jeudi 30 octobre 2008

Le visiteur du soir

La Réunion est connue pour n'abriter aucun animal dangereux. C'est heureux. On n'est pas en Guyane, quand même !!
Mais l'absence de danger ne signifie pas non plus qu'il n'y a pas de bêtes bien dégeu. J'ai déjà entendu parler de la grosse araignée qui répond au doux nom de "babouk". Chez Christian, on s'était fait déranger un soir par un gros cafard volant. Le genre de choses qui cumulent ce que j'adore : ya de la carapace et ça vole. On était restés un peu tétanisés avec Florence, mais mon tuteur, tel un chevalier des temps modernes, s'était armé de sa savate et avait rendu justice. En prenant un appartement (donc non directement ouvert à tous vents) dans un espace plus urbanisé, j'avais (très naïvement) imaginé que j'allais limiter de telles rencontres du troisième type. Que nenni !!!
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J'étais très tranquillement avachi en train d'écouter un petit Sniper de derrière les fagots hier soir quand j'ai entendu un petit bruit de gratouillement (de grouillement ?) sur ma droite. Un charmant cafard de cinq bons centimètres s'était invité.
Je dois avouer qu'il l'avait joué diplomate en ne jouant pas au bombardier pour entrer. Sa technique d'incrust' reste d'ailleurs mystérieuse étant donné son incapacité à grimper sur un mur – un, deux centimètres d'altitude et il se rétamait comme une crêpe par terre, à gigoter comme un âne quand il tombait sur le dos. Mais toujours est-il que cette saloperie était bel et bien là.
Cinq centimètres, posé par écrit, ça ne semble pas énorme. Mais quand on a le format parisien dans l'oeil (j'ai eu le temps de l'intégrer durant mes longues expériences sur les mises à mort de cafards quand mon immeuble de la rue Servan était un repère), la Bête m'a fait l'effet d'un gros monstre répugnant.
J'ai cogité un moment en le regardant vadrouillé du haut du canapé. Mais force a été de constater que mes techniques de mise à mort patiemment développées allaient s'avérer totalement inadéquates avec des bestioles de cette taille : capture compliquée, bûcher difficile à mettre en oeuvre, bain d'huile ruineux, pas de décap'four dans la cuisine... Et je n'avais pas très envie que l'incrusté risque de prendre la voie des airs...
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Ces tergiversation durant, la Bête a fini par trouver un abri dans les bogolans de Boubacar que je n'ai pas encore mis au mur, et qui traînent par terre. Y mettre la main ? Beuark ! Ne pas y mettre la main et attendre ?
Courageux que je suis, je me suis assis sur mes talons, chassure à la main. Posture du chasseur avisé.
Pourquoi le système m'oppresse, me fatigue et me stresse ? Pourquoi la police m'agresse ? Pourquoi tant d'pipeaux dans la presse ? Pourquoi chaque jour j'encaisse ? Pourquoi Babylone me tient en laisse ?
Sniper continue son topo. J'ai pas tout à fait le même problème que le gars Blacko... C'est bien plus prosaïque chez moi : je guette la Bête et je ne me suis pas bien posé ; je n'arrive pas à détacher les yeux et les cuisses commencent à tirer un peu.
Je me relève, tapote le tas du bout de la chaussure...
Rien.
Je me rassois sur mes talons et attends encore un peu. L'enfoiré !!! Il ne veut pas ressortir !!!!
Je vais m'assoir sur le canap' et coupe la musique. Tous mes sens sont aux aguets. Et je ne me sens pas bien malin : pourquoi je n'ai pas agi plus vite ????
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Un petit moment passe et le grouillement me signale que la Bête a repris sa visite. Il est temps d'agir. Et pourtant je continue d'être assez épaté par sa taille. En plus, je dois quand même dire que je n'aime pas trop les mises à mort, même pour la vermine. Je prends mon courage à deux mains (et ma chaussure dans la droite). Une inspiration, un coup de talon habilement donné...
Blam !
Ouf, j'ai réussi !!
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Je regarde un moment ma victime...
...qui n'est finalement toujours pas morte. Une patte se met à bouger à nouveau. Puis une autre. Puis une antenne. Oh, il n'a pas l'air en super santé, c'est sûr, cependant c'est indéniable : même pas mort !!!! Mais qu'est-ce que c'est que cette chose ????
Bon, maintenant qu'il est quand même bien moins vif, la bravoure réafflue en moi, et j'hésite moins à lui asséner un nouveau bon coup sur le coin de la figure. ...Abréger les souffrances...
Je lui laisse la tatanne comme linceul pour la nuit (au cas où).
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Bilan :
Vivement que j'aie fixé mon hamac pour dormir. Au moins je serai à l'abri de ces choses. Cela dit, il va falloir que j'apprenne à occir plus efficacement. Jérémie, becoming cockroachs' Slayer ?

mardi 28 octobre 2008

La maison

Un petit mot rapide pour vous tenir au courant.
En effet, comme maintenant, j'ai un logement au-to-no-me (!), mais que je n'y ai pas encore de téléphone et d'internet, je peux plus difficilement tenir au jour les nouvelles.
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Prise de clef ; pré-emménagement.
J'arrive à 13h. La fille de la SIDR est là... ...mais elle n'est pas seule. Des ouvriers sont en train de tripatouiller le chauffe-eau. A la contre-visite (?), il est apparu qu'il fallait le changer. :-S Ca commence bien. Rendez-vous est pris pour le lendemain, afin d'en mettre un tout-nouveau-tout-beau. On fera le bail dans la foulée (problème informatique côté SIDR, pas possible d'éditer les papiers qu'il fallait...).
Bon, je suis déjà content quand même. Je dormirai sur place (pour accueillir les ouvriers à la première heure), mais j'irai quand même me doucher chez Christian.
Je teste un petit peu, fais le tour, descend la voiture au garage...
Comme le reste de l'après-midi est libre, je décide de faire un petit tour dans un magasin de hi-fi. Je descends donc chercher la voiture. Histoire de voir, j'essaie d'en fermer la porte qui me semble un peu bizarre. Je n'ai pas eu là la meilleure idée de ma vie : j'ai beau ne pas être franchement "plein de muscles" genre je-suis-un-surfeur-bronzé-et-je-joue-au-volley-sur-la-plage, comme je tire du mauvais côté, la porte s'effondre en travers. Elle est complètement hors d'usage, je ne peux pas la démonter puisque je n'ai pas d'outils et... ...ma voiture est coincée dedans. Grand moment de solitude... Cet emménagement commence grave à partir en vrille...
Une femme passe et gare sa voiture. Ah oui, c'est vrai, les portes sont montées à l'envers ici !! Je comprends d'un coup pourquoi ces portes me paraissaient bizarres, et là où je me suis plantée. Bon courage !! Merci, j'en ai besoin... Coup de fil en vitesse à la SIDR... Répondeur... Melle Inès, je me sens si seul ! :'-(
Je chope un de mes voisins qui passe et lui demande des outils. J'ai trouvé mon sauveur !! Le mec est très sympa, on démonte la porte et on la pose sur le côté. Je me sens un peu con, mais au moins je ne suis plus prisonnier.
Cette embuche passée, je pars donc à mon magasin de hi-fi. Je galère un peu pour trouver, me garer, mais bon, à la suite d'un créneau somptueux (en une semaine, je commence grosso modo à reprendre la main), je me pose, je marche, je trouve. Petit moment sympa ; on est deux clients dans le magasin avec le vendeur. On est à peu près tous les deux dans la même situation - tout laissé en métropole -, avec des attentes pas si éloignées. Le vendeur commence les essais pour moi, me demande ce que j'écoute. Je reste dans le soft, classique, musique afro... Je ne lui parle pas des trucs qui tabassent (la conversation avec l'autre client me laisse à penser que j'aurais peut-être dû...). Le gars passe derrière sa montagne d'appareils technologiques, fait des branchements compliqués... Et une voix monte... Je t'aime, mi yamoré... Trop bien !!! En quelques secondes, les petites tensions de la journée s'écoulent de moi...
L'autre gars attend silencieusement que j'aie terminé mes essais, et écoute très attentivement ; je reste quand j'ai fini et écoute attentivement leurs échanges. Si vous écoutez du rap, oui, bien sûr, il vous faut un caisson de basse !! hum... J'ose pas trop participer... C'est un peu comme à l'école sauf que l'environnement est ouaté, et ponctué d'essais musicaux. C'est un moment un peu suspendu. C'est une sensation un peu étrange quand on sort tous les deux ; on ne s'est pas vraiment parlé, et pourtant c'est un peu comme si on avait fait connaissance par le truchement de la musique ; il y a comme un moment de flottement à la sortie : comment enchaîner ? Finalement on se salue et on part dans des directions opposées.
Quelques courses à carrefour, et retour chez Christian pour la douche. J'en profite pour prendre quelques affaires, pas encore la totalité car la malle reste lourde. Je mange avec eux et pars finalement me coucher.
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Le lendemain.
Je ne vois pas arriver les ouvriers, mais je suis livré d'une partie de mes meubles assez tôt. Je papote un peu avec les gars ; ils ne parlent pas trop bien le français standard, mais bon, je comprends à demi mots qu'il va y avoir quelques problèmes avec mes bancs :-S
La fille de la SIDR vient pour qu'on fasse les papiers, et m'annonce que les ouvriers m'appelleront pour prendre rendez-vous, soit dans la fin de la journée, soit le lendemain très très tôt pour que je puisse aller travailler après. Mouais, donc peut-être pas de douche aujourd'hui... En même temps, il ne fait pas trop chaud, je devrais éviter le scandale.
Le reste des meubles arrive pendant qu'elle est là. Effectivement, pas de bancs, je dois les suivre jusqu'à l'Atlas... Je finis les papiers en vitesse et les suis.
Je suis reçu très chaleureusement par un chef qui me fait presque des courbettes pour s'excuser de ne pas avoir au final ce qu'il m'a vendu (entre les livreurs, le chef des livreurs, ce chef-là, les versions ne sont pas parfaitement cohérentes... je me crois dans un magasin de voitures...), fait appeler ici, là et encore ailleurs pour chercher des bancs dans tous les Atlas et dépôts correspondants sur l'île. Rien. Super prix sur les chaises ? Oui, mais moi je veux des bancs, pas des chaises (en fait, c'est surtout que je suis très agacé qu'on m'ait vendu un truc qui n'existait pas... encore une de mes "questions de principe" débiles, sûrement...). Je vais réfléchir...
Je sors un peu agacé de tout ça. "De rage", je me fais le magasin de meubles chers à côté, BUT, un autre dans la ZI du Chaudron, même M. Bricolage et Carrefour... Le banc ne fait pas recette sur l'île, c'est sûr... Rien, rien, et encore rien. Le vendeur de BUT a été le plus amusant : le blanc, interloqué qu'il était, avant de me dire "ah non, on n'a pas ça ici", a été un modèle du genre...
Je pense maintenant que je vais acheter des chaises à trois euros six sous, et exiger remboursement ou alors une super ristourne sur les gazinières et machines à laver. Ca va encore être de la négoc' !
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Le sur-lendemain.
Le jour (le matin) du changement de chauffe-eau. Lever 6h (avant votre changement horaire, chers métropolitains, il était donc 4h chez vous... ce genre de pensée me donne le vertige...) pour réussir à émerger correctement. Je suis effectivement prêt (et éveillé) à 7h.
7h15. Rien.
7h20. Idem.
7h25. RAS.
7h30. Toujours rien.
7h35. Un nouveau verre de jus d'orange-carotte-citron ?
7h40. Mes héros arrivent...
Un peu moins matinaux que prévus, mais bon...
9h15 (dommage pour la plage fixe), je peux m'arracher de chez moi. Une opération presque sans accroc, sauf qu'on a réveillé le bébé d'à côté qui s'est fortement ému des coups de perceuse dans son mur... La gaffe !! Deuxième matin, première fois que M. Mon Voisin vient toquer à la porte pour me dire de baisser le volume... Là aussi, ça promet !!
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Depuis ces premiers jours héroïques, les choses changent doucement. J'ai dormi une partie du week-end et ai maté des films pendant l'autre (merci Antoine !!). Pas très efficace pour remplir le vide et limiter les échos (vous imaginez ça, vous, parisiens en particulier, un appartement plein d'échos ? C'est Versailles !!). J'ai passé un coup de fil à Boubacar dimanche, et j'ai du en finir par sortir sur la terrasse pour palabrer !!!
Cette indolence du week-end m'a permis d'apprécier le ragga-dancehall (surtout) et le zouk (un peu) du petit voisin d'en face qui met ses hauts-parleurs à fond l'espace d'un ou deux cds le week-end. Ca va, en fait, il pourrait aussi écouter Slipknot...

