Un petit post plus terre-à-terre.
Se délocaliser au loin, ce n'est pas toujours évident, surtout quand on a rien préparé.
J'avais lu deux/trois trucs sur l'île avant de venir, mais je n'avais pas réalisé tout ce qui allait m'attendre ici. Certes, Zamalia, c'est la France, mais pas tout à fait la même France que la métropole, et en tout cas, pas du tout la même France que Paris.
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Le grand truc à régler (et qui ne l'est toujours pas, même si je pense que je tiens le bon bout), ce sont les histoires de sous. J'avais en tête que la Banque Postale, c'était un truc super et bien maillé sur tout le territoire. Eh bien non !! Ici (tout au moins le bureau de la Rivière des Pluies), il n'y a pas de connexion avec la métropole, et tout doit se gérer par courrier et par téléphone avec le Centre financier. J'ai débarqué avec une carte bleue en toute fin de vie et sans chéquier : c'est une grosse galère. Déjà, il faut trouver un bureau de poste : ça change de Paris, il n'y en a pas à tous les coins de rue, et il faut tomber dans les horaires d'ouverture (c'est un défi en soi). En me levant de bon matin (6h...), j'ai réussi à entrer dans le bureau de poste pas trop loin de chez Christian. J'étais content, j'avais connu deux échecs (loose sur les horaires, puis "fermeture exceptionnelle"), mais j'ai déchanté à ma première question : pouvoir consulter mon CCP. Ca ne m'avait pas semblé saugrenue, mais il est vrai que pour ça, il faut un ordinateur connecté au réseau postal... Et il paraît que ça n'existe pas ici... Et évidemment, toutes les demandes plus compliquées que je voulais faire sont tombées à l'eau (faire des choses directement, comme recevoir ma CB, des chéquiers, passer à la gestion de compte par internet...). J'étais desespéré !! A tel point que je me suis un peu planté pour la seule chose possible (rediriger le courrier), en mettant "rue du plateau" au lieu de "chemin du plateau"... :-S J'espère que l'erreur est mineure et que le facteur trouvera le chemin de la boîte à lettres ; je referai ça mieux quand j'aurai ma vraie maison... J'appelle le Centre financier en fin de matinée (décalage horaire), et forcément, ils ne veulent pas de fax, mais seulement des courriers... C'est la fête !!
Moralité : on n'improvise pas un changement d'adresses et les formalités financières quand on sort de métropole.
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A côté des problèmes financiers, il faut aussi se trouver une maison et une voiture.
La voiture, c'est nécessaire car les transports en commun, c'est pas byzance. Je pensais me trouver une occasion sympa (carrosserie minable et bon moteur) pour pas cher. Erreur là aussi. Stéphanie et Claudine m'ont ri au nez dès le premier jour quand je leur ai dit ça. Paraît qu'il faut changer de perspective pour s'intégrer... De fait, je n'avais visiblement aucune chance de trouver mon bonheur ici. De base, les voitures sont en moyenne 30% plus chères ici qu'en métropole ; le plan, en fait, c'est d'acheter une voiture là-bas, et de la faire arriver par bateau ensuite... Il paraitrait qu'on y gagne. Là non plus, il n'aurait peut-être pas fallu improviser. J'ai pris un après-midi pour chercher mon bonheur ; je suis passé chez les vendeurs d'occasions (bof, bof, et pas si donné que ça) et je suis tombé finalement chez le concessionnaire Citroën. Mon choix final, c'est une C4 d'occasion que je vais prendre directement là-bas. Je casse un peu la tirelire pour ça, mais bon... Ca devrait le faire. J'ai fait des petits essais, et je dois voir la "vraie" (qui était dans le sud) demain pour voir si elle me convient bien. Encore quelques jours pour tout vérifier (et justifier l'année de garantie), et j'aurai mon véhicule.
L'affaire est donc presque dans le sac ; le tout est, bien sûr, que je reçoive un moyen de paiement au moment de passer à la caisse (dans deux jours, je n'ai plus rien du tout !!!).
