lundi 29 septembre 2008

Faire ses courses : galère en plusieurs sens

Autre changement : la façon de faire ses courses.
Ici, pas "d'arabes du coin", et pas de supermarchés comme le monop' de Voltaire ou le Franprix de la rue Servan.
Ici, ce sont des "grandes" surfaces.
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L'autre soir, j'ai voulu faire les courses comme un grand pour pouvoir faire un peu de cuisine, et ne pas être toujours à charge. J'ai emprunté la voiture de Christian qui restait à bosser à la DR pour aller au Carrefour puisque j'en avais repéré le chemin.
Déjà, le parking est immense, et il faut arcander pour trouver une place pas trop loin de l'entrée.
Ensuite, il faut se trouver un chariot qui roule bien (cet ustensil là, ça fait aussi longtemps que je n'avais pas eu à l'utiliser...), mettre sa pièce et tout.
Puis, il faut traverser une galerie marchande à ciel ouvert avec une belle quantité de magasin.
Et là, on accède enfin à la "grande" surface. Peut-être est-ce la perte d'habitude, mais je ne me souviens pas d'avoir vu avant un endroit qui portait si bien ce nom : j'ai été presque pris de vertige en entrant là-dedans. C'est démesuré, et il y a de quoi se perdre.
J'ai pris à gauche pour aller vers la nourriture (à droite, c'est "le reste"), et j'ai décidé de faire tous les rayons les uns après les autres pour ne rien oublier. C'est en soi une randonnée, qui est assez technique puisqu'il faut aussi être un pro du slalom (c'est grand, mais c'est complètement rempli de gens !!!!).
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J'ai commencé un peu mécaniquement à mettre des choses dans mon chariot ; et puis j'ai regardé les prix. Autre moment de vertige : pas moins cher (c'est le moins que je puisse dire) que dans ma petite épicerie !! Là me reviennent en mémoire quelques conversations que j'avais eues dans la rue ou à la poste : tout devient cher... ..."même le riz" ! J'avais gardé de Guyane l'idée que c'étaient les produits type "métropole" (le fromage, la charcuterie) qui étaient chers. Là non, même les produits de base sont hors de prix ("même le riz").
C'est assez effrayant. Avec ma surrémunération, je ne me fais de souci pour moi, mais je me demande bien comment des gens avec peu de fric peuvent s'en sortir.