mardi 21 octobre 2008

Un article

«Nous, Africains, sommes dans la cale en train de nous noyer»
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«Dépénalisation du franchissement "illégal" des frontières», «arrêt de la militarisation des frontières africaines imposée par l’Union européenne», «protection sans conditions des migrants mineurs et notament interdiction de leur enfermement et de leur expulsion»… La première journée du Sommet citoyen sur les migrations organisé vendredi et samedi à Paris (www.despontspasdesmurs.org) s’est achevée par la publication d’une plate-forme de douze revendications. Philosophie générale: s’opposer à une «politique qui transforme l’Europe en forteresse» et donner la parole «aux sociétés civiles du Nord et du Sud». Ce sommet, inédit par son ampleur, a été organisé à l’appel de 250 associations européennes mais également africaines. Plus de mille personnes ont participé, hier vendredi [vendredi 17X08], aux différents ateliers et débats.
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Parmi elles, Aminata Traoré, essayiste, présidente du Forum pour un autre Mali (FORAM) et ancienne ministre de la Culture et du Tourisme du Mali.
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La crise qui touche les pays occidentaux peut-elle avoir un impact sur les migrations ?
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Si le chômage augmente dans les pays du nord, cela va avoir des répercussions sur l’emploi des migrants. Or, les transferts financiers des migrants vers les pays d’Afrique sont extrêmement importants, supérieurs à ce que la France et les Etats-Unis nous accordent. Et l’avantage de ces transferts par rapport à l’aide au développement (1), c’est qu’ils atteignent directement les villages. C’est pour cette raison d’ailleurs que le Mali refuse de signer l’accord de réadmission que la France tente de lui imposer (2). L’aide publique au développement risque aussi de diminuer quoique les pays du Nord n’aient jamais été très généreux.
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Qu’attendez-vous du sommet euro-Afrique qui doit se tenir à Paris en novembre ?
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Une ingérence accrue dans les affaires de l’Afrique ! L’Europe veut parachever la libéralisation des économies africaines. Vous allez nous imposer des partenariats pour pouvoir inonder nos marchés de biens manufacturés qui vont ruiner le peu d’industrialisation que nous avons dans un contexte où les matières premières ne sont pas correctement rémunérées. Vous allez nous imposer la culture des OGM (organismes génétiquement modifiés, ndlr) et des agro-carburants. Vous allez exiger de nous, comme vous l’avez fait du Maghreb, de surveiller vos frontières. La création du Cigem (3) (Centre d’Information et de Gestion des Migrations, ndlr) à Bamako, au cœur du Mali, est une manière de nous mettre à contribution. Et vous allez obtenir tout cela de nos dirigeants qui ne consultent pas leurs peuples.
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Le monde entier souffre de la crise, pas seulement les pays du sud…
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Face à la crise, nous sommes tous des naufragés, mais vous européens, vous êtes des passagers de première classe alors que nous, Africains, sommes dans la cale en train de nous noyer. Vous avez conduit le monde dans le mur et refusez d’entendre les cris de détresse des migrants.
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(1) Selon la Banque mondiale, les migrants envoient chaque année plus de 160 milliards de dollars vers les pays du Sud. A titre de comparaison, l’aide publique au développement distribuée en 2007 par les pays riches a été approximativement de 100 milliards de dollars.
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(2) Le ministère de l’Immigration a entrepris de signer avec les pays d’émigration des «accords de gestion concertée des flux migratoires». Ils comprennent un volet réadmission en vertu duquel les pays du sud doivent accepter que la France leur renvoie ceux de leurs ressortissants en situation irrégulière. Le Mali ne l’a toujours pas ratifié.
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(3) Inauguré le 6 octobre, financé par l’Union européenne, le Cigem, premier du genre, est destiné à lutter contre l’immigration clandestine et à promouvoir les migrations de travail légales.
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Libération, recueilli par CATHERINE COROLLER

C.R.A.Z.Y.

Juste un petit mot pour parler du film de ce soir.
C.R.A.Z.Y. faisait partie du lot de cadeaux "DARES" ; bin je voulais dire "merci" aux donateurs.
Et aussi merci aux choisisseurs : je pense que Ranzika n'y est pas étrangère ;-)
Le film m'a beaucoup touché et pas mal de choses m'ont parlé.

lundi 20 octobre 2008

Tour de l'île

Ce week-end, Christian et Florence étaient partis en amoureux à Boucan.
J'étais donc tout peinard ces deux jours.
On avait pensé avec Bruno en particulier se faire une petite rando le samedi. Forcément, en me couchant tard le vendredi soir (au retour de la crémaillère, j'avais encore la pêche), je n'ai pas réussi à émerger pour aller faire cette rando. J'ai comaté tout le samedi.
Dimanche, un peu plus d'energie (enfin "un peu"). J'ai réussi à me faire un peu de bouffe, une lessive ; puis j'ai pris mon destrier blanc pour faire un petit tour. J'ai plutôt fait un tour complet (pas tout à fait, car je ne suis passé par Sainte-Rose et Saint-Joseph ; je suis passé "par le milieu", en montant sur les hauteurs des deux plaines, d'abord celle dite "des palmistes" et la seconde dite "des cafres"), en ne choissisant pas le sens trigonométrique - comme je suis parti tard, j'ai préféré être sûr de voir de jour ce que je n'avais pas encore vu.
Pour le côté pratique, eh bien c'est vraiment de la montagne-seconde-première-seconde-troisième-seconde-première-seconde-première-seconde-troisième-seconde-première-seconde-première... Niveau pente, pas grand chose à envier aux Alpes, il me semble. Niveau ravins non plus. Sauf que là, c'était plein de bus et de voitures. Pas facile de s'arrêter pour les points de vue. On sent bien aussi la température chuter violemment en pas longtemps.
Le côté pratique mis à part, j'ai trouvé un côté féérique à cette montée. Car ces montagnes sont terriblement vertes, et prises dans les nuages. Ca me faisait penser à certaines photos que j'avais pu voir sur le Machu-Pichu. J'aurais vraiment aimé ne pas avoir à me concentrer sur ma route à suivre et pouvoir passer mon temps à regarder autour de moi. Vraiment magique.
Au terme de l'ascension, on se retrouve dans les nuages. Ce n'est pas du vrai brouillard, ça me faisait penser à la brume du Berry dont parle George Sand - je n'ai plus le nom en tête.
Le village de la Plaine des Palmistes est vraiment joli. Frais, brumeux, mais bien chouette. La végétation me semble nettement moins exotique qu'ailleurs ; dur d'expliquer ce sentiment quand on ne connaît rien aux essences d'arbres, mais il y avait un je-ne-sais-quoi qui ne faisait pas tropical.
La route continue, et puis on tombe sur une boîte de nuit (là, elle fonctionnait de jour pour des djeunces, et j'écoutais même leur ziq dans la voiture sur EXO FM :-D). La Soucoupe Volante. Quelques mètres et changement de végétation. Ni européenne, ni tropicale ; verte, quelques arbres épars. Et retour du soleil derrière un rideau très fin. Déjà bas. La lumière change du tout au tout. Une espèce d'atmosphère jaune-ocre, un peu hors du temps, enveloppe tout : il y a un côté très romantique, et il devrait revenir à des allemands du XIXe d'en parler. Je n'en suis pas capable. Tout ce que je peux en dire, c'est que j'ai été saisi.
La suite, nettement moins romantique, a été la descente sur Saint-Pierre. Embouteillage monstre au Tampon (fin de l'expo de fleurs...). Une heure et demie environ pour faire dix bornes, sur une pente bien raide. J'ai de la musique (toujours le ragga-dancehall de la Soucoupe volante) mais ce n'est pas le moment le plus rigolo du voyage, d'autant que ma nuque se raidit et que je commence à avoir mal à la tête... Le confinement commence à être long. La nuit est noire quand j'arrive à Saint-Pierre : "plus que" 80 kms environ. Une heure de route ? Que nenni !!! Ce serait sans compter les autres embouteillages, les autres déviations, les autres travaux... J'ai été bien plus proche des deux heures pour faire ces derniers kilomètres.
J'arrive avec un beau mal de crâne ; je bouffe et je me mets au lit presque tout de suite. Coucher à 22h, c'était une première, même ici !!
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Bilan :
Aller franchement super ; retour moyen. Il faut que j'apprenne à circuler ici, et que j'anticipe les embouteillages... Cependant, ce petit bout de route (et je suis resté sur la route pourtant) me laisse très positif sur les possibilités de tourisme.
Cette île est vraiment belle.