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Et puis il y a le logement. Je pensais que ça allait être simple. Une (demie) erreur de plus. En effet, ce n'est pas parce qu'il y a plein d'annonces en juillet et en août qu'il y en a autant à la mi-septembre !! Le marché est saisonnier... Plus beaucoup de choses, donc, mais également difficultés pour y accéder. Christian avait beau être gentil de me prêter sa voiture, il fallait ensuite trouver le lieu... ...ce qui n'est pas si simple quand les seules cartes disponibles (ou presque) sont celles du centre de Saint-Denis. Trouver une rue à Domenjod, Sainte-Clotilde ou la Bretagne (etc.) qui en sont les quartiers périphériques, c'est une autre paire de manche. Les deux premiers appartements que j'ai visités ont été une caricature. La "rue" de Nèfles n'a en effet aucun rapport avec la "route" du même nom et le quartier du même nom ; en soi, cela n'a rien d'exceptionnel, si ce n'est que personne (ni même google, c'est dire...) n'avait jamais entendu parler de la rue. Je rappelle l'agence, elle me donne le quartier, je me crois sauvé. Mais non !! J'ai erré une bonne demie heure, j'ai demandé aux gens, je suis même passé par cette rue... Inconnue au bataillon !! Un petit commerçant m'a finalement sauvé ("je crois que c'est..."; et il croyait bien !!). C'étaient des appartements climatisés, sympas et neufs ; le duplex en particulier, bien que pas super grand (pour ici !! il faisait quand même presque 60 m²) me plaisait bien. Mais l'immeuble était franchement près du boulevard sud, et construit en métal et en plâtre. Il paraitrait que c'est pas mal, mais bon, je ne pouvais pas accrocher mon hamac sur ces murs !!
Je prends mon courage à deux mains le week-end suivant, et mise plutôt sur le journal papier que sur l'internet. Le samedi, rendez-vous directement pris du matin pour l'après-midi. Le gars est incapable de me donner l'adresse (ça commence bien), et m'explique les rues, les virages et les ronds points pour venir. Ca finit par "juste après le temple tamoul, vous voyez une impasse avec le chiffre 17 dessus : c'est là". Finalement, les explications étaient efficaces, je ne me plante pas. Je poireaute plus d'une demie heure (j'appelle et le gendre me répond : "je suis en route, il y a eu quelques soucis de voiture à la maison, je suis là dans cinq minutes") ; effectivement, il est là cinq minutes après pour me dire : "il faut que j'aille chercher les clefs, c'est à côté, je fais l'aller et retour". En tout, un peu plus de trois quarts d'heure d'attente dans l'impasse n°17. Mais ce n'est pas désagréable, cet immeuble semble assez mélangé (des blacks, des blancs, des indiens). L'appartement est tout en haut ; j'ai bon espoir qu'il y ait de la vue... La vue est le seul atout de l'appartement. Deux chambres gigantesques, une cuisine un peu pourrie, et une toute petite pièce à vivre... Pas de clim, bien sûr, et pas d'isolation sur le plafond alors qu'on est sous le toit ("mais il suffit de faire un courant d'air ! d'ailleurs, ma belle-soeur a habité dans l'appartement d'à côté, blablablablabla"). Je reviens un peu dèg à la case. Je repasse des coups de fil ("ah désolé(e), déjà pris") et je suis de plus en plus vert...
Le dernier coup de fil me redonne un peu de peps. J'ai un bon feeling avec le gars, la conversation est sympa : je peux visiter l'appartement le lendemain midi, mais il n'est libre qu'à la mi octobre (il a donné tard son préavis et cherche un locataire pour pouvoir partir plus tôt). Là, encore, j'ai droit à une description du chemin plutôt qu'à une adresse, qui arrivera quand même à la fin de l'explication.
Visite le dimanche, je suis emballé : enfin un appartement vraiment bien !!! Un F3 en duplex de 80 m², avec une pièce à vivre qui ressemble vraiment à quelque chose (30 m², peut-être même un peu plus), un balcon dans la chambre climatisée, et deux grandes terrasses autour de la chambre à l'étage. L'effet est d'autant plus positif qu'il est meublé avec goût. Le gars me donne les références pour appeler. J'appelle le lundi, je galère pour avoir la fille au téléphone. Elle me dit de passer voir un type avec une liste de papiers. Je réunis presque tout (je n'arrive pas à remettre la main sur mon avis d'imposition), mais passe quand même le voir dès le mardi pour ne pas louper l'occasion. Il est gentil, mais me rembarre : il prendra les papiers quand j'aurai tout, et commence à me dire que sa société (qui fait plutôt du logement social), même si ce logement est "tout public" pourrait préférer mettre dans ce grand appartement d'autres qu'un célibataire comme moi ; et il commence à me parler des F2 qu'il a aussi à disposition. Gasp ! Pourquoi ne pas lui avoir dit que j'étais maqué ? Vais-je louper cette super opportunité ?
Je repasse à la case, mets toutes mes affaires sans dessus dessous pour trouver l'avis d'imposition... Rien n'y fait !! Coup de bol, deux neurones se connectent : l'internet !! L'administration est quand même bien faite, je peux télécharger le papier puisque j'ai fait mes dernières déclarations en ligne !! Je croise les doigts toute la journée en espérant que personne ne me passera devant... Retour chez le gars le lendemain. Il accepte tout et me recontactera "au plus tard en début de semaine prochaine"... Il ne me reparle pas des F2, mais je ne suis pas serein...
Coup de téléphone le lendemain matin, il laisse un message : c'est OK !!!!
Encore trois semaines à être en dépendance chez Christian, mais il y a une jolie carotte au bout de l'attente !!