Malgré tout ce que je vous raconte, je n'ai pas encore tout à fait réaliser que je suis à l'autre bout du monde. L'arrivée dans un lieu si différent et si neuf laisse planer une sensation de vacances, même si je bosse, et la plupart des "galères" dont je vous ai déjà fait part m'ont agacé sur le coup, mais pas trop atteint.
Jeudi a eu un goût différent.
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J'ai eu lundi la fille de la SIDR qui s'occupe de louer les appartements. Elle avait fait un pré-état des lieux, et m'a annoncé qu'il y avait des infiltrations dans l'appartement et qu'elle envisageait de faire faire des travaux avant de me laisser emménager.
J'ai bien tiqué car je commence à avoir vraiment envie de gagner mon indépendance, même si ça se passe très bien chez Christian et même si cette indépendance signifie aussi rencontrer moins systématiquement de nouvelles personnes. Elle prévoyait en effet de me laisser prendre l'appartement fin octobre seulement. Je lui ai laissé entendre que cela m'ennuyait beaucoup et que j'aimerais bien qu'on se débrouille autrement, quitte à ce que j'accueille moi-même les ouvriers. J'y ai repensé le soir, et j'ai voulu lui redire ça bien explicitement cette fois.
J'ai essayé de la recontacter mardi, mercredi, jeudi... Rien. In-joi-gna-ble !!
Après mon coup de fil et mon message de jeudi, je commençais à être bien découragé.
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C'est là que, pour me remonter le moral, j'ai appelé mon vendeur de voiture. Une semaine était passée depuis que j'avais fait mon paiement CB historiquement élevé : j'avais en tête de pouvoir la récupérer le jour-même (avec un peu de chance) ou au pire le samedi suivant. Le gars ne s'en est pas trop soucié, et me dit qu'il va voir.
Je le rappelle en début d'aprèm, et il m'annonce, avec son ton si particulier, qu'il y a eu un bog dans le garage : un papier devait venir du sud de l'établissement où était la voiture au départ, et il y a eu un cafouillage (chez les secrétaires, forcément, c'est pas de sa faute... la secrétaire est toujours le bouc émissaire idéal...). Bilan, la voiture vient à l'instant de partir faire son check-up.
Mais il va me fournir un véhicule jusqu'à ce que la voiture soit prête ("c'est bien la moindre des choses") et il faut que je passe à 16h30.
Je ne peux pas dire que je suis très content, mais bon, au moins je vais pouvoir être un peu indépendant.
Je me pointe donc chez le concessionnaire à l'heure dite et je poireaute un peu.
Mon gars me prend en charge et m'emmène dans la maison mère. Le permis ? Je sors mon attestation de perte. Ca commence mal : pas de signature de la préfecture. J'hallucine un peu : le papier est ok pour des flics et ne leur irait pas ? Il faut l'accord de monsieur untel. Ca prend une plombe, mais il est ok, c'est déjà ça. J'essaie de savoir ce qu'ils reprochent à ce papier, vu qu'il n'y a même pas de place pour un visa de la préfecture. Mon gars est tout gêné, et me sort une espèce d'histoire abracadabrantesque facile à démonter... Je pense qu'il est de bonne foi, mais il est très mal à l'aise dans un rôle de porte-parole d'une administration dont je n'oserais pas dire qu'elle est kafkaïenne, mais c'est tout juste, et qui le coince face à moi. La caution ? Je n'ai pas encore de carnet de chèque, donc il faut la faire à la CB. Sauf que j'ai déjà tellement dépensé que ça ne passe pas... Je me décompose. Déjà, c'est pas très agréable de voir son moyen de paiement refusé (genre : il ne serait pas un peu délinquant, ce petit gars aux cheveux en bataille ?), et je vois la perspective d'indépendance s'éloigner... Mon petit gars y met du sien : "il a quand même déjà versé 3 800 euros ici" (il enrobe un peu, j'ai donné un peu moins...). "oui, mais on a déjà vu des cas..." Et si je reviens avec quelqu'un qui se porte caution ? Le gars des thunes n'est pas chaud... "à voir..."
Comme le délai de remise prévu n'est pas à terme, je n'ose pas gueuler. D'autant qu'avec tout ça, il est déjà tard et il ne reste plus grand monde dans le bâtiment pour faire mon scandale.
Mais c'est surtout que je n'ai plus de peps. Toutes ces difficultés imprévues alors que tout était (enfin) sur les rails m'ont coupé les jambes : je suis sans force. Je suis devant le château et je ne peux pas entrer.
Mon gars me ramène en caisse à la DR ; j'aurais mis une plombe à rentrer, je pense.
J'évacue les affaires courantes et vais voir Christian pour qu'on se casse vite. J'ai envie de rien, si ce n'est d'être dans mon coin...
Mais...
...plus de Christian, plus de voiture...
Il est parti à son cours de théâtre en m'oubliant.
Journée de merde !!!!!!!!
Je rentre comme une âme en peine à la case. Et je me mets dans un coin avec un peu de musique. Arrive Florence, puis Christian. Rapides. Je ne les suis pas à l'anniversaire de Christine.
La musique me fait du bien. Et aussi le coup de fil à Nico, même si on ne reste pas des plombes. Je m'apaise petit à petit, et j'ai digéré le choc en quelques heures.
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A ces instants-là, j'ai réalisé que j'étais vraiment loin. Je n'aime pas trop aller pleurnicher chez les gens quand il m'arrive des merdes, mais c'est rassurant d'avoir cette possibilité.
Là, j'ai vraiment réalisé physiquement l'éloignement : personne pour me faire un calin et me dire "va, ça va aller". Personne pour me dire "tout bas les mots des pauvres gens : Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid...".
En fait, même quand on s'y est préparé, même quand on est un petit dur qui n'encaisse pas si mal et que ça ne dure pas longtemps, ce sentiment-là, ce sentiment d'esseulement, c'est dur et ça fait mal.
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Bilan "voiture". Si la bagnole n'est pas prête mardi, je pense que je tape un sandale, cette fois, puisque le délai sera arrivé à terme. Je m'y prendrai tôt, en appelant lundi mon gars pour qu'il soit préparé. Dans l'hypothèse où je n'aurais pas la voiture ce jour-là, s'ils ne m'en refilent pas une (et hors de question que je donne une quelconque caution), je pense que je casserai le contrat - j'en ai le droit tant que la voiture n'est pas livrée, c'est écrit dedans - et j'exigerai d'être remboursé immédiatement ; je prendrai une voiture en loc, et j'aviserai.
Question de principe. En fait, j'ai la colère froide : je leur en veux d'avoir réussi à me faire mal.
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