Une crémaillère

Vendredi a été une grosse journée. C'a commencé sur les chapeaux de roues, avec mon gars du garage automobile qui faisait le pied de grue devant l'INSEE pour me faire cracher mes chèques. Finalement, peut-être bien qu'il s'était vraiment engagé de lui-même et qu'il était bien angoissé ? Je lui ai filé ses chèques et mon attestation de loyer pour qu'il fasse directement la carte grise à la bonne adresse.
Je suis à peine de retour devant mon ordinateur que Claudine m'appelle sur mon portable pour me demander où je suis. Tout le monde te cherche, tu es où ? Bin... dans mon bureau, pourquoi ?
Et paf, je me fais engager pour participer à une réunion que j'avais fait passer à la trappe. On a pensé qu'il fallait que tu sois là puisqu'on parle de l'enquête-emploi... Trop gentil... Cette galère de réunion dure plus de deux plombes !!!! Je crois que je pourrais déjà consacrer un billet entier à Madame l'animatrice ; elle fait partie des rares personnes qui m'insupportent vraiment : quand la prétention est associée à la médiocrité, la vacuité, la mauvaise foi et à une certaine tendance à profiter des autres et à en dire du mal, j'ai quelques envies de mettre des baffes. Je n'ai jamais trop eu plaisir à dire du mal (sorti de la simple plaisanterie) des gens qui ne sont pas bons dans leur boulot, des "boulets" ; on peut toujours tomber un jour ou l'autre à un endroit où on n'est pas à sa place. Un pas est franchi quand il y a manifestement une envie de ne rien faire, de ne même pas essayer de faire ce qu'on peut quand son incompétence charge les collègues par ricochet. C'est le cas de Madame l'Animatrice de cette réunion de vendredi. Je n'ai jamais été avant dans une position qui me permettait de savonner des planches ; je l'ai maintenant et j'avais particulièrement l'occasion de la saisir. Et puis à la réflexion...
Je suis resté sobre ; je ne suis intervenu que lorsqu'elle délirait trop, et mettait en cause le boulot de mon équipe ou de ceux qui gravitent autour. L'enquête-emploi ici, elle est mauvaise ; il y a des 'missing' partout ; je ne peux rien faire à partir de ça ! Euh... Tu pourras m'envoyer tes programmes ? Tu as dû faire une erreur de programmation. C'est sûr que tout n'est pas parfait, mais les questions sont bloquantes : s'il y a des trous, le questionnaire n'est pas validé et tu ne l'as pas dans ta base. Le problème que tu évoques est impossible par construction.
Inutile de dire qu'elle s'est bien gardée de m'envoyer quoique ce soit... ...peut-être a-t-elle oublié ?
Le seul moment où j'étais été un peu méchant, c'est quand je lui ai donné du boulot. Comme cette réunion était nulle, on s'est dit qu'on allait en refaire une la semaine suivante. Mais ça restait flou sur ce que devait faire Madame l'animatrice. J'ai donc pris la parole, et ai proposé un programme de travail pour sa semaine à venir, avec des trucs à nous montrer la fois d'après... Avec le recul, je n'en reviens pas moi-même que j'ai osé ça. Mais tout le monde a emboîté : il me semble en fait que j'ai dit ce que tout le monde avait en tête, mais n'osait pas dire...
Je ne sais pas si je recommencerai ce jeu. Il ne m'amuse pas en fait. Défendre mon boulot et plus encore, quand il est injustement mis en cause, celui de ceux qui gravitent autour de moi, c'est une évidence. Mais mettre du savon, même quand la personne est méprisable, pffff... N'est-ce pas finalement assez nul aussi ? Ca m'interroge un peu, tout ça... Ce serait également différent si la nullité de Madame l'animatrice n'éclaboussait pas d'autres personnes ici qui doivent assurer ce qu'elle, dans la plus grande décontraction et la plus grande fatuité, ne fait pas. Je n'ai plus exactement la position qui était la mienne auparavant, et qui me permettait, dans une certaine mesure, de dire ce que j'avais en tête comme je le voulais : je ne risque ni plus ni moins pour moi-même, je pense, mais par contre, j'ai une influence...
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Niveau taf, ç'a continué avec cette autre galère d'étude à partir de l'enquête "familles et employeurs" de l'INED que je traîne comme un boulet depuis deux bonnes années. On est sur la fin, c'est presque bon, sauf que ce n'est pas bon puisque la DARES (là, je n'ai pas envie de donner de responsabilités particulières, même si les systèmes sont toujours incarnés) fonctionne la tête à l'envers. Je ne suis pas non plus près de voir publier mon long document d'étude où je parle philosophie des classifications avec Bowker & Star ou Butler ou Foucault comme références...
J'avais terminé les graphiques dans l'aprèm, et je revenais de la cave à vin du Carrefour (où j'ai sympathisé avec le patron quand je lui ai raconté que je venais du sancerrois... du coup, j'ai eu droit à une dégustation ! :-)) quand Monique m'appelle. Je jette ma voiture sur le côté de la route à l'arrache... Et là, pfff, rien ne va... Elle en est dégoûtée elle-même il me semble. Mais qu'est-ce qu'une femme comme ça fout dans une galère pareille ? En même temps, elle est peut-être trop réglo pour pouvoir monter plus haut que chef de div et pouvoir faire rayonner son honnêteté intellectuelle... Enfin bref, retour à la DR pour lui re-transmettre un mail et discuter une bonne heure au téléphone. Après les deux heures de la semaine précédente, il s'avère que la publication de cet article dans l'ouvrage collectif INED va coûter cher en téléphone à l'administration !!!
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Je reviens un peu amer à la case, et prends un peu de temps avant d'enchaîner sur les réjouissances du soir, à savoir la crémaillère de celui qui sait tout, et qui dit "toujours" pour une "habitude" prise la semaine précédente (12 septembre à midi : "ici, je prends toujours du couscous le vendredi !" ; "pour toutes mes mutations, je ..." (c'est pas ta première mut', ici ?) etc.)
Bon, je commence en étant un peu cassant sur le bonhomme. Mais il ne faut pas se tromper.
Je dois avouer qu'il me saoule un peu ; c'est clair que je ne pense pas m'en faire un "ami" et que je ne compte pas, de moi-même, multiplier les occasions de le voir. Cependant, évidemment, rien à voir avec la madame dont je vous parlais plus haut. Lui, je crois qu'il est gentil et ça ne me donne pas envie d'aller plus loin que la simple moquerie.
Enfin bref.
Donc, ce monsieur a des habitudes depuis "toujours" même quand il est dans la place depuis trois semaines (trois semaines, une éternité, après tout), il parle de façon catégorique, fort, rit encore plus fort qu'il ne parle, a toujours eu une aventure sur le sujet dont on parle (ou presque : quand c'est moins honorable, il a toujours un ami qui), finit toujours ses phrases quand il les a commencées (même quand la conversation a dérivé vers quelque chose d'autre).
Malgré la présence de Claudine, Bruno et al, je prévoyais donc de boire pendant cette soirée. D'où, d'ailleurs, le petit détour par la cave à côté du Carrefour pour me trouver deux bouteilles de vin (dont un Saint-Joseph particulièrement sympa, d'ailleurs...).
Il habite haut dans la Bretagne. Mais quand je dis haut, c'est vraiment haut. Genre qu'il y a des lacets comme dans la montage, dont un particulièrement ardu qui ne se prend qu'en première et où il manque (comme par hasard... enfin, en l'espèce, je pense que le hasard s'appelle "conséquence d'une erreur de route d'un automobiliste surpris") le poteau pour l'éclairage... J'ai failli me mettre dans le trou... (puisque, précision supplementaire, il y a des "trous" autour de pas mal de routes, et pas des "fossés" ; un trou est différent d'un fossé par sa largeur, et surtout par sa profondeur ; même un 4x4 vaillant ne sort pas d'un "trou").
Je suis particulièrement chanceux car j'ai trouvé sans faire erreur, et sans avoir besoin de passer un coup de téléphone ; j'aurai été le seul de la soirée :-D Comme je n'arrive pas tôt, je suis à l'autre bout de la table, pas loin des cakes et du punch. J'ai donc bu en attaquant sévèrement, mais finalement j'ai été raisonnable sur la soirée. Déjà, je me suis dit qu'il fallait réussir à descendre de la montagne (et c'est pas forcément facile beurré) ; et puis surtout ç'a été plutôt sympa.
On a réussi à faire notre vie en bout de table, mais je pense même que j'aurais passé un bon moment aussi de l'autre côté. Les convives, ça y fait :-) Un couple était là en particulier, lui je le vois souvent à l'insee, mais je n'avais pas encore percuté sa femme (qui doit pourtant être aussi parmi nous...) ; ils sont pas jeunes, mais ont gardé une vraie flamme, un punch et une grande drôlerie. Ils ont pas mal parlé de la Guyane, et des Touloulous :-)
Très bonne soirée !

mercredi 15 octobre 2008

Grève !