dimanche 28 septembre 2008

La banque, la voiture, l'appartement

Un petit post plus terre-à-terre.
Se délocaliser au loin, ce n'est pas toujours évident, surtout quand on a rien préparé.
J'avais lu deux/trois trucs sur l'île avant de venir, mais je n'avais pas réalisé tout ce qui allait m'attendre ici. Certes, Zamalia, c'est la France, mais pas tout à fait la même France que la métropole, et en tout cas, pas du tout la même France que Paris.
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Le grand truc à régler (et qui ne l'est toujours pas, même si je pense que je tiens le bon bout), ce sont les histoires de sous. J'avais en tête que la Banque Postale, c'était un truc super et bien maillé sur tout le territoire. Eh bien non !! Ici (tout au moins le bureau de la Rivière des Pluies), il n'y a pas de connexion avec la métropole, et tout doit se gérer par courrier et par téléphone avec le Centre financier. J'ai débarqué avec une carte bleue en toute fin de vie et sans chéquier : c'est une grosse galère. Déjà, il faut trouver un bureau de poste : ça change de Paris, il n'y en a pas à tous les coins de rue, et il faut tomber dans les horaires d'ouverture (c'est un défi en soi). En me levant de bon matin (6h...), j'ai réussi à entrer dans le bureau de poste pas trop loin de chez Christian. J'étais content, j'avais connu deux échecs (loose sur les horaires, puis "fermeture exceptionnelle"), mais j'ai déchanté à ma première question : pouvoir consulter mon CCP. Ca ne m'avait pas semblé saugrenue, mais il est vrai que pour ça, il faut un ordinateur connecté au réseau postal... Et il paraît que ça n'existe pas ici... Et évidemment, toutes les demandes plus compliquées que je voulais faire sont tombées à l'eau (faire des choses directement, comme recevoir ma CB, des chéquiers, passer à la gestion de compte par internet...). J'étais desespéré !! A tel point que je me suis un peu planté pour la seule chose possible (rediriger le courrier), en mettant "rue du plateau" au lieu de "chemin du plateau"... :-S J'espère que l'erreur est mineure et que le facteur trouvera le chemin de la boîte à lettres ; je referai ça mieux quand j'aurai ma vraie maison... J'appelle le Centre financier en fin de matinée (décalage horaire), et forcément, ils ne veulent pas de fax, mais seulement des courriers... C'est la fête !!
Moralité : on n'improvise pas un changement d'adresses et les formalités financières quand on sort de métropole.
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A côté des problèmes financiers, il faut aussi se trouver une maison et une voiture.
La voiture, c'est nécessaire car les transports en commun, c'est pas byzance. Je pensais me trouver une occasion sympa (carrosserie minable et bon moteur) pour pas cher. Erreur là aussi. Stéphanie et Claudine m'ont ri au nez dès le premier jour quand je leur ai dit ça. Paraît qu'il faut changer de perspective pour s'intégrer... De fait, je n'avais visiblement aucune chance de trouver mon bonheur ici. De base, les voitures sont en moyenne 30% plus chères ici qu'en métropole ; le plan, en fait, c'est d'acheter une voiture là-bas, et de la faire arriver par bateau ensuite... Il paraitrait qu'on y gagne. Là non plus, il n'aurait peut-être pas fallu improviser. J'ai pris un après-midi pour chercher mon bonheur ; je suis passé chez les vendeurs d'occasions (bof, bof, et pas si donné que ça) et je suis tombé finalement chez le concessionnaire Citroën. Mon choix final, c'est une C4 d'occasion que je vais prendre directement là-bas. Je casse un peu la tirelire pour ça, mais bon... Ca devrait le faire. J'ai fait des petits essais, et je dois voir la "vraie" (qui était dans le sud) demain pour voir si elle me convient bien. Encore quelques jours pour tout vérifier (et justifier l'année de garantie), et j'aurai mon véhicule.
L'affaire est donc presque dans le sac ; le tout est, bien sûr, que je reçoive un moyen de paiement au moment de passer à la caisse (dans deux jours, je n'ai plus rien du tout !!!).
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Et puis il y a le logement. Je pensais que ça allait être simple. Une (demie) erreur de plus. En effet, ce n'est pas parce qu'il y a plein d'annonces en juillet et en août qu'il y en a autant à la mi-septembre !! Le marché est saisonnier... Plus beaucoup de choses, donc, mais également difficultés pour y accéder. Christian avait beau être gentil de me prêter sa voiture, il fallait ensuite trouver le lieu... ...ce qui n'est pas si simple quand les seules cartes disponibles (ou presque) sont celles du centre de Saint-Denis. Trouver une rue à Domenjod, Sainte-Clotilde ou la Bretagne (etc.) qui en sont les quartiers périphériques, c'est une autre paire de manche. Les deux premiers appartements que j'ai visités ont été une caricature. La "rue" de Nèfles n'a en effet aucun rapport avec la "route" du même nom et le quartier du même nom ; en soi, cela n'a rien d'exceptionnel, si ce n'est que personne (ni même google, c'est dire...) n'avait jamais entendu parler de la rue. Je rappelle l'agence, elle me donne le quartier, je me crois sauvé. Mais non !! J'ai erré une bonne demie heure, j'ai demandé aux gens, je suis même passé par cette rue... Inconnue au bataillon !! Un petit commerçant m'a finalement sauvé ("je crois que c'est..."; et il croyait bien !!). C'étaient des appartements climatisés, sympas et neufs ; le duplex en particulier, bien que pas super grand (pour ici !! il faisait quand même presque 60 m²) me plaisait bien. Mais l'immeuble était franchement près du boulevard sud, et construit en métal et en plâtre. Il paraitrait que c'est pas mal, mais bon, je ne pouvais pas accrocher mon hamac sur ces murs !!
Je prends mon courage à deux mains le week-end suivant, et mise plutôt sur le journal papier que sur l'internet. Le samedi, rendez-vous directement pris du matin pour l'après-midi. Le gars est incapable de me donner l'adresse (ça commence bien), et m'explique les rues, les virages et les ronds points pour venir. Ca finit par "juste après le temple tamoul, vous voyez une impasse avec le chiffre 17 dessus : c'est là". Finalement, les explications étaient efficaces, je ne me plante pas. Je poireaute plus d'une demie heure (j'appelle et le gendre me répond : "je suis en route, il y a eu quelques soucis de voiture à la maison, je suis là dans cinq minutes") ; effectivement, il est là cinq minutes après pour me dire : "il faut que j'aille chercher les clefs, c'est à côté, je fais l'aller et retour". En tout, un peu plus de trois quarts d'heure d'attente dans l'impasse n°17. Mais ce n'est pas désagréable, cet immeuble semble assez mélangé (des blacks, des blancs, des indiens). L'appartement est tout en haut ; j'ai bon espoir qu'il y ait de la vue... La vue est le seul atout de l'appartement. Deux chambres gigantesques, une cuisine un peu pourrie, et une toute petite pièce à vivre... Pas de clim, bien sûr, et pas d'isolation sur le plafond alors qu'on est sous le toit ("mais il suffit de faire un courant d'air ! d'ailleurs, ma belle-soeur a habité dans l'appartement d'à côté, blablablablabla"). Je reviens un peu dèg à la case. Je repasse des coups de fil ("ah désolé(e), déjà pris") et je suis de plus en plus vert...
Le dernier coup de fil me redonne un peu de peps. J'ai un bon feeling avec le gars, la conversation est sympa : je peux visiter l'appartement le lendemain midi, mais il n'est libre qu'à la mi octobre (il a donné tard son préavis et cherche un locataire pour pouvoir partir plus tôt). Là, encore, j'ai droit à une description du chemin plutôt qu'à une adresse, qui arrivera quand même à la fin de l'explication.
Visite le dimanche, je suis emballé : enfin un appartement vraiment bien !!! Un F3 en duplex de 80 m², avec une pièce à vivre qui ressemble vraiment à quelque chose (30 m², peut-être même un peu plus), un balcon dans la chambre climatisée, et deux grandes terrasses autour de la chambre à l'étage. L'effet est d'autant plus positif qu'il est meublé avec goût. Le gars me donne les références pour appeler. J'appelle le lundi, je galère pour avoir la fille au téléphone. Elle me dit de passer voir un type avec une liste de papiers. Je réunis presque tout (je n'arrive pas à remettre la main sur mon avis d'imposition), mais passe quand même le voir dès le mardi pour ne pas louper l'occasion. Il est gentil, mais me rembarre : il prendra les papiers quand j'aurai tout, et commence à me dire que sa société (qui fait plutôt du logement social), même si ce logement est "tout public" pourrait préférer mettre dans ce grand appartement d'autres qu'un célibataire comme moi ; et il commence à me parler des F2 qu'il a aussi à disposition. Gasp ! Pourquoi ne pas lui avoir dit que j'étais maqué ? Vais-je louper cette super opportunité ?
Je repasse à la case, mets toutes mes affaires sans dessus dessous pour trouver l'avis d'imposition... Rien n'y fait !! Coup de bol, deux neurones se connectent : l'internet !! L'administration est quand même bien faite, je peux télécharger le papier puisque j'ai fait mes dernières déclarations en ligne !! Je croise les doigts toute la journée en espérant que personne ne me passera devant... Retour chez le gars le lendemain. Il accepte tout et me recontactera "au plus tard en début de semaine prochaine"... Il ne me reparle pas des F2, mais je ne suis pas serein...
Coup de téléphone le lendemain matin, il laisse un message : c'est OK !!!!
Encore trois semaines à être en dépendance chez Christian, mais il y a une jolie carotte au bout de l'attente !!

