A partir de 1998, la pratique politique redevient autoritaire. La corruption est très importante.
En 2007, il y a eu des grèves importantes, très longues et dures, qui font vaciller le régime. Conté s'accroche au pouvoir.
Il est maintenant mort, et le pays semble sur le point de vivre un nouveau putsch militaire...
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Je viens d'écouter Alpha Oumar Konaré parler de la situation là-bas sur RFI. Ca m'attriste beaucoup. Ce pays a des richesses importantes, mais il a été cassé à la fois par ses dirigeants, mais aussi par la haine que lui a porté De Gaulle et ses suivants. Ce pays a des forces vives, politiques, artistiques, mais elles sont étouffées. Je crois qu'à beaucoup de points de vue, il ressemble beaucoup au Mali, mais ce serait un Mali qui aurait eu encore bien moins de chance. Et il ne semble pas que cela soit sur le point de changer... Ca m'attriste beaucoup.
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27XII08
Je viens de retranscrire une interview intéressante de RFI : Tierno Monénembo, un écrivain guinéen en exil en France et qui vient de recevoir, par ailleurs, le prix Renaudot, est interrogé sur le coup d'Etat.
J'ai juste pris sur moi de mettre une syntaxe "écrite" sur les paroles, et de modifier la phrase entre crochets pour qu'elle tombe à l'écrit.
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Tierno Monénembo, que pensez-vous du coup d'Etat de Noël dans votre pays ?
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Oh ! Ce n'est pas forcément un cadeau de Noël. Vous savez que le coup d'Etat en Afrique n'est jamais une bonne nouvelle, surtout dans un pays comme la Guinée. Vous savez que la Guinée a la meilleure armée du monde, l'armée la plus honorable, la plus belle, la plus intelligente, la plus courageuse. Tellement courageuse qu'elle ne fait que des coups d'Etat contre des cadavres.
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Oui, la formule est belle, mais de fait, elle est au pouvoir et qu'est-ce que cela vous inspire ?
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Beaucoup d'inquiétude finalement. Je suis heureux que cette caste de corrompus qui a végété autour du cadavre politique et physique de Lansana Conté pendant longtemps ne soit pas parvenue au pouvoir. On aurait vécu du Conté éternellement en quelque sorte. Mais je ne sais pas du tout ce qui va se passer. Vous savez que les militaires au pouvoir en Afrique n'ont jamais rien apporté de bon. Je ne pense pas qu'un coup d'Etat soit la solution et j'ai l'impression que ce capitaine qui nous parle en ce moment à la radio, a l'air jeune, dynamique, très bien intentionné... Mais malheureusement vous savez très bien que l'enfer est pavé de bonnes intentions, et on ne sait pas très bien quelle est la réalité de son pouvoir, et puis de toute façon, s'il fallait tenir compte (...) des longs complets de bonnes intentions qu'on a entenus sur les radios africaines depuis près de cinquante ans d'indépendance, il y aurait de quoi faire mille fois la Californie.
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Le capitaine Moussa Dadis Camara affirme qu'il n'a pas l'ambition du pouvoir et promet une présidentielle transparente dans deux ans.
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Mais il ne peut pas dire autre chose !! Lansana Conté avait dit mieux que ça quand il était venu au pouvoir en 1984 !! Lansana Conté avait dit ceci, qui est resté dans la tête de tous les Guinéens : "Nous sommes venus au pouvoir pauvres, et si nous devenons riches, c'est que nous avons volé." Nous savons très bien que Lansana Conté qui est venu très pauvre au pouvoir est mort très riche. Non, non, les Guinéens, on peut encore les réprimer, on peut encore les voler, on peut encore les tricher, mais je pense que plus personne ne peut leur mentir.
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Comment expliquez-vous qu'un officier d'un grade moyen ait pris le pouvoir au nez et à la barbe des généraux et des colonels ?
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Mais c'est le vide total qu'il y a en Guinée !! En Guinée, il n'y a rien !! Il n'y a ni Etat ni armée. La Guinée est morte !! En cinquante ans de Sékou Touré et de Lansana Conté, tout est mort dans ce pays. Toutes les valeurs humaines ont été tuées dans ce pays, l'honneur, le courage, l'honnêteté, le sens de l'être humain ! Nous n'avons plus aucune valeur.
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Mais pensez vous que le colonel Sékouba Konaté ou que le général Toto Camara vont obéir aux ordres du capitaine ?
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Je ne pense pas qu'ils vont lui obéir longtemps. Déjà les militaires, même quand ils ont le même grade, se liquident très vite les uns après les autres une fois arrivés au pouvoir, et là, effectivement, il y a un très grand problème. J'ai l'impression que c'est la troupe qui tient les armes, donc qui tient le camp, notamment le camp Alfa Yaya [Diallo] qui est le gros camp quand même de la Guinée - je pense que quand on tient le camp Alfa Yaya, on tient l'armée Guinéenne -, mais quand même, il y a là, à côté de ce jeune capitaine, un général et un lieutenant-colonel. Vous savez que les contradictions des militaires, ça se règle toujours par les armes, quand même...
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Donc vous craignez des déchirements...
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A l'intérieur de l'armée en tout cas. Je ne pense pas du tout que cela va s'étendre au niveau de la société. Je pense que les Guinéens ont compris depuis longtemps qu'ils sont unis dans le malheur, et qu'ils le seront éternellement.
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Est-ce que vous regrettez que la Constitution ait été suspendue et que le dauphin constitutionnel, Aboubacar Somparé, ait été mis hors jeu ?
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Ecoutez, la Constitution, on n'avait pas besoin de la suspendre, elle n'a jamais réellement existé. C'est un petit texte qui a été confectionné comme on confectionne une chemise pour quelqu'un, c'est-à-dire à la dimension du général Lansana Conté, et personne n'en a jamais usé. Somparé qui parle de légitimité n'a jamais usé du peu de légitimité que lui donnait cette constitution fictive ! Il n'a jamais voulu, avec son complice le président de la Cour Suprême, déclarer la vacance du pouvoir. Il y a quand même cinq, dix ans que Lansana Conté est grabataire : cet homme passait les trois quart de son temps dans le coma. Personne en Guinée n'a jamais osé déclarer la vacance du pouvoir, c'est-à-dire l'incapacité de Conté à exercer le pouvoir. Il a préféré laisser mourir l'économie et la société plutôt que de prendre ses responsabilités.
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Donc entre le putschiste de Noël et le dauphin constitutionnel, vous ne choisissez pas ?
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Oh, c'est entre la peste et le choléra ! Mais enfin, je préfère quand même parfois, je ne sais pas, le choléra à la peste... Je pense quand même que le capitaine vaut mieux que Somparé, c'est évident. Peut-être que par miracle ce capitaine peut se transformer en Rawlings [ancien présient du Ghana], on ne sait jamais, ou en Sankara [Thomas Sankara, président burkinabé, assassiné par Blaise Compaoré], sauf que bien évidemment, tout le monde sait que la Guinée n'est pas une terre de miracles.
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Alors pour l'instant, l'opposition est d'une extrême prudence, Alpha Condé et Sydia Touré prennent acte, mais ne condamnent pas le putsch, Seydou Dana Diallo non plus. La seule chose qui compte, disent-ils, c'est qu'il y ait une présidentielle libre le plus vite possible.
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Une présidentielle libre le plus vite possible, ce n'est pas possible pour deux choses. D'abord les militaires ne sont jamais pressés de faire des elections, et ils ont bien raison. Deuxièmement, on n'organise pas rapidement des élections en Afrique. Les contraintes techniques, administratives, psychologiques sont telles que même dans les pays les plus normaux comme le Ghana ou le Bénin, il faut du temps pour faire une élection. En plus, vous savez, l'opposition n'est pas innocente ! Je pense que la vacuité politique de l'opposition guinéenne depuis la mort de Sékou Touré compte beaucoup dans la crise que connaît le pays. Ces opposants politiques n'ont jamais su dépasser leurs intérêts égoïstes, leurs petites querelles intestines, et certainement, c'est cette irresponsabilité de l'opposition qui a fait la perenité de Lansana Conté au pouvoir et qui nourrit pour beaucoup aujourd'hui la crise que nous connaissons.
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Donc vous avez le tout petit espoir que Moussa Dadis Camara soit le Jerry Rawlings de Conakry, mais vous n'y croyez pas trop...
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C'est tout ce qui nous reste !! Il faut quand même croire. Puisqu'il est jeune, et puisque quand même il ne fait pas encore partie de ces généraux qui ont bouffé et réprimé autour de Lansana Cnnté, il peut [se demander, en méditant un peu - j'espère qu'un jour il va s'enfermer quelque part, dans une église par exemple ou dans une mosquée -,] ce qu'il peut apporter au pays, en se disant qu'il est la dernière cartouche pour ce pays : il est la dernière solution. S'il échoue, le pays est foutu. En revanche, s'il réussit, il va redonner de l'espoir.