Le titre est un peu trompeur : je serai officiellement en grève pour la première fois le 21, pour le SSP. Ce jour, c'était de la marche (en récup') pour les fonctions publiques ultra-marines ; je préfère réserver mes efforts financiers pour l'INSEE car je considère les conséquences de la délocalisation comme plus graves.
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La lutte, aujourd'hui, c'était contre un certain nombre de spécificités relatives à la retraite pour les agents publics travaillant dans les DOMs. On connaît la sur-rémunération pour motiver les métros à venir bosser sous le soleil (parce qu'il ne faut déconner : ils font marrer, les gens qui disent qu'on a le soleil et tout. C'est vrai, mais il faut aussi être motivé pour quitter tout son enracinement familial et amical et aller à l'autre bout du monde) ; on ne connaît pas forcément quelques autres à-côtés (qui ne sont pas si nombreux, d'ailleurs).
Pour la retraite, il y a plusieurs choses, et je ne vais pas entrer dans les détails. Jusqu'à présent, trois ans passés à travailler dans un DOM "comptent comme" quatre ans pour la retraite. Ainsi, s'il faut cotiser 40 ans (pour faciliter les calculs), il "suffit" d'avoir travaillé effectivement 30 ans. La loi passée en Conseil des ministres vise à faire passer cette sur-cote de 33% à 10%, ce qui veut dire que 10 ans effectifs dans un dom compteraient pour 11 ans.
Pour reprendre l'exemple des 40 ans nécessaire, il faudrait donc faire :
40/(1+10%) = 40/1,1 = 36,36 ans.
Soit 6,36 ans de plus que dans le système précédent.
Ceux qui auraient pu prétendre à une retraite à taux plein l'année prochaine, par exemple, se retrouvent "du jour au lendemain" à devoir travailler encore 4, 5, 6 ans... D'autant plus sympa que les annuités nécessaires pour ouvrir les droits à une retraite à taux plein augmentent mécaniquement d'années en années avec les dernières lois...
Evidemment, notre ministre de l'Outre-Mer, JM Jégo, se fend de communiqués expliquant le contraire du texte du projet de loi. Certains même le croient, d'ailleurs...
La question n'est peut-être pas de savoir si le système existant est juste ou non. Les ultramarins travaillant dans un DOM bénéficient de toutes ces dispositions particulières comme les métropolitains déracinés, mais les ultramarins qui travaillent au loin en métropole sont soumis au régime classique métropolitain ; c'est pas très "juste"...
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Quelques réflexions :
- comme toute modification sur les régimes de retraite, c'est tout à fait légal. L'impression de "rétroactivité" n'est pas juridique : pas d'"avantages acquis" puisque les droits sont valables seulement au moment effectif de la retraite. Pas de problème avec un contrat légal, seulement avec un contrat "moral". Ca accentue l'incompréhension de pas mal de gens : mais ça peut pas nous concerner !!!
- c'est la porte ouverte à la remise en cause de la sur-rémunération qui est régulièrement remise en cause. Cette sur-rémunération n'est plus suffisante pour motiver les métropolitains à venir dans l'outre-mer : la suppression de la prime d'éloignement il y a quelques années a déjà tout fait. Selon une étude menée à la dirag, supprimer la sur-rémunération ne démotiverait qu'à la marge l'expatriation des métropolitains ; cependant, cette suppression aurait comme conséquence de faire s'effondrer l'économie locale de l'Outre-Mer, dont une partie très importante (pour ne pas dire essentielle) repose sur ces avantages financiers offerts par l'Etat. L'Etat n'a en effet jamais cherché à développer les ressources locales pour assurer une quelconque auto-suffisance de ses territoires périphériques. C'est particulièrement remarquable en Guyane (qui est continentale), où les échanges avec le Brésil sont très faibles (mis à part les orpailleurs qui sont maintenus, par ainsi dire, dans des zones de non-droit) alors qu'une politique de développement locale avec les Etats du nord-Brésil pourrait être mutuellement avantageuse. Même sans ouvrir sur la problématique de la sur-rémunération, la remise en cause de ces régimes spéciaux de retraite ont en soi une implication économique dans la mesure où, pour la Réunion en tout cas, il y a aussi des dispositions de sur-rémunération pour la retraite qui sont cassées par le projet de loi : un robinet financier serait fermé de fait.
- c'est particulièrement mal venu quand le gouvernement (alors que les caisses de l'Etat seraient vides) réussit à débloquer 360 milliards d'euros du jour au lendemain. L'argument est discutable, mais la simultanéité des annonces est particulièrement mal venue.
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Dans la pratique, cette manif, ç'a donné quoi ?
Déjà, ç'a m'a changé des manifs parisiennes. Le classique parcours réunionnais "jardins de l'Etat -> Préfecture", c'est pas tout à fait le répu-bastille-nation auquel je m'étais bien habitué. On divise les chiffres par 100 ou 1000, et on est dans les clous. C'était franchement sympa. Côté CGT-R, yavait un animateur au micro qui improvisait des maloyas sur le thème a cappella ; côté FO où on était, l'animateur me faisait bien marrer. Très bon enfant.
Pour un petit nouveau comme moi, c'était une visite touristique de Saint-Denis assez cool. Le centre-ville est vraiment joli : des maisons coloniales remarquables, de la verdure, des grands arbres (des manguiers plein de mangues !!!!), beaucoup de fleurs. Même Claudine a dû reconnaître que c'était beau (c'est dire !!).
Par contre, on s'est fait saucés comme des ânes. On a commencé sous le soleil et finit sous la pluie fine, en passant par un ENORME grain avec des gouttes grosses comme des goyaviers. J'étais trempé de bas en haut à la fin. Une journée maladie pour tous les manifestants demain ?
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Il semble que la Préfecture ait non seulement voulu savoir le nombre de grévistes, mais aussi le nombre de manifestants. Troublant, non ?
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Quelques petites photos de l'événement :
Autant se lancer rapidement : j'ai fait ma première manif réunionnaise aujourd'hui.

mardi 14 octobre 2008

Victoire à demi

A demi, certes, mais j'ai déjà envie de dire : YEAH !!!!!
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L'idée, c'est que maintenant, j'ai une voiture :-)))
La dépendance totale touche à sa fin !!!!
Mais ç'a été juste. Si mon gars voulait savoir si j'avais récupéré un chéquier, c'est que finalement, ils ne sont plus ok pour une série de paiements par CB. Du coup, le chef (puissance occulte que je n'ai pas rencontrée, mais dont j'ai seulement entendu parler. Figure tutélaire dans les vendeurs ne semblent être que les messagers, Sa Parole semble avoir force de loi absolue. Une sorte de Super-Big-Brother, en somme...) n'était plus ok pour cette solution est voulait un échéancier avec des chèques... Une espèce de papier que mon gars m'a fait signer au cas où je ne paierais pas n'était pas suffisant ("et si je mourrais entre temps ?" ... charmante perspective...)
C'a donc failli faire un couac sur l'arrivée. Mais mon petit gars s'est portée caution pour moi, et a fait un chèque sur le montant restant à payer... Une première pour lui à ce qu'il m'a dit... Je ne sais pas trop quoi penser de ce geste de confiance comme je ne suis pas sûr de pouvoir le croire jusqu'au bout. Après l'entrevue dans le Saint des Saints, mon gars ne semblait cependant pas avoir la décontraction qui lui était habituelle ; il était un peu crispé en me laissant partir... "j'ai jamais ressenti ça quand un client me dit 'merci' en partant" ^^
En même temps, il n'anticipe pas trop si c'est vrai : Claudine m'a emmené, et il aurait pu aborder la question devant elle avant qu'elle ne reparte à la DR puisqu'il aurait souhaité une autre caution que lui-même...
Toujours est-il que j'ai ma voiture, et que je devrais avoir régler l'échéancier demain (si j'ai le temps, après tout, on a manif' !!) puisque j'ai un avis de passage de facteur (on peut raisonnablement penser que ce sont les chèques si attendus...).
Comme je suis un gars un peu puéril, je suis parti pas tard de la DR (quitte à re-bosser un peu ce soir pour mettre au propre un plan de sondage - passionnant !), histoire de faire un petit tour comme un grand. Inutile de dire que j'étais tout fiérot dans ma voiture rutilante ! :-))
Bilan : elle roule, monte bien les côtes, a bon peps, est pas mal sonorisée pour la ziq. Par contre, il n'y a pas la résistance dans l'allume-cigarettes (et ça semble bel et bien d'origine !!! Putain d'hygiénistes !!!!), le lecteur cd ne lit pas les cds-mp3, et le tableau de bord est digne d'une soucoupe volante : j'ai été obligé de faire une halte pour réussir à mettre la radio ! Et puis il m'a refilé une clef pourrie qui se replie mal ; j'irai faire une réclamation !
Content je suis :-)
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Par contre, c'est définitif, j'aurai pas mon home cette semaine. Rendez-vous est pris pour le bail mardi prochain : il paraitrait que c'est la date sure pour que tous les travaux soient faits et que j'entre dans un appart nickel. J'ai le papier à envoyer à l'assurance, tout y est. Reste à décaler la livraison des meubles.
Seule inquiétude : le montant du loyer. Pour 10 jours (entrée le 21), le montant demandé est assez supérieur au tiers de ce qui était prévu... Astuce sur les charges ? Je n'ai pas réussir à avoir à nouveau mon anguille au téléphone... Affaire à suivre... Quoiqu'il en soit (et qu'il en coûte), je veux voler de mes propres ailes. Simplement : peut-être que le 10, rue de l'Inde ne sera qu'une (courte) étape de ma vie dionysienne ?

lundi 13 octobre 2008

Un peu d'espoir

Pour ceux qui sont intéressés par mes péripéties de logement et de motorisation, ce lundi a apporté quelques éléments.
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Le home d'abord.
J'avais oublié de préciser que j'avais eu quelques nouveautés pour ma future maison vendredi. Le petit gars que je dois remplacer m'a passé un coup de fil pendant l'HMI de vendredi (ah oui !! autre nouvelle !! la grève et le blocage d'île, c'est pour bientôt, j'y reviendrai). Il était tout vénère ; la SIDR voulait lui faire payer le loyer de l'appartement pendant les travaux !! Il allait vider l'appart le week-end, mais n'était pas prêt à laisser les clefs par principe (je le comprends). Du coup, j'ai rappelé la fille dans la foulée, et là, miracle, je l'ai eue :-) Il a dû y avoir une mise au point côté SIDR dans l'entre-deux, car elle ne m'en a parlé ; puisque j'étais ok pour "subir" les travaux : état des lieux le lundi, bilan des travaux dans l'aprèm, me rappelle dans la foulée, bail dès le mardi et tout est dans la poche. J'ai quand même laissé un message au petit gars pour lui dire de ne pas hésiter à m'appeler pendant l'état des lieux si ça se passait mal.
Après plusieurs rebondissements et déception, j'ai attendu sereinement sans me faire d'illusions.
Aujourd'hui, le petit gars m'appelle en plein test de DataModel "Mayotte" ("mais cette enquête-emploi ne permet pas de prendre en compte les ménages polygames ??!!" "mais pourquoi on ne peut pas quitter les études avant 15 ans ???"). Etat des lieux sans soucis (si ce n'est qu'il a arraché une partie des carreaux de la cuisine en déménageant ses meubles ; quelques travaux supplémentaires :-S :-S) ; il est cool, et me fait confiance pour le payer pour la clim qu'il laisse. Dommage qu'il parte pour le sud, ça m'aurait plu de m'en faire un pote.
Je n'ai pas réussi à avoir la fille de la SIDR (décidément une anguille...), mais au moins les occupants sont partis. Un obstacle en moins à mon emménagement.
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Le véhicule maintenant.
Mon gars m'a appelé à 9h et m'a du coup un peu pris de court pour mes velléités de méchanceté. Il voulait savoir si j'avais récupéré un chéquier... Je lui ai répondu que je n'en avais toujours pas, et que je ne m'étais occupé de rien pour me trouver un cautionneur puisque je m'étais dit que je pouvais me débrouiller jusqu'à mardi (demain) pour la voiture. Elle sera prête, n'est-ce pas ? C'est en bonne voie ! Bin j'espère. Vous pouvez passer en début d'après-midi demain ? Ouais, je me débrouille.
Evidemment, j'aurais dû être un peu menaçant au téléphone. Mais à me prendre presqu'au réveil, ça me casse mes plans de bataille !!! Qu'il me demande si j'avais récupéré un chéquier (i.e. de quoi faire une caution...) ne me rassure pas des masses sur la suite de l'affaire. En même temps, pourquoi me fixer un rendez-vous (presque) précis pour demain s'il n'a pas l'intention de me la refiler en sachant que je n'ai pas de quoi faire une caution selon les normes de chez lui ?
La psychologie du vendeur de voitures restera un mystère pour moi. Je renonce à essayer d'y comprendre quoi que ce soit...
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Bref, je préfère penser ce soir que les choses s'arrangent un peu (mais je vais essayer de concentrer quelques atomes de méchanceté et de colère pendant la nuit, histoire d'en disposer demain si nécessaire).
A l'inverse, ça va pas trop pour ma petite Claudine. L'adaptation à Zamalia est bien plus difficile pour elle. Elle reste sur le vécu magique de ses derniers temps en Guadeloupe, et peine vraiment à atterrir ici. Pas facile à gérer, d'autant qu'elle est un peu désoeuvrée dans la journée sans que j'y puisse grand chose. A la DR, je peine un peu à être à la fois avec elle, à bosser avec elle (et je ne vois pas encore de trucs à lui confier sans y mettre mon nez, en expliquant "de loin" et bien), et de mon côté assurer ma partie spécifique de taf. Et puis en dehors, c'est pas non plus facile d'être un squatteur pas trop relou pour Christian et puis de pouvoir être un peu moteur pour elle (et Sylvain) de trucs sympas à faire (accentué par le fait que je ne connais rien à rien à l'île...). En plus, mon statut de "chef" me met un peu mal à l'aise dans cette relation.
Je suis quand même content du boulot qu'on a fait en fin de journée, sur ce fameux DataModel pour l'enquête-emploi de Mayotte. On a commencé ensemble à comprendre comment faire, et il me semble qu'elle s'est prise au jeu sur la fin (pendant le coup de téléphone de mon petit gars de l'appart') où elle a mis à jour une belle incohérence que j'avais zappée et a trouvé l'enchaînement problématique. Ces problèmes de logique ne semblent pas l'avoir rebutée, peut-être même au contraire. Peut-être que c'est un premier pas vers une stabilisation, au moins pour le taf ; en attendant plus. J'espère en tout cas.

