La Réunion est connue pour n'abriter aucun animal dangereux. C'est heureux. On n'est pas en Guyane, quand même !!
Mais l'absence de danger ne signifie pas non plus qu'il n'y a pas de bêtes bien dégeu. J'ai déjà entendu parler de la grosse araignée qui répond au doux nom de "babouk". Chez Christian, on s'était fait déranger un soir par un gros cafard volant. Le genre de choses qui cumulent ce que j'adore : ya de la carapace et ça vole. On était restés un peu tétanisés avec Florence, mais mon tuteur, tel un chevalier des temps modernes, s'était armé de sa savate et avait rendu justice.
En prenant un appartement (donc non directement ouvert à tous vents) dans un espace plus urbanisé, j'avais (très naïvement) imaginé que j'allais limiter de telles rencontres du troisième type. Que nenni !!!
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J'étais très tranquillement avachi en train d'écouter un petit Sniper de derrière les fagots hier soir quand j'ai entendu un petit bruit de gratouillement (de grouillement ?) sur ma droite. Un charmant cafard de cinq bons centimètres s'était invité.
Je dois avouer qu'il l'avait joué diplomate en ne jouant pas au bombardier pour entrer. Sa technique d'incrust' reste d'ailleurs mystérieuse étant donné son incapacité à grimper sur un mur – un, deux centimètres d'altitude et il se rétamait comme une crêpe par terre, à gigoter comme un âne quand il tombait sur le dos. Mais toujours est-il que cette saloperie était bel et bien là.
Cinq centimètres, posé par écrit, ça ne semble pas énorme. Mais quand on a le format parisien dans l'oeil (j'ai eu le temps de l'intégrer durant mes longues expériences sur les mises à mort de cafards quand mon immeuble de la rue Servan était un repère), la Bête m'a fait l'effet d'un gros monstre répugnant.
J'ai cogité un moment en le regardant vadrouillé du haut du canapé. Mais force a été de constater que mes techniques de mise à mort patiemment développées allaient s'avérer totalement inadéquates avec des bestioles de cette taille : capture compliquée, bûcher difficile à mettre en oeuvre, bain d'huile ruineux, pas de décap'four dans la cuisine... Et je n'avais pas très envie que l'incrusté risque de prendre la voie des airs...
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Ces tergiversation durant, la Bête a fini par trouver un abri dans les bogolans de Boubacar que je n'ai pas encore mis au mur, et qui traînent par terre. Y mettre la main ? Beuark ! Ne pas y mettre la main et attendre ?
Courageux que je suis, je me suis assis sur mes talons, chassure à la main. Posture du chasseur avisé.
Pourquoi le système m'oppresse, me fatigue et me stresse ? Pourquoi la police m'agresse ? Pourquoi tant d'pipeaux dans la presse ? Pourquoi chaque jour j'encaisse ? Pourquoi Babylone me tient en laisse ?
Sniper continue son topo. J'ai pas tout à fait le même problème que le gars Blacko... C'est bien plus prosaïque chez moi : je guette la Bête et je ne me suis pas bien posé ; je n'arrive pas à détacher les yeux et les cuisses commencent à tirer un peu.
Je me relève, tapote le tas du bout de la chaussure...
Rien.
Je me rassois sur mes talons et attends encore un peu. L'enfoiré !!! Il ne veut pas ressortir !!!!
Je vais m'assoir sur le canap' et coupe la musique. Tous mes sens sont aux aguets. Et je ne me sens pas bien malin : pourquoi je n'ai pas agi plus vite ????
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Un petit moment passe et le grouillement me signale que la Bête a repris sa visite. Il est temps d'agir. Et pourtant je continue d'être assez épaté par sa taille. En plus, je dois quand même dire que je n'aime pas trop les mises à mort, même pour la vermine. Je prends mon courage à deux mains (et ma chaussure dans la droite). Une inspiration, un coup de talon habilement donné...
Blam !
Ouf, j'ai réussi !!
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Je regarde un moment ma victime...
...qui n'est finalement toujours pas morte. Une patte se met à bouger à nouveau. Puis une autre. Puis une antenne. Oh, il n'a pas l'air en super santé, c'est sûr, cependant c'est indéniable : même pas mort !!!! Mais qu'est-ce que c'est que cette chose ????
Bon, maintenant qu'il est quand même bien moins vif, la bravoure réafflue en moi, et j'hésite moins à lui asséner un nouveau bon coup sur le coin de la figure. ...Abréger les souffrances...
Je lui laisse la tatanne comme linceul pour la nuit (au cas où).
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Bilan :
Vivement que j'aie fixé mon hamac pour dormir. Au moins je serai à l'abri de ces choses. Cela dit, il va falloir que j'apprenne à occir plus efficacement. Jérémie, becoming cockroachs' Slayer ?