Le soleil, la pluie, la plage

Il ne faut croire que la direction "sud" est forcément synonyme de soleil radieux et de chaleur féroce.
A Zamalia, où on recense plus de deux cents climats différents, le soleil n'est pas toujours au rendez-vous. Grosso modo, si j'ai bien compris, ouest égale soleil (côte "sous le vent") et est égale pluie (côte "au vent"). Ce balancement est censé être modulé à la marge par les deux saisons : l'été et l'hiver. Il y a aussi la saison des cyclones, qui peut donner de la pluie partout.
Question pluie, en toute généralité, il paraît que la Réunion est particulièrement servie : des records mondiaux de pluviométrie sont battus ici pour des périodes comprises entre douze heures et deux semaines (genre 10/12 mètres dans l'année dans certaines zones).
Hop, une petite carte pour vous montrer tout ça :
Il faut compter aussi avec l'altitude : on distingue ici les "hauts" et les "bas". Dans les hauts, il fait froid et dans les bas, il fait chaud. Et ce froid des hauts est un vrai froid, pas une simple fraicheur sympathique, mais un froid où on est bien content d'avoir sa couette.
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Je n'ai pas encore tout expérimenté (on y reviendra le moment venu), mais l'idée c'est que dans les bas de l'ouest, il fait chaud et beau, dans les hauts de l'est, froid et moche, dans les hauts de l'ouest, froid et beau, et dans les bas de l'est, chaud et moche.
A Saint-Denis, on est plein nord, c'est-à-dire au milieu de l'ouest et de l'est (à la louche, on est un peu décalé vers la gauche) : le temps n'est donc pas franchement défini : les matins sont lumineux, les après-midi un peu couverts, et les nuits pluvieuses et fraiches (pour l'instant du moins).
Ce n'est donc pas le cagnard (ouf !), et ça permet d'observer régulièrement de très beaux arc-en-ciel. Je ne me souviens pas d'en avoir vus si souvent métropole, mais j'en ai déjà vus trois en trois semaines, c'est une bonne moyenne. Faut quand même avouer que c'est un super spectacle : le premier, vu du toit de la DR, était le plus parfait, avec un pied dans la mer et un autre dans la montagne. La nature, c'est quand même pas mal foutu !! :-))
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Un truc bien fait de l'île, c'est que les plages sont sur la côte sous le vent (baignade interdite à Saint-Denis). A trente bornes (compter les embouteillages, surtout au retour, c'est pas immédiat quand même), c'est la mer, la vraie.
Ma première plage, c'était Boucan-Canot (prononcer "canotte"). Autant dire que c'est la côte d'azur sur l'Océan indien. Filles alanguies en bikini sexy, beaux gosses musculés qui jouent au volley... Tout ce beau monde bien bronzé... Lire Closer sur cette plage, et on passe tout de suite pour un intellectuel !!
La seconde plage, c'était les roches noires à Saint-Gilles. Il y a des coins super chéros, là : les riches (qui sont franchement riches) de la Réunion ont des baraques de folie, avec des vues d'enfer sur la mer. Saint-Gilles est aussi connu pour être "zoreilles-land" (lire : le bled des métropolitains de passage). Malgré tout ça, la plage était un peu moins m'as-tu-vu, j'ai préféré (insister quand même sur le "un peu moins").
Bilan : faut encore que je me rencarde comme il faut pour me trouver "mon coin", car, quand même, pioncer sur le sable sous le soleil caressant entre deux ploufs, c'est un plaisir que j'avais un peu oublié à Paris... Les vacances, ça peut être tous les week-ends !!

samedi 27 septembre 2008

Zamalia, comment ça marche ?