dimanche 12 octobre 2008

Un article...

Et puis parce qu'on n'est pas des veaux, un article que Selim vient d'envoyer.
Je ne suis pas loin de penser là même chose, mais en y venant par d'autres voies. Et ça me rend pessimiste : combien de morts au final ?
Enfin, on verra bien ce que tout ça va donner au final...
C'est un peu (trop ?) érudit, et je n'ai pas ces références-là pile poil en tête. D'où une ou deux questions que j'ai mises en commentaires pour que vous me donniez vos lumières...
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"Le capitalisme touche à sa fin"
Immanuel Wallerstein, chercheur au département de sociologie de l'université de Yale, ex-président de l'Association internationale de sociologie
Propos recueillis par Antoine Reverchon, pour Le Monde.
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Signataire du manifeste du Forum social de Porto Alegre ("Douze propositions pour un autre monde possible"), en 2005, vous êtes considéré comme l'un des inspirateurs du mouvement altermondialiste. Vous avez fondé et dirigé le Centre Fernand-Braudel pour l'étude de l'économie des systèmes historiques et des civilisations de l'université de l'Etat de New York, à Binghamton. Comment replacez-vous la crise économique et financière actuelle dans le "temps long" de l'histoire du capitalisme ?
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Fernand Braudel (1902-1985) distinguait le temps de la "longue durée", qui voit se succéder dans l'histoire humaine des systèmes régissant les rapports de l'homme à son environnement matériel, et, à l'intérieur de ces phases, le temps des cycles longs conjoncturels, décrits par des économistes comme Nicolas Kondratieff (1882-1930) ou Joseph Schumpeter (1883-1950). Nous sommes aujourd'hui clairement dans une phase B d'un cycle de Kondratieff qui a commencé il y a trente à trente-cinq ans, après une phase A qui a été la plus longue (de 1945 à 1975) des cinq cents ans d'histoire du système capitaliste.
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Dans une phase A, le profit est généré par la production matérielle, industrielle ou autre ; dans une phase B, le capitalisme doit, pour continuer à générer du profit, se financiariser et se réfugier dans la spéculation. Depuis plus de trente ans, les entreprises, les Etats et les ménages s'endettent, massivement. Nous sommes aujourd'hui dans la dernière partie d'une phase B de Kondratieff, lorsque le déclin virtuel devient réel, et que les bulles explosent les unes après les autres : les faillites se multiplient, la concentration du capital augmente, le chômage progresse, et l'économie connaît une situation de déflation réelle.
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Mais, aujourd'hui, ce moment du cycle conjoncturel coïncide avec, et par conséquent aggrave, une période de transition entre deux systèmes de longue durée. Je pense en effet que nous sommes entrés depuis trente ans dans la phase terminale du système capitaliste. Ce qui différencie fondamentalement cette phase de la succession ininterrompue des cycles conjoncturels antérieurs, c'est que le capitalisme ne parvient plus à "faire système", au sens où l'entend le physicien et chimiste Ilya Prigogine (1917-2003) : quand un système, biologique, chimique ou social, dévie trop et trop souvent de sa situation de stabilité, il ne parvient plus à retrouver l'équilibre, et l'on assiste alors à une bifurcation.
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La situation devient chaotique, incontrôlable pour les forces qui la dominaient jusqu'alors, et l'on voit émerger une lutte, non plus entre les tenants et les adversaires du système, mais entre tous les acteurs pour déterminer ce qui va le remplacer. Je réserve l'usage du mot "crise" à ce type de période. Eh bien, nous sommes en crise. Le capitalisme touche à sa fin.
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Pourquoi ne s'agirait-il pas plutôt d'une nouvelle mutation du capitalisme, qui a déjà connu, après tout, le passage du capitalisme marchand au capitalisme industriel, puis du capitalisme industriel au capitalisme financier ?
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Le capitalisme est omnivore, il capte le profit là où il est le plus important à un moment donné ; il ne se contente pas de petits profits marginaux ; au contraire, il les maximise en constituant des monopoles - il a encore essayé de le faire dernièrement dans les biotechnologies et les technologies de l'information. Mais je pense que les possibilités d'accumulation réelle du système ont atteint leurs limites. Le capitalisme, depuis sa naissance dans la seconde moitié du XVIe siècle, se nourrit du différentiel de richesse entre un centre, où convergent les profits, et des périphéries (pas forcément géographiques) de plus en plus appauvries.
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A cet égard, le rattrapage économique de l'Asie de l'Est, de l'Inde, de l'Amérique latine, constitue un défi insurmontable pour "l'économie-monde" créée par l'Occident, qui ne parvient plus à contrôler les coûts de l'accumulation. Les trois courbes mondiales des prix de la main-d'oeuvre, des matières premières et des impôts sont partout en forte hausse depuis des décennies. La courte période néolibérale qui est en train de s'achever n'a inversé que provisoirement la tendance : à la fin des années 1990, ces coûts étaient certes moins élevés qu'en 1970, mais ils étaient bien plus importants qu'en 1945. En fait, la dernière période d'accumulation réelle - les "trente glorieuses" - n'a été possible que parce que les Etats keynésiens ont mis leurs forces au service du capital. Mais, là encore, la limite a été atteinte !
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Y a-t-il des précédents à la phase actuelle, telle que vous la décrivez ?
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Il y en a eu beaucoup dans l'histoire de l'humanité, contrairement à ce que renvoie la représentation, forgée au milieu du XIXe siècle, d'un progrès continu et inévitable, y compris dans sa version marxiste. Je préfère me cantonner à la thèse de la possibilité du progrès, et non à son inéluctabilité. Certes, le capitalisme est le système qui a su produire, de façon extraordinaire et remarquable, le plus de biens et de richesses. Mais il faut aussi regarder la somme des pertes - pour l'environnement, pour les sociétés - qu'il a engendrées. Le seul bien, c'est celui qui permet d'obtenir pour le plus grand nombre une vie rationnelle et intelligente.
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Cela dit, la crise la plus récente similaire à celle d'aujourd'hui est l'effondrement du système féodal en Europe, entre les milieux du XVe et du XVIe siècle, et son remplacement par le système capitaliste. Cette période, qui culmine avec les guerres de religion, voit s'effondrer l'emprise des autorités royales, seigneuriales et religieuses sur les plus riches communautés paysannes et sur les villes. C'est là que se construisent, par tâtonnements successifs et de façon inconsciente, des solutions inattendues dont le succès finira par "faire système" en s'étendant peu à peu, sous la forme du capitalisme.
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Combien de temps la transition actuelle devrait-elle durer, et sur quoi pourrait-elle déboucher ?
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La période de destruction de valeur qui clôt la phase B d'un cycle Kondratieff dure généralement de deux à cinq ans avant que les conditions d'entrée dans une phase A, lorsqu'un profit réel peut de nouveau être tiré de nouvelles productions matérielles décrites par Schumpeter, sont réunies. Mais le fait que cette phase corresponde actuellement à une crise de système nous a fait entrer dans une période de chaos politique durant laquelle les acteurs dominants, à la tête des entreprises et des Etats occidentaux, vont faire tout ce qu'il est techniquement possible pour retrouver l'équilibre, mais il est fort probable qu'ils n'y parviendront pas.
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Les plus intelligents, eux, ont déjà compris qu'il fallait mettre en place quelque chose d'entièrement nouveau. Mais de multiples acteurs agissent déjà, de façon désordonnée et inconsciente, pour faire émerger de nouvelles solutions, sans que l'on sache encore quel système sortira de ces tâtonnements.
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Nous sommes dans une période, assez rare, où la crise et l'impuissance des puissants laissent une place au libre arbitre de chacun : il existe aujourd'hui un laps de temps pendant lequel nous avons chacun la possibilité d'influencer l'avenir par notre action individuelle. Mais comme cet avenir sera la somme du nombre incalculable de ces actions, il est absolument impossible de prévoir quel modèle s'imposera finalement. Dans dix ans, on y verra peut-être plus clair ; dans trente ou quarante ans, un nouveau système aura émergé. Je crois qu'il est tout aussi possible de voir s'installer un système d'exploitation hélas encore plus violent que le capitalisme, que de voir au contraire se mettre en place un modèle plus égalitaire et redistributif.
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Les mutations antérieures du capitalisme ont souvent débouché sur un déplacement du centre de "l'économie-monde", par exemple depuis le Bassin méditerranéen vers la côte Atlantique de l'Europe, puis vers celle des Etats-Unis ? Le système à venir sera-t-il centré sur la Chine ?
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La crise que nous vivons correspond aussi à la fin d'un cycle politique, celui de l'hégémonie américaine, entamée également dans les années 1970. Les Etats-Unis resteront un acteur important, mais ils ne pourront plus jamais reconquérir leur position dominante face à la multiplication des centres de pouvoir, avec l'Europe occidentale, la Chine, le Brésil, l'Inde. Un nouveau pouvoir hégémonique, si l'on s'en réfère au temps long braudélien, peut mettre encore cinquante ans pour s'imposer. Mais j'ignore lequel.
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En attendant, les conséquences politiques de la crise actuelle seront énormes, dans la mesure où les maîtres du système vont tenter de trouver des boucs émissaires à l'effondrement de leur hégémonie. Je pense que la moitié du peuple américain n'acceptera pas ce qui est en train de se passer. Les conflits internes vont donc s'exacerber aux Etats-Unis, qui sont en passe de devenir le pays du monde le plus instable politiquement. Et n'oubliez pas que nous, les Américains, nous sommes tous armés...