dimanche 21 décembre 2008

Quelques photos

Je parle de nos sorties dans les bassins sans avoir encore montré quoi que ce soit...
Réparation ici :
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D'abord des bassins de la rivière Sainte-Suzanne :

Ces bassins de la rivière Sainte-Suzanne sont les premiers que j'ai découverts. Inès et Daphné m'ont emmené là dès le premier jour. Les bassins Nicole et Boeuf sont des "classiques" ; les gens viennent faire des piques-niques là le week-end, c'est très sympatique. Ce qui est rigolo, c'est que le bassin Grondin (pas de photo...), juste au-dessus du bassin Boeuf, est complètement ignoré des gens, alors qu'il suffit de grimper un peu à côté de la cassade... On s'y est baigné seuls avec Selim et Elodie alors qu'il y avait plein plein de gens au premier....

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Et voilà le bassin de la rivière Saint-Denis, où on a commencé à aller assez souvent. Lui est vraiment ignoré, sauf des gens du petit quartier créole à côté. Et pourtant il est bien aménagé avec des barbecue en dur et tout...

A cinq minutes du centre ville (sans compter les embouteillages), c'est un endroit très nature où c'est à se demander si les gens ne vivent pas un peu hors du temps. Lessive dans la rivière, troupeaux de cabris et poules en liberté... On y arrive par un pont super étroit (il faut replier les rétroviseurs des voitures), et il faut faire un peu de marche dans la rivière après. Pas de chute d'eau à celui-ci, mais on peut quand même escalader la falaise pour se mettre en hauteur et plonger.

Ajouter des étoiles dans le ciel

Le 20 décembre est une date quelconque en métopole.
Ici, c'est la fête, car c'est l'anniversaire de l'abolition de l'esclavage à la Réunion, "la fête des cafres". C'est même un jour férié ; il y a de quoi.
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Pour moi, la journée a commencé par un midi et un après-midi au bassin de la rivière Saint-Denis (pour la nième fois, ok, mais j'adore cet endroit..., je n'arrive même pas à m'en décrocher encore pour aller voir le bassin à la grotte au dessus...). Plein de soleil, rien que nous.
Et c'est finalement d'autant plus cool qu'on commence à se connaître ; même les marmailles de Bruno et de Florence et leurs ados ténébreux (!) sortent de leur réserve petit à petit.
On en a profité pour "cueillir" des coquilles, des sortes de coquillages d'eau douce.
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On a enchaîné par la sortie en ville pour voir les concerts et le feu d'artifice. Très plaisant de voir la ville en fête, des gens un peu partout...
En même temps, tout ça mélangé aux décorations de Noël (quand même moins présentes qu'en métropole), une impression étrange se dégage : le père-noël, sur son traineau avec les rennes, projeté sur la façade de l'artothèque n'est vraiment pas à sa place ; même en tongs, le traineau tiré par un attelage de dauphins, il me semblerait également déplacé. Je me demande bien comment les cafres réunionnais peuvent ressenir ça. Peut-être qu'ils ne se sont pas posé la question, puisque les deux événements ne coïncident que par hasard... Mais je dois dire que ça m'a un peu troublé...
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Et puis le feu d'artifice. Ca faisait longtemps que je n'en avais pas vu - y aller à Paris est une épreuve de force que je n'ai jamais souhaité surmonter. Encore un peu de snobisme, peut-être. En fait, c'est peut-être bêtement couteux, inutile, éculé, tout ce qu'on veut, eh bien j'aime ça quand même. C'est pas si souvent qu'on multiplie les étoiles dans le ciel.

dimanche 14 décembre 2008

Où est-on "chez soi" ?