Ici, on est sur une île, ce qui veut dire qu'on est cerné de toute part par la mer.
2 500 km², c'est équivalent, à la louche, à un carré de 50 kms de côté, ou encore à un disque de 28 kms de rayon. Les comparaisons géométriques sont cependant un peu limitées car, en fait, l'île a un peu la forme d'une patate.
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On peut se dire que c'est petit, mais je ne m'en suis pas encore vraiment aperçu.
La géographie et l'urbanisme sont d'une grande aide pour ça. On ne peut pas trop passer par le milieu car il y a des montagnes (en vrai, ce sont des volcans, mais heureusement, yen a plus qu'un seul en état de marche), et il y a des embouteillages ENORMES sur la route littorale (qu'on identifie ici comme "la route la plus chère du monde" car il y pleut régulièrement des pierres ce qui a tendance à trouer l'asphalte - et quelques fois les voitures qui s'y trouvent).
L'embouteillage est en fait une constante de la vie ici. A chaque fois que j'ai conduit, il me semble, j'ai rencontré au moins une fois un embouteillage sur le parcours. C'est un peu pénible, mais, en revanche, les gens sont cools au milieu de cette circulation dense : on te laisse passer sur le rond-point, on freine pour laisser passer les piétons, on s'arrête pour laisser passer les gens arrêtés au stop (??), on ne klaxonne pas (paraît que c'est malpoli).
La voiture est un élément important de la vie du réunionnais. Le parc automobile est rutilant. Il y a de la frime là-dedans (beaucoup de coupés, de décapotables, quelques ferraris et porsches...), mais c'est aussi assez nécessaire : on est rapidement sur des routes en lacets, et il faut une motorisation un peu conséquente pour monter certaines côtes.
Bref, Zamalia, ça roule (même si parfois au pas) plus que ça ne marche.
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Je vous incruste une petite carte pour qu'on ne se perde pas dans l'ïle (conseil : cliquer sur le dessin pour y voir quelque chose). Moi, j'habite tout en haut :

C'est bel et bien un patatoïde, et vous pouvez remarquer qu'on y habite bien sur les côtés et pas dans le milieu. Dans le milieu, je l'ai écrit plus haut, il y a des volcans et on n'y passe pas trop en voiture, ce qui contribue aux embouteillages sur le littoral. Administrativement, la Réunion, c'est 4 arrondissements, 24 communes, 49 cantons, 130 mairies annexes, 344 IRIS, et 9815 îlots.

Vous pouvez admirer le relief sur cette deuxième carte : le bleu représente, de fait, les zones habitables et roulables :

En bas à gauche, c'est le piton de la fournaise. C'est le volcan actif. Il a d'ailleurs décidé ces jours-ci de vomir un petit peu, on a entendu ça à la télé. On ne peut rien voir encore car il n'a pas débordé de son bassin, et c'est "rigoureusement interdit" d'aller voir (il y a une différence ici entre "interdit" et "très interdit", ce sera le sujet d'un prochain post). On a de la chance, notre volcan est pépère : il vomit, mais il ne crache pas rageusement. Il a du coup la bonne idée de ne pas être trop dangereux par rapport à d'autres, et de gentiment agrandir l'île quand il se réveille (quel patriote !).

Première semaine : découverte de la DR

Il faut se lever tôt ici : 7h et quelques pour être arrivé vers les 8h30 sur les lieux.
Gasp !! Ca change du rythme parisien !! Symboliquement, émerger du sommeil du juste (!) avant 8h, c'est un cap !
En même temps, il faut bien réaliser qu'ici, ce sont surtout les matinées qui sont belles. La géographie particullière de l'ïle (j'y reviendrai plus tard) implique une multitude climats très différents. Saint-Denis, c'est dans le nord, et ce n'est pas le climat le plus clément (je m'en étais rendu compte dès le début du week-end : trois jours, trois grains sur le coin de la figure... je n'avais pas tout à fait réalisé ça, en faisant mes bagages...). Ce n'est pas non plus le climat le plus pourri (on n'est pas dans l'est). Toujours est-il qu'ici, les matinées sont très belles, pendant l'après-midi, si l'atmosphère reste lumineuse, les nuages descendent sur la montagne. C'est d'ailleurs un très joli spectacle de voir les sommets qui se perdent dans la brume.
Et puis, il faut bien avouer que ce serait dommage de louper le petit déjeuner face à la mer !!
(photos à l'appui dès que j'aurai trouvé "le" câble pour relier le téléphone à l'ordinateur...)
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Retour à la DR...
Le bâtiment me fait étrangement penser au SR de Guyane... Le même architecte a peut-être sévi dans les deux endroits. Enfin bon, c'est pas moche, faut pas déconner non plus.
Dès l'arrivée, on monte au 3e, à la "salle de détente", pour prendre un café. Cette pièce s'ouvre sur une grande terrasse, d'où on peut voir la mer, c'est très sympa.
Je rencontre Stéphanie et Claudine, ma petite équipe à moi :-) Le contact passe tout de suite, c'est cool. Claudine vient de passer sept ans en Guadeloupe, trouve qu'il fait froid, et m'appelle "chef" ; ça me fait un peu bizarre ; le plus bizarre, en fait, c'est quand elle m'a apporté une feuille de congés à signer...
Et puis on me présente plein d'autres personnes, je ne retiens pas la moitié des prénoms ; je suis pris en charge par Marie-France, une petite blonde particulière mais sympathique qui me raconte plein de choses en se perdant dans les détails et en passant du coq à l'âne. Je suis un peu noyé, mais bon, je fais des sourires. Passage obligé par le bureau du directeur : j'en avais un souvenir un peu moyen (après tout, je ne l'avais eu en face à face qu'une fois dans ma vie, quand il m'avait convoqué à l'école pour me dire que si je continuais à sécher, j'allais avoir des retenues sur salaire...), mais il n'est pas désagréable. Je ne sais pas ce que ça va donner avec mon propre chef direct, dont je n'ai entendu que du bien à la DARES et un jugement plus mitigé à la DR... On verra : la hiérarchie m'a toujours un peu mis mal à l'aise, mais ça se passe bien avec moi pour l'instant, et je n'ai aucunement l'intention que ça se passe mal... Et enfin il y a aussi celui qui a visiblement tout vu, tout fait, tout compris et qui t'explique ça dans le détail. J'en avais entendu parlé en métropole, mais c'était en dessous de la réalité...
Dans l'ensemble, j'apprécie plutôt les gens.
La délocalisation à Metz est un sujet de conversation majeure, et je me fais déjà assez pote avec les syndicalistes, Claire et Bruno. Avec eux, ça passe vraiment tout de suite.
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Stéphanie est non seulement une fille super, mais aussi un super atout ; je suis persuadé que c'est quelqu'un de confiance (ce qui est confirmé par l'amitié entre elle et Christian) et elle me donne petit à petit quelques clefs pour comprendre la nébuleuse de la DR et de la DIRAG, tous ces gens qui se connaissent depuis longtemps, entre lesquels il y a des contentieux tabous... C'est pas simple, on dirait une grande famille avec ces histoires internes compliquées.
Je comprends assez vite que je dois marcher sur des oeufs, personnellement et professionnellement. On verra si mes capacités diplomatiques sont suffisamment développées.