Samedi tranquille

La journée de vendredi a été assez intense pour le boulot.
EuroStat se demandait pourquoi se multipliaient les personnes de référence dans les ménages des doms, coup de fil d'Olivier B. pour parler DataModel (appel très sympa, dès les premiers mots ; je pense que je vais aimer être en relation avec ce petit gars), mais surtout presque deux heures au téléphone avec Monique pour parler de l'article "familles et employeurs" (pas gagnée, cette histoire...).
Pffffff j'espère que ça ne va pas arriver trop souvent, des journées pareilles. J'en ai zappé le ciné du soir : trop claqué.
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Du coup, matinée très grasse au lit.
Je me prends un café tranquille à la terrasse ; la pluie fait doucement place à un joli soleil et le ciel s'épure. Ce climat très mobile est décidément stupéfiant.
Brunch avec Christian et Florence. On prend le temps.
Ensuite, rendez-vous video-msn avec ma môman qui m'a dit en tchat la veille qu'elle voulait me voir :-) Après quelques petits couacs electronique, ça marche impec' !! C'est beau, la technologie.
Petit moment de nostalgie avec des mails des Marcheurs de Planète : une vidéo de Yann en concert acoustique, et puis des photos du lieu, avec plein de têtes connues... Ca me fait bizarre de me dire que la vie, finalement, y continue comme si de rien n'était. A la fois c'est bien, à la fois on se sent tout petit...
Et puis, de 16h30 à 18h30, c'était rendez-vous au temple, pour une exégèse sur un passage de l'Apocalypse de Jean par Thibaut. Une petite dizaine de personnes, dont deux intrus - Florence et moi. Comme c'était plus une discussion et une explication de texte qu'un "cours", c'est dommage de rien avoir préparé. Ca pourrait ressembler aux "cours" de théologie que j'avais eus...
C'est assez décalé : je retrouve Thibaut comme je l'avais vu le premier week-end, à dire des choses profondes avec des expressions triviales et des traits d'humour (je suis un peu le seul à me marrer, même si, quand nos regards se croisent, l'allemande dont j'ai oublié le nom semble plus s'amuser qu'elle ne le laisse paraître ; Christian, quand je lui ferai après la remarque sur le sérieux de l'assemblée, me répondra "on est des protestants après tout" : j'aime bien la précision de son regard !!!!!!). C'est plutôt intéressant ; j'essaierai d'y retourner.

samedi 11 octobre 2008

Moment de blues - voiture (3)

Malgré tout ce que je vous raconte, je n'ai pas encore tout à fait réaliser que je suis à l'autre bout du monde. L'arrivée dans un lieu si différent et si neuf laisse planer une sensation de vacances, même si je bosse, et la plupart des "galères" dont je vous ai déjà fait part m'ont agacé sur le coup, mais pas trop atteint.
Jeudi a eu un goût différent.
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J'ai eu lundi la fille de la SIDR qui s'occupe de louer les appartements. Elle avait fait un pré-état des lieux, et m'a annoncé qu'il y avait des infiltrations dans l'appartement et qu'elle envisageait de faire faire des travaux avant de me laisser emménager.
J'ai bien tiqué car je commence à avoir vraiment envie de gagner mon indépendance, même si ça se passe très bien chez Christian et même si cette indépendance signifie aussi rencontrer moins systématiquement de nouvelles personnes. Elle prévoyait en effet de me laisser prendre l'appartement fin octobre seulement. Je lui ai laissé entendre que cela m'ennuyait beaucoup et que j'aimerais bien qu'on se débrouille autrement, quitte à ce que j'accueille moi-même les ouvriers. J'y ai repensé le soir, et j'ai voulu lui redire ça bien explicitement cette fois.
J'ai essayé de la recontacter mardi, mercredi, jeudi... Rien. In-joi-gna-ble !!
Après mon coup de fil et mon message de jeudi, je commençais à être bien découragé.
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C'est là que, pour me remonter le moral, j'ai appelé mon vendeur de voiture. Une semaine était passée depuis que j'avais fait mon paiement CB historiquement élevé : j'avais en tête de pouvoir la récupérer le jour-même (avec un peu de chance) ou au pire le samedi suivant. Le gars ne s'en est pas trop soucié, et me dit qu'il va voir.
Je le rappelle en début d'aprèm, et il m'annonce, avec son ton si particulier, qu'il y a eu un bog dans le garage : un papier devait venir du sud de l'établissement où était la voiture au départ, et il y a eu un cafouillage (chez les secrétaires, forcément, c'est pas de sa faute... la secrétaire est toujours le bouc émissaire idéal...). Bilan, la voiture vient à l'instant de partir faire son check-up.
Mais il va me fournir un véhicule jusqu'à ce que la voiture soit prête ("c'est bien la moindre des choses") et il faut que je passe à 16h30.
Je ne peux pas dire que je suis très content, mais bon, au moins je vais pouvoir être un peu indépendant.
Je me pointe donc chez le concessionnaire à l'heure dite et je poireaute un peu.
Mon gars me prend en charge et m'emmène dans la maison mère. Le permis ? Je sors mon attestation de perte. Ca commence mal : pas de signature de la préfecture. J'hallucine un peu : le papier est ok pour des flics et ne leur irait pas ? Il faut l'accord de monsieur untel. Ca prend une plombe, mais il est ok, c'est déjà ça. J'essaie de savoir ce qu'ils reprochent à ce papier, vu qu'il n'y a même pas de place pour un visa de la préfecture. Mon gars est tout gêné, et me sort une espèce d'histoire abracadabrantesque facile à démonter... Je pense qu'il est de bonne foi, mais il est très mal à l'aise dans un rôle de porte-parole d'une administration dont je n'oserais pas dire qu'elle est kafkaïenne, mais c'est tout juste, et qui le coince face à moi. La caution ? Je n'ai pas encore de carnet de chèque, donc il faut la faire à la CB. Sauf que j'ai déjà tellement dépensé que ça ne passe pas... Je me décompose. Déjà, c'est pas très agréable de voir son moyen de paiement refusé (genre : il ne serait pas un peu délinquant, ce petit gars aux cheveux en bataille ?), et je vois la perspective d'indépendance s'éloigner... Mon petit gars y met du sien : "il a quand même déjà versé 3 800 euros ici" (il enrobe un peu, j'ai donné un peu moins...). "oui, mais on a déjà vu des cas..." Et si je reviens avec quelqu'un qui se porte caution ? Le gars des thunes n'est pas chaud... "à voir..."
Comme le délai de remise prévu n'est pas à terme, je n'ose pas gueuler. D'autant qu'avec tout ça, il est déjà tard et il ne reste plus grand monde dans le bâtiment pour faire mon scandale.
Mais c'est surtout que je n'ai plus de peps. Toutes ces difficultés imprévues alors que tout était (enfin) sur les rails m'ont coupé les jambes : je suis sans force. Je suis devant le château et je ne peux pas entrer.
Mon gars me ramène en caisse à la DR ; j'aurais mis une plombe à rentrer, je pense.
J'évacue les affaires courantes et vais voir Christian pour qu'on se casse vite. J'ai envie de rien, si ce n'est d'être dans mon coin...
Mais...
...plus de Christian, plus de voiture...
Il est parti à son cours de théâtre en m'oubliant.
Journée de merde !!!!!!!!
Je rentre comme une âme en peine à la case. Et je me mets dans un coin avec un peu de musique. Arrive Florence, puis Christian. Rapides. Je ne les suis pas à l'anniversaire de Christine.
La musique me fait du bien. Et aussi le coup de fil à Nico, même si on ne reste pas des plombes. Je m'apaise petit à petit, et j'ai digéré le choc en quelques heures.
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A ces instants-là, j'ai réalisé que j'étais vraiment loin. Je n'aime pas trop aller pleurnicher chez les gens quand il m'arrive des merdes, mais c'est rassurant d'avoir cette possibilité.
Là, j'ai vraiment réalisé physiquement l'éloignement : personne pour me faire un calin et me dire "va, ça va aller". Personne pour me dire "tout bas les mots des pauvres gens : Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid...".
En fait, même quand on s'y est préparé, même quand on est un petit dur qui n'encaisse pas si mal et que ça ne dure pas longtemps, ce sentiment-là, ce sentiment d'esseulement, c'est dur et ça fait mal.
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Bilan "voiture". Si la bagnole n'est pas prête mardi, je pense que je tape un sandale, cette fois, puisque le délai sera arrivé à terme. Je m'y prendrai tôt, en appelant lundi mon gars pour qu'il soit préparé. Dans l'hypothèse où je n'aurais pas la voiture ce jour-là, s'ils ne m'en refilent pas une (et hors de question que je donne une quelconque caution), je pense que je casserai le contrat - j'en ai le droit tant que la voiture n'est pas livrée, c'est écrit dedans - et j'exigerai d'être remboursé immédiatement ; je prendrai une voiture en loc, et j'aviserai.
Question de principe. En fait, j'ai la colère froide : je leur en veux d'avoir réussi à me faire mal.