Le séjour de Selim et Elodie et les deux semaines en métropole ont rendu les billets rares.
De retour à Zamalia, et avec enfin de l'internet à la maison, ils devraient redevenir plus fréquents.
Je ne vais pas tout de suite ré-enchaîner avec le récit de Mafate, du volcan et des bassins avec mes deux touristes (j'attends de toute façon un récit par Selim de l'affaire... hin ?? ça vient quand ??). Il y a en effet une question qui m'a tarabusté pendant ces semaines de retour : c'est quoi un chez soi ?
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Le couronnement - et une réponse, d'une certaine manière - a eu lieu à l'aéroport quand j'ai été régler mes kilos supplémentaires de livres. "Vous retournez chez vous ?" "... oui ..." "la saison des letchis a commencé ?" "bah oui, ça fait déjà presque un mois" "ah !! et ils sont bien meilleurs que ceux de Madagascar !!" etc.
De fait, je retournais bien là où j'habite, mais ce qui m'a troublé, c'est que j'ai été mis dans la case "réunionnais" sans broncher par la petite dame. Et je pense que j'ai répondu à peu près comme un (vrai ?) réunionnais aurait pu le faire...
Et pourtant...
J'habite la Réunion, c'est un fait. Mais suis-je habité par elle ? Et si oui (comme si non), comment cela se passe-t-il ?
Au fond, cette question est peut-être l'objet principal de ce blog...
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J'ai toujours pensé qu'on était plus habité par les personnes qu'on cotoie plutôt que par les lieux eux-mêmes (le présupposé était l'"indépendance" des lieux et des personnes). Partant de là, je pensais que je serais très longtemps "chez moi" à Paris (comme je n'ai rapidement plus été "chez moi" à Rennes) et que je mettrais du temps à être "chez moi" sur l'île.
Il me semble maintenant que ce n'est pas si simple que ça.
Au moins, il y a des gens, il y a des lieux, il y a des habitudes avec les gens, il y a des habitudes avec les lieux, mais il y a aussi des habitudes avec les lieux et les gens.
Il me manque encore presque tout ici, mais il manque également déjà des choses en métropole, car, si les liens avec les gens et dans une certaine mesure avec les lieux continuent, les habitudes se délitent.
Les gens autour de soi, qui, je continue d'en être convaincu, sont le centre de toute vie - ou encore son contexte - vivent également dans un contexte géographique.
Je suis sans terre car mes "contextes géographique, amical et familial" ne coïncident plus. Tous les réseaux d'habitudes sont à reconstruire... D'autant que les "habitudes" qui émergent ici sont bien loin de celles qui me guidaient avant...
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La vie est une drôle de chose. Je vais suivre les éclairs, comme quand on avait entendu le facteur de Mafate à la radio avec Selim et Elo... A suivre...

mercredi 19 novembre 2008

Mi pense à zot'

Longue interruption des billets. Je n'ai toujours pas l'internet à la maison.
Mais surtout, Selim et Elodie sont venus passer 10 jours sur mon île. 10 jours lumineux, légers, de (quasi) vacances, 10 jours pour mieux connaître ce joli rocher.
Je vais (on va...) consacrer les billets qui suivent à nos périgrinations, et je vais commencer par le bilan : de l'air !!!
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J'avais un peu parlé du sentiment d'esseulement que je ressentais malgré une vie objectivement pas désagréable. J'en ai parlé, mais je n'avais finalement pas vraiment réalisé comment il commençait à me ronger. En relisant quelques billets acides kan mi pense à zot y affole à moin, je me dis maintenant que j'avais pourtant quelques symptômes : pas que je ne puisse pas être acide, seulement qu'il n'y avait finalement pas de raisons de l'être autant.
Au delà des moments super qu'on a passé tous les trois, la découpe des pommes au cuter, la marche dans Mafate, le bivouac dans le nuage, les kilomètres mangés en écoutant Free-Dom, les aprèms aux bassins, le thé sur le toit..., eh bien il me semble que je suis un peu plus d'aplomb.
Mine de rien, de trouver les références « de tous les jours », les types de conversations, partager le regard sur le monde qui sans ça vacille, ça donne tant d'air, c'est fou !! On ne s'en rend pas compte, d'habitude !!! :-)
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Leurs appareils photos me permettent de vous donner quelques images de mon nid.
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Ici, on voit par ma fenêtre, en utilisant le "miroir" du mur coulissant qui sépare la grande pièce de la cuisine.
Petit dèj avec Selim.
Là, c'est la montagne, vue de ma petite terrasse, au petit soir.
Et puis il s'est passé un truc bizarre. Je me souviens très nettement de la dernière nuit passée à Mopti, pendant mon second voyage au Mali, avec Selim et Elo, déjà. Un vieux lecteur de cassette crachotait le blues de Boubacar Traoré, pendant qu'on prenait le thé sous les étoiles... Ce moment avait particulièrement contribué à m'amarrer à cette terre-là. Je dois vraiment fonctionner à l'émotion musicale : c'est finalement par elle que je comprends les lieux, il me semble. Au hasard d'un programme de radio, on est tombé sur une chanson qui parle du vieux facteur de Mafate. Là-haut, il n'y a pas route ; la voie des airs est un peu utilisée pour la logistique, mais, pratiquement, beaucoup s'y passe encore à pied. Ce vieux facteur y faisait toutes les semaines une tournée... ...d'une semaine. On ne peut sûrement pas vraiment comparer Bat'Kèr au grand Karkar, mais peu importe. Cette petite chanson qui faisait écho à notre marche a fait effleurer en moi pourquoi il y a toutes les chances que je puisse aimer cette terre, si je ne me laisse pas ronger bêtement.
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La brume dort dans la plaine
Le jour se lève à peine
Quantante kilos de lettres
C'est parti pour des kilomètres
Mes vieilles pompes, ma casquette
Et le cuir de ma musette
Je traverse tranquille
Dans ce monde paisible.
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Les sentiers serpentent Le cirque
La forêt se vantent fort et haut
D'appartenir à ce décor magique
De falaises, de voiles d'eau.
On y oublie même le temps
J'en perds un peu sur ma tournée
Les touristes m'arrêtent souvent
Juste pour me photographier
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J'aime le jaune de mon polo
Moin la pa pèr zot y moukate
Pas de moteur ni même de vélo
Je suis un facteur en savates
Je n'ai besoin d'aucun numéro
Ya pas de rues, ya pas de boîtes,
Je connais connais tous les habitants de là-haut :
Je suis le facteur de Mafate.
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Je connais les îlets par coeur
Roche-Plate, Ilet-aux-orangers
Ou encore Ilet-à-malheur
Chaque maison, accueil familier
Je suis un peu le messager
Porteur de toutes les nouvelles,
Celles qui s'accrochent
Tout en haut des falaises.
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J'aime le jaune de mon polo
Moin la pa pèr zot y moukate
Pas de moteur ni même de vélo
Je suis un facteur en savates
Je n'ai besoin d'aucun numéro
Ya pas de rues, ya pas de boîtes
Je connais tous les habitants de là-haut :
Je suis le facteur de Mafate.
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Fin de carrière de timbres et de courriers
Déjà quatre fois le tour de la terre
Mes mollets sont aussi durs que toutes ces années
De marches dans la fraîcheur des fougères.
J'ai rangé ma casquette, le soleil de mon polo.
Je me souviens du parfum des tamarins...
Rien n'est pareil à ce métier, rien n'est aussi beau
Je suis le facteur, je fais partie du tableau...
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J'aime le jaune de mon polo
Moin la pa pèr zot y moukate
Pas de moteur ni même de vélo
Je suis un facteur en savates
Je n'ai besoin d'aucun numéro
Ya pas de rues, ya pas de boîtes
Je connais tous les habitants de là-haut :
Je suis le facteur de Mafate.
.
J'aime le soleil de mon polo
Je suis un facteur en savates
Je connais tous les habitants de là-haut
Je suis le facteur de Mafate.