Dimanche 7 septembre 2008 : deuxième jour

Nuit de treize heures. Je n'ai pas accompagné Christian au Temple. Je n'ai pas réussi à émerger à l'heure dite : trop de sommeil à rattraper. C'est en fait assez dommage, car c'était la cérémonie d'installation du nouveau pasteur, ce qui avait toutes les chances d'être intéressant !!
L'après-midi est gentil, rien à signaler, je prends le temps : le toute est d'être prêt pour la sortie du soir. On part en effet manger chez des amis de Christian, avec Monsieur le Nouveau Pasteur et Madame.
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C'est une soirée particulière et intéressante. Nous sommes une dizaine autour de la table, et je me trouve placé juste à côté de Thibaut, le centre de l'activité protestante du moment. C'est un peu le hasard, mais c'est la classe.
Je ne prends pas part à l'essentiel de la conversation au début. Ca parle métropole vs DOM, les prix, les mentalités, dans une liste à la Prévert genre "on s'y connaît" que je n'aime pas trop trop. En fait, c'est surtout une façon de discuter sans trop y toucher, entre personnes qui se connaissent peu voire pas. On parle aussi un peu de la délocalisation à Metz. Mais petit à petit, la conversation se détend et devient agréable. On mange bien ; on boit peu. Christian avait apporté deux bouteilles et il est difficile de les finir malgré le nombre de convives (j'y mets du coeur, mais, seul, c'est difficile en ne passant pas pour un pochetron...)
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Ce que j'ai préféré, c'est la discussion avec Thibaut. C'est un type étonnant : cheveux longs, boucle d'oreille, motard avec un cuir... Il parle à bon escient, et dit des choses profondes avec un accent du nord très prononcé. Il est tout en décalages, j'aime beaucoup. On a aussi beaucoup parlé moto ; c'est le premier qui me dit vraiment explicitement que j'ai raison de vouloir passer mon permis avant de conduire un deux roues motorisé, en ne commençant pas par une 125. "En moto, tous les réflexes naturels sont mauvais" Ca fait réfléchir !!!
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La femme de Thibaut nous interrompt ("on va peut-être y aller, non ?"). Je me tourne vers Christian et effectivement, il est temps d'y aller : ces yeux sont deux fentes, et on dirait qu'il va tomber de sa chaise : la fatigue profonde est là !!!
On ne s'éternise pas, et le chemin du retour m'apporte ma troisième découverte : la montagne de nuit. C'est un spectacle magique. Elle se met à ressembler à un ciel constellé descendu sur terre. Cela me rappelle les survols de ville pendant la nuit, comme quand on était revenu du Mali avec Selim et Elodie : Alger, Marseille, Paris de nuit, c'était tellement beau !! Je pensais vouloir habiter quelque part avec une vue sur la mer, mais je réalise à cette occasion que la vue sur la montagne la vaut bien.
Couché sans retard : les vacances n'ont duré qu'un week-end, et il faut aller bosser...