L'accueil des nouveaux

Ca fait déjà un bon mois qu'on erre dans les couloirs, qu'on hante des bureaux et qu'on boit des cafés sur la terrasse. Mais on ne s'était toujours pas fait "accueillir".
Chose faite mardi.
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Premier acte : lundi.
Pour la cérémonie, tout le monde est mis à contribution gastronomique (sauf ceux qui exploitent leur femme, hin, Jannick !!!). Même les nouveaux qui ne sont pas encore installés (par exemple : moi). Je m'étais engagé à faire des tartes, sous condition qu'on me fournisse le four. Mon accolyte Claudine s'est portée à mon secours.
On s'arrache sur le coup des 4h de la DR pour aller faire nos courses ; j'ai touché vite fait deux mots à Christian pour lui dire que je ne suis pas là en début de soirée pour cause de tarte (à la case, l'activité, c'est rangement et malgré mon coup de serpilière de la nuit et le rangement de ma chambre, j'ai des scrupules : il faut préparer l'arrivée d'Irène, une pote espagnole de Christian ; elle vient du sud pour faire un remplacement à Saint-Denis et est accueillie pour la semaine...), et puis directement Carrefour.
Il faut non seulement les ingrédients, mais aussi les ustensils... Tout y passe : plats, rouleau à pâtisserie... Dans une frénésie d'achat, je prends aussi une cafetière à piston, un wok en fonte, une balance, un égouttoir... "Société (de consommation), tu m'auras pas ?" Mouais...
On erre dans les rayons, ici, là, à gauche, le-café-c'était-pas-dans-le-rayon-d'avant-?, à droite, devant, mais-où-sont-les-oeufs-?, derrière, à l'autre bout... Décidément, ce magasin est un enfer...
Il est déjà 18h quand on sort.
Dans la gallerie marchande, ya une fille qui vend des articles en cuir. En passant, je lui demande si elle n'a pas des blagues à tabac puisque je ne retrouve plus la mienne. "Une quoi ?" Finalement, j'en repars avec un charmat sac pour mettre tout le bordel de mes poches. Très joli, mais : société etc. (air connu)
On monte en Bretagne, et on se lance dans la cuisine. Ca faisait longtemps que je n'avais pas mis mes mains dans la nourriture. J'aime bien :-)
Deux verres de punch pendant que les pâtes reposent (faut pas déconner non plus). Epluchage des pommes et des poires, bouffe pendant que les tartes cuisent. Coup de téléphone de Christian sur le fixe de Claudine (???) car il me cherche désespérément (mon portable était pourtant allumé... je n'ai toujours pas reçu les messages qu'il m'a laissés... le réseau réunionnais semble avoir quelques "trous"...). J'apprendrai au retour que Florence et lui m'attendaient pour manger et avaient invité Philippe. Incompréhension manifeste :-S
Mes tartes sont belles, je suis fier :-)))
Retour à minuit. Christian et Florence tombent de sommeil, mais Irène n'est toujours pas arrivée. Perdue en route. On fait connaissance rapidement. Et puis tout le monde au lit : le rendez-vous à la DR pour les nouveaux (les anciens ont droit à une grasse mat') est à... ...8h !!!!!!!
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Second acte : mardi.
C'est dur d'émerger, mais on n'est pas trop en retard.
Direction le camps des finances à Saint-Gilles. Je me retrouve dans une voiture avec le directeur (la classe !), un Cédric (la fête !) et Marie-Aydée (qui fait l'animation en parlant beaucoup !) pour le quota féminin.
Deux heures de parlotte et de présentation des services. Pour les "nouveaux chefs", le bizutage, c'est présenter son service. Pas trop dur. L'histoire de la DR par un gars qui l'a connue du début à la fin (il est en retraite cette année) est ce qu'il y a de plus intéressant.
Arrivée de tout le monde. Petit speech du dir ; comme je suis devant assis sur mes talons, je me fais bien repérer et c'est moi qui lance la série des présentations de soi devant un parterre qui a surtout envie de se jeter sur l'apéro ; je joue au petit rigolo en disant que j'ai besoin de soutien psychologique car je n'ai pas encore d'amis. Je bois beaucoup de punch à l'apéro et je grignote pas mal. Il y a une quantité hallucinante de nourriture, et c'est très limite si je ne fais pas une indigestion. J'ai eu la gerbe jusqu'au soir :-S :-S
Le repas est un pressé car on va faire une visite sur la route des tamarins.
La route des tamarins, c'est LE chantier de l'île en ce moment. Cette route, à mi-falaise, doit décongestionner la route littorale entre Saint-Paul et Etang-Salé. Tour de force technique à bien des endroits (franchissements de ravine qui doivent résister aux cyclones etc.), ce chantier est très impressionnant, avec un certain nombre d'ouvrages d'art uniques au monde.
On est de retour à la DR vers les 17h. Je passe récupérer le fax pour l'article EFE (faut pas oublier le taf...) et retour à la case.
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Conclusion : repas espagnol préparé par Irène le soir. J'ai mangé, et ça m'a guéri de mes nausées.
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Note : j'ai failli perdre mes bagues dans la préparation des tartes, dont mon alliance africaine. Je l'ai échappé belle...
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Et enfin quelques photos :
Olivier parle du SES :
On écoute (religieusement) le discours du Directeur :
Je me présente à l'assemblée :
Photo de groupe :
Cédric, Claudine et moi à l'apéro :
Sur la route des tamarins :

Pour laché c kom (2)

J'apprends aussi à me servir de ma plateforme (lentement).
En bidouillant un peu par hasard mes paramètres, j'ai réussir à ouvrir la possibilité de faire des commentaires, même quand on est un sans-compte.
Ce n'est donc pas la peine d'utiliser la démarche compliquée du billet précédent.
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- Cliquer sur "commentaire"
- Ecrire la série de lettres dans "vérification des mots"
- Cliquer sur "nom" dans choisir une identité
- Ecrire son nom dans la case dédiée
- Cliquer sur "publier commentaire"
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Et hop-là :-)
Maintenant, plus d'excuses !!

jeudi 9 octobre 2008

Pour laché c kom

Cette semaine est un peu bousculée entre le boulot, un article à réécrire et la participation au CDSP ; je recommence à vous faire des vrais billets dès ce week-end.
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Celui-ci est juste "pratique". J'ai découvert hier avec Florence (qui était scandalisée que je dise que la Réunion était un patatoïde posé sur l'eau) qu'on ne faisait pas si facilement des commentaires avec la plateforme blogspot, que j'ai prise un peu au hasard, faut bien avouer.
Il faut "avoir" un compte pour laché c kom, comme on dit chez les djeunces qui bloguent adomphe.
Je viens donc de créer, rien que pour vous (en tout cas ceux qui sont des sans-compte, pour ainsi dire les sans-papiers de l'InterNet), un compte utopistes@gmail.com pour que vous puissiez faire vos commentaires. Sur simple demande, je vous donne ze password (très simple à retenir, vous verrez) pour pouvoir me laisser des mots doux :-)
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La démarche à suivre est la suivante :
- écrire son message dans "enregistrer un commentaire"
- signer (c'est pas obligatoire en soi, mais vue la démarche que je vous propose, adaptée aux sans-compte, ça me permet de savoir qui écrit, ce qui n'est pas mal ; je vous fais confiance pour ne pas faire n'importe quoi...)
- écrire la suite de lettres bizarre dans "vérification des mots" (ça empêche les machines éléctroniques - qui ne savent pas lire ces suites de lettres - de polluer les blogs des braves gens comme moi avec des messages publicitaires)
- écrire "utopistes@gmail.com" dans "nom d'utilisateur"
- entrer le mot de passe dans "mot de passe" (pas de scoop)
- cliquer sur "publier commentaire"
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Facile, non ?
Démonstration ci-dessous...