jeudi 30 octobre 2008

Le visiteur du soir

La Réunion est connue pour n'abriter aucun animal dangereux. C'est heureux. On n'est pas en Guyane, quand même !!
Mais l'absence de danger ne signifie pas non plus qu'il n'y a pas de bêtes bien dégeu. J'ai déjà entendu parler de la grosse araignée qui répond au doux nom de "babouk". Chez Christian, on s'était fait déranger un soir par un gros cafard volant. Le genre de choses qui cumulent ce que j'adore : ya de la carapace et ça vole. On était restés un peu tétanisés avec Florence, mais mon tuteur, tel un chevalier des temps modernes, s'était armé de sa savate et avait rendu justice. En prenant un appartement (donc non directement ouvert à tous vents) dans un espace plus urbanisé, j'avais (très naïvement) imaginé que j'allais limiter de telles rencontres du troisième type. Que nenni !!!
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J'étais très tranquillement avachi en train d'écouter un petit Sniper de derrière les fagots hier soir quand j'ai entendu un petit bruit de gratouillement (de grouillement ?) sur ma droite. Un charmant cafard de cinq bons centimètres s'était invité.
Je dois avouer qu'il l'avait joué diplomate en ne jouant pas au bombardier pour entrer. Sa technique d'incrust' reste d'ailleurs mystérieuse étant donné son incapacité à grimper sur un mur – un, deux centimètres d'altitude et il se rétamait comme une crêpe par terre, à gigoter comme un âne quand il tombait sur le dos. Mais toujours est-il que cette saloperie était bel et bien là.
Cinq centimètres, posé par écrit, ça ne semble pas énorme. Mais quand on a le format parisien dans l'oeil (j'ai eu le temps de l'intégrer durant mes longues expériences sur les mises à mort de cafards quand mon immeuble de la rue Servan était un repère), la Bête m'a fait l'effet d'un gros monstre répugnant.
J'ai cogité un moment en le regardant vadrouillé du haut du canapé. Mais force a été de constater que mes techniques de mise à mort patiemment développées allaient s'avérer totalement inadéquates avec des bestioles de cette taille : capture compliquée, bûcher difficile à mettre en oeuvre, bain d'huile ruineux, pas de décap'four dans la cuisine... Et je n'avais pas très envie que l'incrusté risque de prendre la voie des airs...
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Ces tergiversation durant, la Bête a fini par trouver un abri dans les bogolans de Boubacar que je n'ai pas encore mis au mur, et qui traînent par terre. Y mettre la main ? Beuark ! Ne pas y mettre la main et attendre ?
Courageux que je suis, je me suis assis sur mes talons, chassure à la main. Posture du chasseur avisé.
Pourquoi le système m'oppresse, me fatigue et me stresse ? Pourquoi la police m'agresse ? Pourquoi tant d'pipeaux dans la presse ? Pourquoi chaque jour j'encaisse ? Pourquoi Babylone me tient en laisse ?
Sniper continue son topo. J'ai pas tout à fait le même problème que le gars Blacko... C'est bien plus prosaïque chez moi : je guette la Bête et je ne me suis pas bien posé ; je n'arrive pas à détacher les yeux et les cuisses commencent à tirer un peu.
Je me relève, tapote le tas du bout de la chaussure...
Rien.
Je me rassois sur mes talons et attends encore un peu. L'enfoiré !!! Il ne veut pas ressortir !!!!
Je vais m'assoir sur le canap' et coupe la musique. Tous mes sens sont aux aguets. Et je ne me sens pas bien malin : pourquoi je n'ai pas agi plus vite ????
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Un petit moment passe et le grouillement me signale que la Bête a repris sa visite. Il est temps d'agir. Et pourtant je continue d'être assez épaté par sa taille. En plus, je dois quand même dire que je n'aime pas trop les mises à mort, même pour la vermine. Je prends mon courage à deux mains (et ma chaussure dans la droite). Une inspiration, un coup de talon habilement donné...
Blam !
Ouf, j'ai réussi !!
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Je regarde un moment ma victime...
...qui n'est finalement toujours pas morte. Une patte se met à bouger à nouveau. Puis une autre. Puis une antenne. Oh, il n'a pas l'air en super santé, c'est sûr, cependant c'est indéniable : même pas mort !!!! Mais qu'est-ce que c'est que cette chose ????
Bon, maintenant qu'il est quand même bien moins vif, la bravoure réafflue en moi, et j'hésite moins à lui asséner un nouveau bon coup sur le coin de la figure. ...Abréger les souffrances...
Je lui laisse la tatanne comme linceul pour la nuit (au cas où).
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Bilan :
Vivement que j'aie fixé mon hamac pour dormir. Au moins je serai à l'abri de ces choses. Cela dit, il va falloir que j'apprenne à occir plus efficacement. Jérémie, becoming cockroachs' Slayer ?