Samedi 6 septembre 2008 : premier jour

Mauvaise nuit dans l'avion, mais cela n'influe pas sur la ponctualité du vol. Je ne suis pas bien placé pour voir le spectacle de l'arrivée que Laure m'avait tant vanté.
Atterrisage sans souci, mais je ne suis pas totalement serein avec ma malle ouverte à tous les vents.
Un peu de queue, passage de la paf ; Christian m'avait dit de l'appeler à ce moment-là, mais je préfère attendre d'être sorti, pouvoir me prendre cette clope de repos en regardant autour de moi.
J'attends un bon moment mes bagages ; moi qui pensais qu'avec un enregistrement aussi tardif, j'allais avoir mes affaires rapidement, c'est loupé. Finalement, un gros sac, une malle, un petit sac, un plus petit sac.... Tout est au complet.
Passage de douane ok, je marche vers la sortie, je sors ; moment de clope ?
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"Jérémie ?" Christiant était là à m'attendre :-) La clope est une nouvelle fois reportée.
On monte la montagne de bagage dans sa voiture, direction la case.
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Première découverte. La Réunion, ça semble joli pour ces premiers instants, mais beaucoup moins exotique que la Guyane : la côte paraît très civilisée, rien à voir avec la route Rochambeau - Cayenne qui m'avait tant impressionné la première fois.
Arrivée à la maison, petit coin sympa, jolie case, et rencontre de Florence, la copine de CHristian. Visite de la maison, visite du jardin et de ses arbres exotiques (bananier, arbre du voyageur, frangipanier, manguier...). Je pose mes affaires, on se met sur la terrasse pour prendre le petit déjeuner. C'est la grande classe : il y a une super vue sur la mer, le soleil donne... ....c'est un décor de rêve !! On prend le temps en papotant, du café, des fruits : c'est un vrai brunch en fait. Je passe quelques coups de fil, familiaux en particulier : faut bien donner les premières impressions, même si elles sont peu nombreuses encore, raconter le voyage...
Christian est en fait occupé l'après-midi, et me refile à deux amies à lui qui doivent partir en balade. Je ne me sens pas très sûr de moi avec ma patte folle, mais bon, j'ai bien envie de socialiser un peu dès l'arrivée. Daphné passe me chercher, le courant passe bien ; on passe prendre Inès au Carrefour (ça, c'est du rendez-vous !!). Des amis de la coloc de Daphné sont en fait arrivés par le même vol que moi, et c'est la première sortie du groupe. On se retrouve à une petite dizaine pour monter jusqu'à des bassins (bassin boeuf puis bassin grondin) sur la rivière Sainte-Suzanne. La marche n'est pas trop dure, même s'il faut parfois s'aider des mains et s'agripper aux racines pour escalader.
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Seconde découverte. La nature, dès qu'on s'éloigne de la côte, est splendide. Ces bassins sont particulièrement beaux : si la côte est assez "métropolitaine" (on pourrait parfois se croire sur la côte d'azur...), l'intérieur - on n'a pas été très loin pourtant - est plus naturel, et bien plus beau. J'aurais pu rester là, à révasser, pendant un bon moment, juste à écouter le bruit des cascades au milieu de la végétation exubérante, sous le soleil traversant...
Je papote essentiellement avec Daphné et Inès ; on joue aux "sauvages" ensemble, comme si on se connaissait depuis longtemps : ce n'est pas super sympa, mais bon... "j'aurais dû prendre du zamal" (Inès, je sens qu'on va être potes !!) On reste deux petites heures, et puis on se rentre en faisant scission. Avec les filles, on prend un chemin de traverse pour passer à travers un champ de cannes ; c'est a priori moins sportif, mais quand même assez technique. On part s'acheter de la dodo (la bière d'ici, "la dodo lé la") pour siroter au bord de la mer ; on se cale, après une petite marche sur le rivage, à l'embouchure de Sainte-Suzanne à côté de pécheurs.
Je passe un après-midi très agréable.
Les filles parlent d'aller au théâtre, de comment y aller. Au bout d'un moment, à moi : "mais il faut qu'on te ramène, aussi !!" oui, j'aimerais bien :-S
Retour à la case. Soirée tranquille. Je me couche tôt.