dimanche 5 octobre 2008

De l'Atlas à la Bretagne

Ce samedi, j'ai botté en touche pour les propositions de randonnées.
Je suis allé manger chez Claudine, pour aller ensuite voir les meubles à mettre dans mon futur nid.
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Je me lève à l'arrache, et suis encore en train d'écouter les nouvelles de RFI et de boire mon café - pas au soleil ce matin, de courtes pluies se succèdent - quand Claudine m'appelle pour reprendre l'itinéraire et venir me chercher. Comme il est déjà presque midi, ça la fait rire que je n'en sois que là :-S Je me presse et descend la rue pour être à peu près à l'heure au rendez-vous. J'attends, j'attends sous la pluie (et finis par me mettre à couvert sous l'abribus ; il fait chaud, mais je vais finir par être vraiment mouillé...) ; elle finit par me rappeler car mon explication ne devait pas être satisfaisante.
Cette fois, ça roule, et dix minutes après je suis ramené chez elle.
Petite maison sympa, déjà presque meublée. On prend l'apéro tous les trois avec Sylvain, son fils qui a mon âge à quelques mois près et qu'elle a ramené dans ses bagages. On regarde des photos des Antilles, Guadeloupe, les Saintes..., et je dois bien avouer que c'est très beau. Deux punchs après, je suis déjà en joie (!), pâtes bolo, café, et on s'arrache vers les 16h.
Tous les magasins de meubles sont concentrés, c'est pratique.
On rentre dans un premier où elle n'avait pas été. C'est joli mais franchement cher. Pas possible de seulement commencer à achter tous les trucs de base ici... Du coup, on va à Atlas où elle avait été pour ses propres meubles et où elle devait retourner car il lui manquait une table à la livraison. C'est grand et un peu en bazar.
On traîne un peu et on va voir "monsieur Pascal" qui s'était occupé d'elle.
Je m'attache d'abord aux choses importantes : "avez-vous des bancs ?" Avec ma pièce principale allongée, je trouve que ça se prête bien à avoir d'un côté un coin salon et de l'autre un coin de bouffe avec une grande table et des bancs - j'aime bien la convivialité du banc.
Dans tout ce gigantesque magasion, il n'y a qu'un banc possible. Seul le prix de la table qui va avec est indiqué (690 euros quand même...). Monsieur Pascal note pour aller demander le prix des bancs plus tard.
L'accessoire ensuite : le frigo. "Petit ou grand modèle ?" "euh... moyen ? (...) en fait, c'est quoi, petit et grand pour vous ?" Il s'avère que le moyen est déjà énorme... "Et vous avez quoi en franchement petit ??" Le plus petit est déjà deux fois plus grand que celui que j'avais à Paris. Pour quelques 200 euros, je pense que ça devrait aller.
"Une gazinière" ? Je botte en touche, je ne sais plus si l'appart est équipé.
"Une machine à laver ?" Je rebotte en touche : Claudine m'a déjà proposé d'utiliser sa machine dans les premiers temps, c'est donc vraiment accessoire pour l'instant.
"Une télé ?" Je ne veux pas de télé. "Ok..."
Je reprends la main. Je demande pour deux lits une place pour faire le coin salon et pouvoir faire couchage d'appoint. En montant à l'étage, Monsieur Pascal me demande si je ne veux pas un salon. "euh... ce sont les lits que je veux utiliser pour faire le salon..." "ah oui..."
Un peu galère pour trouver ce qu'il faut, à une hauteur potable pour servir de canapé. A un moment, je vois Monsieur Pascal qui commence à se poser des questions sur ce que je veux, avec mes questions sur la hauteur et tout. "Vous voyez, je veux faire un truc, style salon marocain" "Mais vous n'allez pas trouver ça ici !!" "euh... bin c'est ce que je veux essayer de faire avec ces deux lits..." "ah ok...". Je finis par trouver ce que je veux après avoir bien traîné à l'étage.
Là, on vient lui dire le prix des bancs. 350 euros pièce. Argh... Je tique. "Je pense que ça ne va pas le faire alors..."
Monsieur Pascal fait le compte de meubles. "Qu'est-ce qu'il pourrait manquer encore... ? La télé ?" "nan, je ne veux pas de télé, vous savez, j'aime pas trop ça..." "ah, d'accord..."
Je veux une table basse. On redescend, et repasse devant un canapé. "Ah ! il vous manque un salon encore" "euh... euh... euh... ce sont les lits que je veux utiliser comme salon ! Moi je dors dans un hamac !!" "ah oui, c'est vrai !" Je vois quand même que ça le sèche que je lui dise que je dors dans un hamac : il me regarde avec des yeux ronds à ce moment-là.
Avant de chercher la table basse, je repasse quand même voir les tables pour manger puisque l'affaire des bancs me chagrine. On vient lui dire "198 euros pièce". Ok, presque moitié prix, j'accepte mais recherche une autre table. J'en trouve une autre avec une rallonge. Moins chère, un peu plus courte que les bancs, mais bon, l'affaire est dans le sac.
"Ah, il vous manque la télé encore !!!!" Petit moment de solitude... "Je ne regarde pas la télé, c'est pas mon truc...." "ah oui, c'est vrai !! c'est un choix..." Pas un choix réunionnais, on dirait...
On fait le tour des tables basses. Rien ne me plaît. On s'arrêtera là pour aujourd'hui : un frigo, une table, deux bancs, deux lits, deux matelats, ça suffit pour l'instant.
1700 euros au total ; paiement en quatre fois, tranquille... Je débourse depuis l'avant-veille (la voiture) comme j'ai jamais fait avant, ça me fait bizarre.
Bilan : je serai meublé rapidement après avoir emménagé, normalement. C'est cool.
Je me rends quand même compte (à la réflexion, il y avait déjà un peu de ça à l'achat de la voiture) que les habitudes de consommation (illustrées ici par la télé, le canapé...) sont quand même géographiquement/culturellement plus marquées que ce que j'avais en tête (d'ailleurs les types de meubles ne sont pas exactement ceux qu'on voit le plus fréquemment en métropole) et que cela produit un effet inattendu : tu as beau dire des choses aux vendeurs, ils ne percutent pas forcément quand c'est en dehors des habitudes locales.
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Il est déjà tard quand on sort, et But est déjà fermé : on ne continuera pas notre tour d'achat de meubles aujourd'hui. Je la fais passer devant mon futur appart' ; j'ai bien retenu la route et on ne se plante pas. L'ensemble de bâtiments est quand même assez joli, les petites plantations d'arbres sont pas mal. C'est moins clean que les zones plus résidentielles où habitent Christian et Claudine, mais j'aime bien cet endroit.
Retour à la maison, j'invite Claudine à prendre un petit verre et lui montre la maison de Christian. Je sors quelques rhums arrangés, mets un peu de musique en fond (Julien Jacob lui plaît bien :-) et aussi Victor Démé) ; on essaie de mettre la musique du groupe de son fils aîné, mais ça ne marche pas... La connexion doit être trop lente. Christian puis Florence arrivent, et elle se rentre.
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Christian est invité chez Lisa. Florence reste pour bosser un capes blanc, et je suis embarqué. "Ce soir, c'est toi qui conduis au retour, Christian !" "ok, pas de problème !"
Direction : la Bretagne.
Super maison, la grande classe. Vue remarquable, belle terrasse avec une piscine démontable :-), de grands espaces. Il y a son copain, Florian, que j'avais croisé à la première plage, et puis aussi Benoît (qui est train de coucher son petit enfant, mais ça semble un peu galère visiblement...).
Très agréable soirée, on mange un chili à l'extérieur car il y a une accalmie des gouttes. Pas de discussion convenue, on parle un peu comme on parlait à Paris, sérieux et léger en même temps : Lisa parle de l'interview qu'elle vient de faire d'Adriana Karembeu, on parle avec Christian du Cadavre du blanc...
Partie de poker (je demande à avoir une réexplication des tours, mais je m'aperçois que je ne suis visiblement pas le seul à ne pas être super au point) ; mise de deux euros pour la partie.
Christian fait un "tapis" pour pouvoir aller s'endormir sur le canapé :-D Fin de partie, Benoît gagne et repart en emportant son gosse tout endormi. Christian, plus endormi encore que le petit gosse, me dit "tu ne veux pas conduire finalement ??". Je rigole intérieurement. Comme j'ai quand même picolé, j'accepte si on attend un peu en mettant à boire du soda.
On reste donc à papoter avec Lisa et Florian. Ils me sont particulièrement sympathiques.
Zamal ? Ok. Première depuis l'arrivée sur l'île. Christian arrive à émerger : "tu pourras conduire, quand même ?"
On est tous un peu fatigué ; challenges débiles (connaître les capitales du monde, citer les Etats des USA...) et palabre affalés. Je me sens très bien. Ce n'est pas "comme avant", mais il y a des consonnances : je retrouve quelques repères, le genre d'esprit que j'aime chez les gens...
Je finis par me dire que ça fait bien longtemps qu'on est là et qu'il faut laisser nos hôtes dormir. On fait émerger péniblement Christian, et hop !
Bilan : je suis content :-)

jeudi 2 octobre 2008

La banque, la voiture (2) - Le cadavre du blanc

Pas de nouvelles de l'appartement aujourd'hui, mais les aventures financière et automobile ont avancé.
Je suis allé chercher ma carte bleue à la Poste ce matin. C'est parfaitement ridicule, mais je la trouve très jolie ; en même temps, l'autre faisait bien son âge après des périples européens et africains éprouvants, et j'ai attendu cette nouvelle avec tellement d'impatience que ça doit en partie expliquer cet émerveillement :-)
Dans cette bonne humeur, j'ai rappelé le Centre financier pour savoir où ça en était des chéquiers et de la gestion de comptes par InterNet. En outre, je venais d'apprendre que le plafond d'achat de la carte était à 3000 euros, ce qui est une somme - je ne l'avais évidemment jamais ne serait-ce qu'effleuré -, mais qui était insuffisant pour que je puisse faire les versements pour la voiture (une péripétie chasse l'autre). Et là, miracle, le son de cloche a été tout à fait autre que la fois précédente. La fille que j'ai eu au bout du fil a bien pris les choses en main. Elle m'a laissé attendre un moment, et avait toutes mes réponses à peine deux minutes après.
Le courrier pour les chéquiers n'avait toujours pas été reçu (après deux semaines !!!), mais elle a lancé l'opération quasiment en direct sans me demander un n-ième courrier : je devrais avoir un chéquier (en espérant que les courriers ne prennent pas un temps infini... mais ça semble plus rapide dans le sens métropole->Réunion). Pour la gestion de compte par InterNet, elle m'a dit que c'était en traitement (courrier reçu le vendredi précédent...). Et pour relever le plafond de débit, il suffisait d'un fax (en signant lisiblement pour pouvoir bien contrôler la signature... ...j'hallucine quand je pense au gars de la fois précédente qui exigeait un courrier manuscrit et refusait les fax pour la même histoire de contrôle de signature... quel enfoiré !!!) que j'ai envoyé dans la foulée ; l'opération devait être faite demain. J'avais demandé ("si possible") qu'ils me contactent pour me dire quand l'opération allait être faite, et j'ai été rappelé à peine une heure après. Je pouvais donc aller payer la première traite de ma voiture !!!
Bilan : la Banque Postale n'est pas plus pourrie qu'une autre banque, il suffit de (et il faut) tomber sur les bons interlocuteurs capables de saisir une situation tendue.
Petit coup de fil dans la foulée à la MAIF pour l'assurance de voiture. Je n'ai pas réussi à trouver le numéro de l'agence de Saint-Denis (et je me disais de toute façon qu'ils avaient de bonnes chances d'avoir des horaires aussi extravagants que les autres...), alors j'ai téléphoné à l'agence parisienne qui s'occupe du 11e. Mec super efficace aussi, j'ai reçu les estimations par mail dans les 10 minutes, et pour simplifier les affaires, il m'a fait continuer à être domicilié à Paris pour la MAIF (toute interruption de logement assuré oblige à défaire et refaire un contrat). Parfait.
Restait plus donc qu'à retourner voir mon gars de chez Fourque, le concessionnaire Citroën. Fidèle à lui-même (la bagnole a plutôt 77000 kms que 70000), mais en même temps, il m'avait de lui-même redescendu le prix à 12 800 euros. Le fait que la délivrance de carte grise soit inclue dans le prix n'est pas négligeable : elle coûte presque 300 euros...
J'ai utilisé pour la première fois ma belle carte toute neuve pour faire la plus grosse opération de ma vie : 3 200 euros d'un coup...
Paiement en quatre fois sans frais, ce qui m'assure d'être moins pris à la gorge que ce que je prévoyais.
Reste plus qu'à attendre les opérations de vérification et de maintenance de l'objet, qui justifient la garantie d'un an. J'ai hâte, j'ai hâte, j'ai hâte !!!
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Et puis ce soir, petit tour au théâtre. Je n'ai pas bien pu profiter de la pièce, j'ai eu un gros coup de barre, et j'ai pioncé 20 bonnes minutes (c'est-à-dire un bon tiers de la pièce). Très dommage parce que c'était super. C'était un monologue d'un zoreille qui raconte sa vie à la Réunion, avec en fond une femme qui a chanté (très bien) à plusieurs reprises. C'était non seulement très bien joué, mais aussi très intéressant et profond. C'était très axé sur la Réunion, mais ç'a fait écho à bien des choses que j'ai éprouvées au Mali : ça parlait de l'identité, du regard des autres, de la possibilité de continuer de se construire dans une terre qui n'est pas la sienne - où on te considère, par défaut, comme nécessairement de passage. Ca s'appelle Le Cadavre du Blanc.
Je vais essayer d'aller la revoir (en entier cette fois) dès que l'occasion va se représenter.
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Je me demande quelle place je vais trouver ici, moi qui suis, a priori, également de passage. Vais-je n'être qu'un "blanc" ?
Au Mali, bien des choses sont apparues dès mon premier séjour. Il est cependant clair que ce sont les retours qui ont fondé ma relation avec mes amis maliens. Le retour, en effet, est une sorte de preuve de l'attachement ; j'en avais un peu conscience, mais je l'ai pleinement réalisé avec cette pièce. Une installation, même longue, n'est la preuve de rien : elle peut n'être qu'une parenthèse au final non vite oubliée nécessairement, mais qui tient plutôt de l'expérience. Un retour, et plus encore des retours, cela tient de la suture entre des mondes, de l'interpénétration.
Pour le moment, je suis à Zamalia, et la situation est très différente même si j'ai probablement déjà commencé à abandonner mon cadavre de blanc. Le noeud est qu'ici, personne d'autre que moi ne le sait...
Mais pas de plan ou de fantasme sur l'avenir. Vivre d'abord. C'est bien assez.