mardi 28 octobre 2008

La maison

Un petit mot rapide pour vous tenir au courant.
En effet, comme maintenant, j'ai un logement au-to-no-me (!), mais que je n'y ai pas encore de téléphone et d'internet, je peux plus difficilement tenir au jour les nouvelles.
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Prise de clef ; pré-emménagement.
J'arrive à 13h. La fille de la SIDR est là... ...mais elle n'est pas seule. Des ouvriers sont en train de tripatouiller le chauffe-eau. A la contre-visite (?), il est apparu qu'il fallait le changer. :-S Ca commence bien. Rendez-vous est pris pour le lendemain, afin d'en mettre un tout-nouveau-tout-beau. On fera le bail dans la foulée (problème informatique côté SIDR, pas possible d'éditer les papiers qu'il fallait...).
Bon, je suis déjà content quand même. Je dormirai sur place (pour accueillir les ouvriers à la première heure), mais j'irai quand même me doucher chez Christian.
Je teste un petit peu, fais le tour, descend la voiture au garage...
Comme le reste de l'après-midi est libre, je décide de faire un petit tour dans un magasin de hi-fi. Je descends donc chercher la voiture. Histoire de voir, j'essaie d'en fermer la porte qui me semble un peu bizarre. Je n'ai pas eu là la meilleure idée de ma vie : j'ai beau ne pas être franchement "plein de muscles" genre je-suis-un-surfeur-bronzé-et-je-joue-au-volley-sur-la-plage, comme je tire du mauvais côté, la porte s'effondre en travers. Elle est complètement hors d'usage, je ne peux pas la démonter puisque je n'ai pas d'outils et... ...ma voiture est coincée dedans. Grand moment de solitude... Cet emménagement commence grave à partir en vrille...
Une femme passe et gare sa voiture. Ah oui, c'est vrai, les portes sont montées à l'envers ici !! Je comprends d'un coup pourquoi ces portes me paraissaient bizarres, et là où je me suis plantée. Bon courage !! Merci, j'en ai besoin... Coup de fil en vitesse à la SIDR... Répondeur... Melle Inès, je me sens si seul ! :'-(
Je chope un de mes voisins qui passe et lui demande des outils. J'ai trouvé mon sauveur !! Le mec est très sympa, on démonte la porte et on la pose sur le côté. Je me sens un peu con, mais au moins je ne suis plus prisonnier.
Cette embuche passée, je pars donc à mon magasin de hi-fi. Je galère un peu pour trouver, me garer, mais bon, à la suite d'un créneau somptueux (en une semaine, je commence grosso modo à reprendre la main), je me pose, je marche, je trouve. Petit moment sympa ; on est deux clients dans le magasin avec le vendeur. On est à peu près tous les deux dans la même situation - tout laissé en métropole -, avec des attentes pas si éloignées. Le vendeur commence les essais pour moi, me demande ce que j'écoute. Je reste dans le soft, classique, musique afro... Je ne lui parle pas des trucs qui tabassent (la conversation avec l'autre client me laisse à penser que j'aurais peut-être dû...). Le gars passe derrière sa montagne d'appareils technologiques, fait des branchements compliqués... Et une voix monte... Je t'aime, mi yamoré... Trop bien !!! En quelques secondes, les petites tensions de la journée s'écoulent de moi...
L'autre gars attend silencieusement que j'aie terminé mes essais, et écoute très attentivement ; je reste quand j'ai fini et écoute attentivement leurs échanges. Si vous écoutez du rap, oui, bien sûr, il vous faut un caisson de basse !! hum... J'ose pas trop participer... C'est un peu comme à l'école sauf que l'environnement est ouaté, et ponctué d'essais musicaux. C'est un moment un peu suspendu. C'est une sensation un peu étrange quand on sort tous les deux ; on ne s'est pas vraiment parlé, et pourtant c'est un peu comme si on avait fait connaissance par le truchement de la musique ; il y a comme un moment de flottement à la sortie : comment enchaîner ? Finalement on se salue et on part dans des directions opposées.
Quelques courses à carrefour, et retour chez Christian pour la douche. J'en profite pour prendre quelques affaires, pas encore la totalité car la malle reste lourde. Je mange avec eux et pars finalement me coucher.
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Le lendemain.
Je ne vois pas arriver les ouvriers, mais je suis livré d'une partie de mes meubles assez tôt. Je papote un peu avec les gars ; ils ne parlent pas trop bien le français standard, mais bon, je comprends à demi mots qu'il va y avoir quelques problèmes avec mes bancs :-S
La fille de la SIDR vient pour qu'on fasse les papiers, et m'annonce que les ouvriers m'appelleront pour prendre rendez-vous, soit dans la fin de la journée, soit le lendemain très très tôt pour que je puisse aller travailler après. Mouais, donc peut-être pas de douche aujourd'hui... En même temps, il ne fait pas trop chaud, je devrais éviter le scandale.
Le reste des meubles arrive pendant qu'elle est là. Effectivement, pas de bancs, je dois les suivre jusqu'à l'Atlas... Je finis les papiers en vitesse et les suis.
Je suis reçu très chaleureusement par un chef qui me fait presque des courbettes pour s'excuser de ne pas avoir au final ce qu'il m'a vendu (entre les livreurs, le chef des livreurs, ce chef-là, les versions ne sont pas parfaitement cohérentes... je me crois dans un magasin de voitures...), fait appeler ici, là et encore ailleurs pour chercher des bancs dans tous les Atlas et dépôts correspondants sur l'île. Rien. Super prix sur les chaises ? Oui, mais moi je veux des bancs, pas des chaises (en fait, c'est surtout que je suis très agacé qu'on m'ait vendu un truc qui n'existait pas... encore une de mes "questions de principe" débiles, sûrement...). Je vais réfléchir...
Je sors un peu agacé de tout ça. "De rage", je me fais le magasin de meubles chers à côté, BUT, un autre dans la ZI du Chaudron, même M. Bricolage et Carrefour... Le banc ne fait pas recette sur l'île, c'est sûr... Rien, rien, et encore rien. Le vendeur de BUT a été le plus amusant : le blanc, interloqué qu'il était, avant de me dire "ah non, on n'a pas ça ici", a été un modèle du genre...
Je pense maintenant que je vais acheter des chaises à trois euros six sous, et exiger remboursement ou alors une super ristourne sur les gazinières et machines à laver. Ca va encore être de la négoc' !
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Le sur-lendemain.
Le jour (le matin) du changement de chauffe-eau. Lever 6h (avant votre changement horaire, chers métropolitains, il était donc 4h chez vous... ce genre de pensée me donne le vertige...) pour réussir à émerger correctement. Je suis effectivement prêt (et éveillé) à 7h.
7h15. Rien.
7h20. Idem.
7h25. RAS.
7h30. Toujours rien.
7h35. Un nouveau verre de jus d'orange-carotte-citron ?
7h40. Mes héros arrivent...
Un peu moins matinaux que prévus, mais bon...
9h15 (dommage pour la plage fixe), je peux m'arracher de chez moi. Une opération presque sans accroc, sauf qu'on a réveillé le bébé d'à côté qui s'est fortement ému des coups de perceuse dans son mur... La gaffe !! Deuxième matin, première fois que M. Mon Voisin vient toquer à la porte pour me dire de baisser le volume... Là aussi, ça promet !!
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Depuis ces premiers jours héroïques, les choses changent doucement. J'ai dormi une partie du week-end et ai maté des films pendant l'autre (merci Antoine !!). Pas très efficace pour remplir le vide et limiter les échos (vous imaginez ça, vous, parisiens en particulier, un appartement plein d'échos ? C'est Versailles !!). J'ai passé un coup de fil à Boubacar dimanche, et j'ai du en finir par sortir sur la terrasse pour palabrer !!!
Cette indolence du week-end m'a permis d'apprécier le ragga-dancehall (surtout) et le zouk (un peu) du petit voisin d'en face qui met ses hauts-parleurs à fond l'espace d'un ou deux cds le week-end. Ca va, en fait, il pourrait aussi écouter Slipknot...