Le départ

Quelques mots ensuite sur le départ... ...qui ne s'est pas tout à fait passé dans les règles de l'art.
Ce qui était donné : fin de l'enregistrement, vendredi 5 septembre 2008, 18h45.
Ce qui était prévu : finir de ranger l'appart dans le début de l'aprèm et partir avec Ranzika sur le coup de 17h.
Mais patatra, engueulade de Ranzika avec son Caporal-Chef, et impossibilité de venir me chercher.
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Comment partir ? Que faire avec ma malle que je ne peux pas bouger seul ? Où trouver quelqu'un pour m'aider à la descendre (avec que des vieux dans l'immeuble, pas gagné...) ?
Je dois avouer que j'ai paniqué. Aucun non-travailleur (en tout cas non salarié) ne répondait au téléphone, l'heure tournait...
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Mon salut est venu de Jean-Marie, qui m'a passé un petit coup de téléphone, juste pour savoir où j'en étais et me souhaiter bon voyage. Il a sauté dans un taxi, et venu m'aider à tout descendre. Prévoyant que ça allait coûter bonbon, je me presse pour aller chercher de la thune ; je cours sous la pluie et me vautre méchamment (j'ai toujours les restes d'un joli hématome sur la cuisse trois semaines après l'accident). L'arrivée du messie Jean-Marie met finalement un moment (embouteillages parisiens), mais je suis soulagé sur le coup.
Mais le stress ne s'évapore finalement pas encore. Pris dans les embouteillages pour sortir de Paris, puis dans ceux de l'autoroute jusqu'à Roissy, je n'en mène pas large !! Et les quelques sms me souhaitant un bon départ me contribuent à me casser le moral... J'appelle même AirAustral pour leur demander de m'attendre !!!
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Finalement, arrivée à 18h30 (ouf !), mais tout n'est pas terminé. Je me renseigne auprès d'une fille d'AirAutral pour l'enregistrement de kilos supplémentaires (je n'avais pas eu de réponse claire au téléphone pendant la matinée) ; elle n'en sait rien, mais me valide mon billet et me met dans la queue de l'enregistrement. Son chef arrive et m'apprend qu'un bagage ne peut être enregistré s'il fait plus de 32 kgs ; j'ai des gros doute sur la malle, et on va la peser ensemble : je découvre qu'elle en fait 50 !!! J'ai failli faire une attaque. Le gars me prend gentiment pris sous son aile, en m'envoyant acheter des sacs de voyage pas trop chers (enfin, 20 euros pour une camelote pareille, c'est vraiment pas le pied...).
Je remplis un premier sac en vidant ma malle dans le hall de l'aéroport sous le regard curieux des passants et des flics de la paf. 12 kgs. C'est bien mais pas suffisant. Je retourne en acheter un autre en vitesse ; redéballage ; re-remplissage, j'explose la fermeture éclair (camelote, camelote...), je m'énerve... Mon bon, ouf, je pèse la malle, 31,2 kgs. J'ai passé la limite... Je cours jusqu'au comptoir, je butte sur un poteau dans la précipitation, j'envoie tout par terre, ordinateur portable compris... L'énvervement continue de monter jusqu'à des cimes himalayennes...
J'arrive enfin au comptoir. On me dit "un seul bagage de cabine"... "deux petits sacs, c'est interdit ?" "un seul bagage autorisé, monsieur" (quand je pense aux énormes sacs de certains, je me dis qu'il n'y a pas de justice). Je décide de rester calme (au moins extérieurement) et j'envoie tout en soute, même les petits sacs, sauf l'ordinateur.
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J'ai envie de me fumer une clope pour souffler, mais on me dit de me presser pour passer la douane. Pffff ! J'y vais bon gré mal gré, faut tout que je sorte du sac pour montrer que c'est un vrai ordinateur sans bombe intégrée. Je vide mes poches et je découvre le cadenas de ma malle : j'ai oublié de la locker dans la précipitation ; je peste interieurement mais il n'y a plus rien à faire... Je cours dans les couloirs jusqu'à l'avion (avec ma fesse endolorie, c'est pas facile) et je tombe sur la fille d'AirAutral que j'ai rencontrée à l'arrivée. Elle explose de rire en voyant hirsute et suant sang et eau. Je reste interloqué, et je me marre deux secondes avec elle.
J'arrive dans l'avion à 19h30 et m'assoie sur une fesse (je ne pouvais pas faire mieux... j'ai dormi mal comme jamais...). On décolle un quart d'heure plus tard. Je n'ai jamais fait aussi juste.
C'est le début de l'aventure.