mardi 21 octobre 2008

Un article

«Nous, Africains, sommes dans la cale en train de nous noyer»
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«Dépénalisation du franchissement "illégal" des frontières», «arrêt de la militarisation des frontières africaines imposée par l’Union européenne», «protection sans conditions des migrants mineurs et notament interdiction de leur enfermement et de leur expulsion»… La première journée du Sommet citoyen sur les migrations organisé vendredi et samedi à Paris (www.despontspasdesmurs.org) s’est achevée par la publication d’une plate-forme de douze revendications. Philosophie générale: s’opposer à une «politique qui transforme l’Europe en forteresse» et donner la parole «aux sociétés civiles du Nord et du Sud». Ce sommet, inédit par son ampleur, a été organisé à l’appel de 250 associations européennes mais également africaines. Plus de mille personnes ont participé, hier vendredi [vendredi 17X08], aux différents ateliers et débats.
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Parmi elles, Aminata Traoré, essayiste, présidente du Forum pour un autre Mali (FORAM) et ancienne ministre de la Culture et du Tourisme du Mali.
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La crise qui touche les pays occidentaux peut-elle avoir un impact sur les migrations ?
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Si le chômage augmente dans les pays du nord, cela va avoir des répercussions sur l’emploi des migrants. Or, les transferts financiers des migrants vers les pays d’Afrique sont extrêmement importants, supérieurs à ce que la France et les Etats-Unis nous accordent. Et l’avantage de ces transferts par rapport à l’aide au développement (1), c’est qu’ils atteignent directement les villages. C’est pour cette raison d’ailleurs que le Mali refuse de signer l’accord de réadmission que la France tente de lui imposer (2). L’aide publique au développement risque aussi de diminuer quoique les pays du Nord n’aient jamais été très généreux.
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Qu’attendez-vous du sommet euro-Afrique qui doit se tenir à Paris en novembre ?
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Une ingérence accrue dans les affaires de l’Afrique ! L’Europe veut parachever la libéralisation des économies africaines. Vous allez nous imposer des partenariats pour pouvoir inonder nos marchés de biens manufacturés qui vont ruiner le peu d’industrialisation que nous avons dans un contexte où les matières premières ne sont pas correctement rémunérées. Vous allez nous imposer la culture des OGM (organismes génétiquement modifiés, ndlr) et des agro-carburants. Vous allez exiger de nous, comme vous l’avez fait du Maghreb, de surveiller vos frontières. La création du Cigem (3) (Centre d’Information et de Gestion des Migrations, ndlr) à Bamako, au cœur du Mali, est une manière de nous mettre à contribution. Et vous allez obtenir tout cela de nos dirigeants qui ne consultent pas leurs peuples.
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Le monde entier souffre de la crise, pas seulement les pays du sud…
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Face à la crise, nous sommes tous des naufragés, mais vous européens, vous êtes des passagers de première classe alors que nous, Africains, sommes dans la cale en train de nous noyer. Vous avez conduit le monde dans le mur et refusez d’entendre les cris de détresse des migrants.
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(1) Selon la Banque mondiale, les migrants envoient chaque année plus de 160 milliards de dollars vers les pays du Sud. A titre de comparaison, l’aide publique au développement distribuée en 2007 par les pays riches a été approximativement de 100 milliards de dollars.
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(2) Le ministère de l’Immigration a entrepris de signer avec les pays d’émigration des «accords de gestion concertée des flux migratoires». Ils comprennent un volet réadmission en vertu duquel les pays du sud doivent accepter que la France leur renvoie ceux de leurs ressortissants en situation irrégulière. Le Mali ne l’a toujours pas ratifié.
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(3) Inauguré le 6 octobre, financé par l’Union européenne, le Cigem, premier du genre, est destiné à lutter contre l’immigration clandestine et à promouvoir les migrations de travail légales.
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Libération, recueilli par CATHERINE COROLLER

C.R.A.Z.Y.

Juste un petit mot pour parler du film de ce soir.
C.R.A.Z.Y. faisait partie du lot de cadeaux "DARES" ; bin je voulais dire "merci" aux donateurs.
Et aussi merci aux choisisseurs : je pense que Ranzika n'y est pas étrangère ;-)
Le film m'a beaucoup touché et pas mal de choses m'ont parlé.

lundi 20 octobre 2008

Tour de l'île

Ce week-end, Christian et Florence étaient partis en amoureux à Boucan.
J'étais donc tout peinard ces deux jours.
On avait pensé avec Bruno en particulier se faire une petite rando le samedi. Forcément, en me couchant tard le vendredi soir (au retour de la crémaillère, j'avais encore la pêche), je n'ai pas réussi à émerger pour aller faire cette rando. J'ai comaté tout le samedi.
Dimanche, un peu plus d'energie (enfin "un peu"). J'ai réussi à me faire un peu de bouffe, une lessive ; puis j'ai pris mon destrier blanc pour faire un petit tour. J'ai plutôt fait un tour complet (pas tout à fait, car je ne suis passé par Sainte-Rose et Saint-Joseph ; je suis passé "par le milieu", en montant sur les hauteurs des deux plaines, d'abord celle dite "des palmistes" et la seconde dite "des cafres"), en ne choissisant pas le sens trigonométrique - comme je suis parti tard, j'ai préféré être sûr de voir de jour ce que je n'avais pas encore vu.
Pour le côté pratique, eh bien c'est vraiment de la montagne-seconde-première-seconde-troisième-seconde-première-seconde-première-seconde-troisième-seconde-première-seconde-première... Niveau pente, pas grand chose à envier aux Alpes, il me semble. Niveau ravins non plus. Sauf que là, c'était plein de bus et de voitures. Pas facile de s'arrêter pour les points de vue. On sent bien aussi la température chuter violemment en pas longtemps.
Le côté pratique mis à part, j'ai trouvé un côté féérique à cette montée. Car ces montagnes sont terriblement vertes, et prises dans les nuages. Ca me faisait penser à certaines photos que j'avais pu voir sur le Machu-Pichu. J'aurais vraiment aimé ne pas avoir à me concentrer sur ma route à suivre et pouvoir passer mon temps à regarder autour de moi. Vraiment magique.
Au terme de l'ascension, on se retrouve dans les nuages. Ce n'est pas du vrai brouillard, ça me faisait penser à la brume du Berry dont parle George Sand - je n'ai plus le nom en tête.
Le village de la Plaine des Palmistes est vraiment joli. Frais, brumeux, mais bien chouette. La végétation me semble nettement moins exotique qu'ailleurs ; dur d'expliquer ce sentiment quand on ne connaît rien aux essences d'arbres, mais il y avait un je-ne-sais-quoi qui ne faisait pas tropical.
La route continue, et puis on tombe sur une boîte de nuit (là, elle fonctionnait de jour pour des djeunces, et j'écoutais même leur ziq dans la voiture sur EXO FM :-D). La Soucoupe Volante. Quelques mètres et changement de végétation. Ni européenne, ni tropicale ; verte, quelques arbres épars. Et retour du soleil derrière un rideau très fin. Déjà bas. La lumière change du tout au tout. Une espèce d'atmosphère jaune-ocre, un peu hors du temps, enveloppe tout : il y a un côté très romantique, et il devrait revenir à des allemands du XIXe d'en parler. Je n'en suis pas capable. Tout ce que je peux en dire, c'est que j'ai été saisi.
La suite, nettement moins romantique, a été la descente sur Saint-Pierre. Embouteillage monstre au Tampon (fin de l'expo de fleurs...). Une heure et demie environ pour faire dix bornes, sur une pente bien raide. J'ai de la musique (toujours le ragga-dancehall de la Soucoupe volante) mais ce n'est pas le moment le plus rigolo du voyage, d'autant que ma nuque se raidit et que je commence à avoir mal à la tête... Le confinement commence à être long. La nuit est noire quand j'arrive à Saint-Pierre : "plus que" 80 kms environ. Une heure de route ? Que nenni !!! Ce serait sans compter les autres embouteillages, les autres déviations, les autres travaux... J'ai été bien plus proche des deux heures pour faire ces derniers kilomètres.
J'arrive avec un beau mal de crâne ; je bouffe et je me mets au lit presque tout de suite. Coucher à 22h, c'était une première, même ici !!
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Bilan :
Aller franchement super ; retour moyen. Il faut que j'apprenne à circuler ici, et que j'anticipe les embouteillages... Cependant, ce petit bout de route (et je suis resté sur la route pourtant) me laisse très positif sur les possibilités de tourisme.
Cette île est vraiment belle.