Les jours avant l'arrivée

Avant d'aller plus avant dans la découverte de ma nouvelle vie, il faut que je dise quelques mots des moments qui ont précédé le départ. Il s'est en effet passé de très belles choses.
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La perspective du départ a densifié mes derniers jours à Paris. J'aurais préféré une tournée d'adieux, d'au revoir disons, plus longue et libre de toute entrave, mais on fait ce qu'on peut. Malgré le gros travail à finir à la DARES, je suis devenu vorace de cette vie que j'allais quitter, des amis chers à qui je pourrais toujours passer un petit coup de fil, mais à qui je ne pourrais plus donner rendez-vous aux Marcheurs de Planète ou au Dindon en laisse. Pour le dire vite (mais sans être très loin de la réalité), j'ai arrêté de dormir pour profiter. C'était un très bon choix.
Il y a eu bien sûr les soirées intimistes, à deux, trois, quatre, cinq. Je ne vais pas revenir dessus ici. Il y a eu les moments de peinture à l'appartement, à chaque fois très sympas.
Et puis il y a eu les deux grandes soirées, le samedi soir chez Ranzika et Stéphanie, et le mardi, le pot à la DARES qui s'est terminé dans la cave du Dindon en laisse.
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Cette soirée du samedi soir, je vais la garder longtemps dans mon coeur. Sur la route, je me disais que je n'étais pas tout à fait satisfait de l'invitation de Ranzika ; en arrivant à la fin d'août, je réalisais que ç'aurait été LE moment pour organiser une jolie fête d'au revoir, et je regrettais un peu de m'être engagé si longtemps avant. Quand on m'a ouvert la porte et que Maël et Linda m'attendaient derrière, ç'a été quand même un choc. L'idée de la "fête surprise" m'avait effleuré, mais l'organisation avait été tellement bien fichue que ça m'était bien sorti de la tête. Voir Maël seul (ou un autre du monde des ENSAIens) m'aurait déjà séché, mais avec Linda à côté, j'ai été franchement déstabilisé. Cela signifiait en effet (tout se bousculait dans ma tête en montant l'escalier) que beaucoup de gens pouvaient se trouver dans l'appartement et que les organisateurs avaient vu les choses en grand. En très grand même !! Le choc a été maximal en haut, en voyant ma petite môman - que j'avais quittée le midi même plein d'émotion -, et, par exemple, même Benoît - que seule Lucile connaissait... Le cerveau est vraiment un organe bizarre ; tout s'est déconnecté d'un coup et j'ai eu l'impression d'être sur une terre meuble. Tout ce monde réunit là pour moi ? Tout ce monde pour moi, dont certains ne connaissaient quasiment personne et qui avaient fait l'effort de se jetter dans la fosse aux lions ? Tout ce monde pour moi, dont certains pour lesquels je connais par ailleurs l'agenda toujours surbooké ? J'ai mis un peu de temps à m'en remettre, et j'ai passé un excellent moment. Je suis content de n'avoir réalisé vraiment le bonheur de cette soirée que de retour à la maison ; c'est là où je me suis mis à pleurnicher : ç'aurait été, au final, dommage que cela arrive avant car j'aurais moins profité de la soirée et de tout le monde. Une des choses que j'ai le plus appréciées, c'est que je n'ai pas été le centre et que les gens ont pu profiter les uns des autres, discuter agréablement avec des inconnus : ce n'était pas une messe.
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Et puis il y a eu le mardi. Le pot à la DARES a été un moment à la fois court et émouvant. J'ai été gâté physiquement (de bien jolis cadeaux), par la présence de nombreuses personnes qui m'ont dit des choses bien gentilles, dont Monique - une chef d'une qualité qu'il me sera difficile de retrouver -, improvisant un discours qui m'a beaucoup touché. Terminer cette journée dans la cave du Dindon en laisse a été une bonne idée : bien que moins mélangée que chez Ranzika (mais on n'avait pas toute la nuit, cette fois), c'était une soirée "comme avant" (enfumée), bruyante, joyeuse, libre.
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De ces moments, je retiens en particulier deux choses.
La première, c'est qu'ils n'ont pas été des rituels d'adieux. C'étaient à la fois des moments extraordinaires et d'émotion, et en même temps des moments presque ordinaires, comme si on allait se retrouver le lendemain, le sur-lendemain, la semaine suivante. Pour le dire autrement, c'étaient à la fois des moments tristes (car la coupure géographique, elle a ses conséquences, on en est tous conscients) et en même temps des moments qui m'ont donné une très grande force : je ne quitte personne, malgré la distance, je ne fuis rien, je suis entouré de gens nombreux, chaleureux, irremplaçables, que j'emmène dans mon coeur.
La seconde chose que je retiens, et qui m'est particulièrement apparue chez Ranzika, c'est que mes amis, même quand ils ne se connaissaient pas entre eux, se sont bien entendus, ont discuté ensemble, se sont souvent appréciés. Cela accentue cette sensation de force car cela me rassure sur moi : je ne dois probablement pas trop "tricher" sur moi, même à l'insu de mon plein gré, car mes bulles de vie et d'amitiés sont compatibles. Non seulement je suis entouré de gens bourrés de qualités, mais en plus, tous ces gens sont, pour ainsi dire, "connectables" (le mot est laid, très "informatique", mais j'en trouve pas de meilleur) : mon terreau de vie est sain.
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Merci de vous. Je vous aime :-)

Je suis arrivé à Zamalia

Il y a trois semaines, j'ai posé mes pieds sur Zamalia.
Zamalia, j'ai piqué ce nom dans une chanson, et je le trouve beau comme tout. Sa généalogie est interlope (ici, on appelle l'herbe "zamal"), mais je le trouve très poétique et je l'ai adopté.
Mais cette ïle, on l'appelle aussi Réunion, ce qui est également un joli nom.
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Je suis tombé ici un peu par hasard ; ma destination, il y a quelques mois encore, c'était mon Mali, ma terre noire, ma terre chaude, ma terre belle et accueillante. Mais l'administration lente et tatillonne en a décidé autrement, et m'a proposé à défaut ce sud plus lointain que j'ai accepté.
Jusqu'à l'arrivée, je me suis demandé régulièrement pourquoi j'avais pris cette décision. Après tout, cette île, je ne la connaissais pas, je n'y connaissais personne. Rien ne m'y appelait. Ma vie parisienne me satisfaisait, j'y étais enraciné parmi des gens formidables, j'y avais cassé l'anonymat dans nombres d'endroits chaleureux... J'avais seulement décidé de mieux me métisser en partant pour mon Mali, et je ne partais pas pour partir ; mais dans une certaine mesure, je suis probablement parti car je m'étais fait à l'idée de m'envoler, car j'avais vécu toute une année avec cet envol en background...
Il y avait aussi le fait que ce passage par la Réunion pouvait être un excellent préliminaire, une clef extrêmement utile pour finalement arriver à Bamako.
Il y avait enfin ce simple appel du large. On peut bien sûr y répondre à tout moment de sa vie, mais il est des moments où la conjonction des astres est favorable : à la réflexion, que risque-t-on quand on est bien enraciné et heureux ?
"Ceux qui ont peur d'échouer n'osent rien faire !"
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Il paraît que les premières impressions ne s'oublient pas. Et les premières impressions de cette terre, pendant ces trois courtes semaines, ont parfois tenu du miracle. Il me faut les partager.
Je suis maintenant un sans-terre, car je n'ai plus d'endroit physique où être enraciné, où tisser les liens, où échanger avec ceux que j'aime et qui sont au loin. Or, comme dit un certain autre, "je sais (...) que la terre sur laquelle mes deux pieds appuient aurait besoin pour ne pas vaciller que d'autres que moi la foulent."
Ce blog, j'espère m'y tenir, va être mon utopie, mon non-lieu-physique, mon vrai-lieu-lien pour qu'on reste connecté !!