Une crémaillère

Vendredi a été une grosse journée. C'a commencé sur les chapeaux de roues, avec mon gars du garage automobile qui faisait le pied de grue devant l'INSEE pour me faire cracher mes chèques. Finalement, peut-être bien qu'il s'était vraiment engagé de lui-même et qu'il était bien angoissé ? Je lui ai filé ses chèques et mon attestation de loyer pour qu'il fasse directement la carte grise à la bonne adresse.
Je suis à peine de retour devant mon ordinateur que Claudine m'appelle sur mon portable pour me demander où je suis. Tout le monde te cherche, tu es où ? Bin... dans mon bureau, pourquoi ?
Et paf, je me fais engager pour participer à une réunion que j'avais fait passer à la trappe. On a pensé qu'il fallait que tu sois là puisqu'on parle de l'enquête-emploi... Trop gentil... Cette galère de réunion dure plus de deux plombes !!!! Je crois que je pourrais déjà consacrer un billet entier à Madame l'animatrice ; elle fait partie des rares personnes qui m'insupportent vraiment : quand la prétention est associée à la médiocrité, la vacuité, la mauvaise foi et à une certaine tendance à profiter des autres et à en dire du mal, j'ai quelques envies de mettre des baffes. Je n'ai jamais trop eu plaisir à dire du mal (sorti de la simple plaisanterie) des gens qui ne sont pas bons dans leur boulot, des "boulets" ; on peut toujours tomber un jour ou l'autre à un endroit où on n'est pas à sa place. Un pas est franchi quand il y a manifestement une envie de ne rien faire, de ne même pas essayer de faire ce qu'on peut quand son incompétence charge les collègues par ricochet. C'est le cas de Madame l'Animatrice de cette réunion de vendredi. Je n'ai jamais été avant dans une position qui me permettait de savonner des planches ; je l'ai maintenant et j'avais particulièrement l'occasion de la saisir. Et puis à la réflexion...
Je suis resté sobre ; je ne suis intervenu que lorsqu'elle délirait trop, et mettait en cause le boulot de mon équipe ou de ceux qui gravitent autour. L'enquête-emploi ici, elle est mauvaise ; il y a des 'missing' partout ; je ne peux rien faire à partir de ça ! Euh... Tu pourras m'envoyer tes programmes ? Tu as dû faire une erreur de programmation. C'est sûr que tout n'est pas parfait, mais les questions sont bloquantes : s'il y a des trous, le questionnaire n'est pas validé et tu ne l'as pas dans ta base. Le problème que tu évoques est impossible par construction.
Inutile de dire qu'elle s'est bien gardée de m'envoyer quoique ce soit... ...peut-être a-t-elle oublié ?
Le seul moment où j'étais été un peu méchant, c'est quand je lui ai donné du boulot. Comme cette réunion était nulle, on s'est dit qu'on allait en refaire une la semaine suivante. Mais ça restait flou sur ce que devait faire Madame l'animatrice. J'ai donc pris la parole, et ai proposé un programme de travail pour sa semaine à venir, avec des trucs à nous montrer la fois d'après... Avec le recul, je n'en reviens pas moi-même que j'ai osé ça. Mais tout le monde a emboîté : il me semble en fait que j'ai dit ce que tout le monde avait en tête, mais n'osait pas dire...
Je ne sais pas si je recommencerai ce jeu. Il ne m'amuse pas en fait. Défendre mon boulot et plus encore, quand il est injustement mis en cause, celui de ceux qui gravitent autour de moi, c'est une évidence. Mais mettre du savon, même quand la personne est méprisable, pffff... N'est-ce pas finalement assez nul aussi ? Ca m'interroge un peu, tout ça... Ce serait également différent si la nullité de Madame l'animatrice n'éclaboussait pas d'autres personnes ici qui doivent assurer ce qu'elle, dans la plus grande décontraction et la plus grande fatuité, ne fait pas. Je n'ai plus exactement la position qui était la mienne auparavant, et qui me permettait, dans une certaine mesure, de dire ce que j'avais en tête comme je le voulais : je ne risque ni plus ni moins pour moi-même, je pense, mais par contre, j'ai une influence...
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Niveau taf, ç'a continué avec cette autre galère d'étude à partir de l'enquête "familles et employeurs" de l'INED que je traîne comme un boulet depuis deux bonnes années. On est sur la fin, c'est presque bon, sauf que ce n'est pas bon puisque la DARES (là, je n'ai pas envie de donner de responsabilités particulières, même si les systèmes sont toujours incarnés) fonctionne la tête à l'envers. Je ne suis pas non plus près de voir publier mon long document d'étude où je parle philosophie des classifications avec Bowker & Star ou Butler ou Foucault comme références...
J'avais terminé les graphiques dans l'aprèm, et je revenais de la cave à vin du Carrefour (où j'ai sympathisé avec le patron quand je lui ai raconté que je venais du sancerrois... du coup, j'ai eu droit à une dégustation ! :-)) quand Monique m'appelle. Je jette ma voiture sur le côté de la route à l'arrache... Et là, pfff, rien ne va... Elle en est dégoûtée elle-même il me semble. Mais qu'est-ce qu'une femme comme ça fout dans une galère pareille ? En même temps, elle est peut-être trop réglo pour pouvoir monter plus haut que chef de div et pouvoir faire rayonner son honnêteté intellectuelle... Enfin bref, retour à la DR pour lui re-transmettre un mail et discuter une bonne heure au téléphone. Après les deux heures de la semaine précédente, il s'avère que la publication de cet article dans l'ouvrage collectif INED va coûter cher en téléphone à l'administration !!!
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Je reviens un peu amer à la case, et prends un peu de temps avant d'enchaîner sur les réjouissances du soir, à savoir la crémaillère de celui qui sait tout, et qui dit "toujours" pour une "habitude" prise la semaine précédente (12 septembre à midi : "ici, je prends toujours du couscous le vendredi !" ; "pour toutes mes mutations, je ..." (c'est pas ta première mut', ici ?) etc.)
Bon, je commence en étant un peu cassant sur le bonhomme. Mais il ne faut pas se tromper.
Je dois avouer qu'il me saoule un peu ; c'est clair que je ne pense pas m'en faire un "ami" et que je ne compte pas, de moi-même, multiplier les occasions de le voir. Cependant, évidemment, rien à voir avec la madame dont je vous parlais plus haut. Lui, je crois qu'il est gentil et ça ne me donne pas envie d'aller plus loin que la simple moquerie.
Enfin bref.
Donc, ce monsieur a des habitudes depuis "toujours" même quand il est dans la place depuis trois semaines (trois semaines, une éternité, après tout), il parle de façon catégorique, fort, rit encore plus fort qu'il ne parle, a toujours eu une aventure sur le sujet dont on parle (ou presque : quand c'est moins honorable, il a toujours un ami qui), finit toujours ses phrases quand il les a commencées (même quand la conversation a dérivé vers quelque chose d'autre).
Malgré la présence de Claudine, Bruno et al, je prévoyais donc de boire pendant cette soirée. D'où, d'ailleurs, le petit détour par la cave à côté du Carrefour pour me trouver deux bouteilles de vin (dont un Saint-Joseph particulièrement sympa, d'ailleurs...).
Il habite haut dans la Bretagne. Mais quand je dis haut, c'est vraiment haut. Genre qu'il y a des lacets comme dans la montage, dont un particulièrement ardu qui ne se prend qu'en première et où il manque (comme par hasard... enfin, en l'espèce, je pense que le hasard s'appelle "conséquence d'une erreur de route d'un automobiliste surpris") le poteau pour l'éclairage... J'ai failli me mettre dans le trou... (puisque, précision supplementaire, il y a des "trous" autour de pas mal de routes, et pas des "fossés" ; un trou est différent d'un fossé par sa largeur, et surtout par sa profondeur ; même un 4x4 vaillant ne sort pas d'un "trou").
Je suis particulièrement chanceux car j'ai trouvé sans faire erreur, et sans avoir besoin de passer un coup de téléphone ; j'aurai été le seul de la soirée :-D Comme je n'arrive pas tôt, je suis à l'autre bout de la table, pas loin des cakes et du punch. J'ai donc bu en attaquant sévèrement, mais finalement j'ai été raisonnable sur la soirée. Déjà, je me suis dit qu'il fallait réussir à descendre de la montagne (et c'est pas forcément facile beurré) ; et puis surtout ç'a été plutôt sympa.
On a réussi à faire notre vie en bout de table, mais je pense même que j'aurais passé un bon moment aussi de l'autre côté. Les convives, ça y fait :-) Un couple était là en particulier, lui je le vois souvent à l'insee, mais je n'avais pas encore percuté sa femme (qui doit pourtant être aussi parmi nous...) ; ils sont pas jeunes, mais ont gardé une vraie flamme, un punch et une grande drôlerie. Ils ont pas mal parlé de la Guyane, et des Touloulous :-)
Très bonne soirée !