Ce soir, c'était ciné.
J'y suis allé tout seul sans me perdre ; Claudine m'avait laissé sa voiture en gérance (elle louait un camion - avec une taille pareille, on ne dit plus camionette ou utilitaire - pour emmenager) et ce soir, je n'étais pas "dépendant". J'ai retrouvé Bruno, Lisa - l'ancienne vat insee devenue journaliste -, Claire, la nouvelle vat insee débarquée d'aujourd'hui, Christian et Florence.
La séance, c'était : Entre les murs.
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Un peu étrange pour une palme d'or peut-être, mais ça m'a bien plu.
J'ai trouvé ce film extrêmement triste malgré les moments rigolos.
L'échange de la fin entre le prof et la jeune fille qui ne veut pas aller en "professionnel" est tragique. "Je ne comprends pas ce qu'on fait." Finalement : Pourquoi est-ce qu'on est là, tous ? A quoi ça sert ? Il y avait un no future non dit dans ce dialogue. Hypocrisie du système et même du prof. Oui, il n'y a pas de futur.
Il n'y a certainement pas de futur tant qu'on prendre ses gosses pour des cons. Le pied de nez d'Esmeralda qui raconte la République (alors que le prof considère Candide et Zadig comme bien trop compliqués) version téci est saisissant. Ouais, c'est pas un bouquin de pétasse, et t'as tout compris ma grande !!
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"On devient juif dans le regarde de l'autre". On sait que ça marche aussi pour le "noir".
Ca marche également pour le "jeune", qui est un concept politique d'exclusion qui ne désigne bien sûr pas une classe d'âge, de la même manière que le "9-3" n'est pas un département ou "la banlieue" un type de zone d'habitation.
Je ne suis pas bien sûr que la mère de Souleymane qui raconte en bambara (exclusion !) que son fils est un bon garçon qui s'occupent de ses frères et soeurs, qui fait le ménage, qui fait la vaisselle soit hors sujet. Exclusion encore quand le proviseur demande à revenir "au sujet". On est dans le sujet : dans un procès, la première chose qu'on fait, c'est un profil psychologique. Pourquoi le refuser ici ? La "vraie" vie serait celle à l'intérieur du collège ? Au final, exclusion du collège. Remarque d'un des profs avant le conseil de discipline : était-il avec nous depuis tout ce temps ? Implicitement : ne s'était-il pas déjà exclu du collège ? Pourquoi ne pas retourner la question : Souleymane n'avait-il pas déjà été exclu du collège avant même les événements qui le mène au conseil de discipline.
Quelle est la place de Wei, d'Arthur ? Inclus dans le système ? Mais dans la classe ?
Il n'est d'ailleurs pas sûr que l'exclusion et l'auto-exclusion n'aient pas des frontières plus poreuses qu'on ne le pense.
Les attitudes des profs quant au respect de la règle (le permis à point, la hiérarchie des sanctions), mais aussi celles des élèves ("vous nous avez dit 'pétasses', vous devez être punis") sont très troublantes par rapport à ces zones d'exclusion-inclusion.
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Ce sont des pensées "à chaud" sur le film.
Mais je suis persuadé qu'il y a vraiment un fond à penser sur ce que c'est que l'exclusion, l'inclusion : hors les murs, dans les murs, entre les murs.
Entre les murs, l'"état d'exception" ? On n'est pas loin d'Agamben...
3 commentaires:
bon j'ai encore envoyé un message concernant le film qui a disparu. Avant d'en risquer un troisième je fais cet essai
Mick
là ça a marché donc j'y vais de mon 3ème commentaire sur entre les murs
- effectivement très triste, tout, même la salle des profs et les récréations, bien rendues. On a l'impression qu'il n'y a aucune amitié entre les gens. Personne n'est sympathique. Surtout pas le prof.
- Tu parles de s'exclure ou d'être exclu. C'est ça qui est intéressant. Entre les murs, on est en prison ; c'est plus à une prison qu'à une maison que fait penser le décor. Les élèves sont tenus d'y être ; à la limite peu importe ce qu'ils y font. Nous au lycée on a régulièrement cette impression, que la seule chose qu'on attend de nous, c'est qu'on garde nos élèves. Et pourtant dans cette absurde prison, la seule punition qu'on connaisse pour ceux qui ne s'y plient pas, c'est de les exclure. Étrange non? L'école serait-elle là pour ranger les adolescents (au sens où on range ses affaires) pendant la journée? Ces ado eux-mêmes sentant bien que ce serait pire encore s'ils n'étaient pas rangés, condamnés à errer sans aucune place, sans existence???
Mick (prof en lycée)
La représentation des relations entre les profs est assez étonnante ; il y a quelque chose de très froid, désincarné, on passe d'un sujet à un autre sans ordre (de l'expulsion de la mère d'untel aux coupes de champagnes pour fêter le bébé à venir...).
Ils me donnent l'impression d'être la figure du système ; d'ailleurs, plus j'y pense, plus je me dis que ce film ne parle peut-être pas du tout de l'école, en fait : ce qui est en question n'est-il pas l'Etat (dont l'école est une des figure possible) ?
Du coup, j'en viens à me demander si pour l'Etat (donc ici l'école), la prison n'est pas son extérieur. D'ailleurs, pour reprendre Agamben, je parlerais spontanément plutôt de camp que de prison.
L'idée : le monde "réel", là où on est rangé, n'est-il pas l'Etat (ici l'école) ? Et l'extérieur de l'Etat serait le camp.
Je ne sais pas si je suis clair, car j'essaie de lire les choses à l'envers, ici. Faudrait peut-être que je refasse un billet complet sur le sujet...
L'"entre-les-murs", dans cette conception, serait la zone intermédiaire (justification de l'utilisation de l'institution scolaire) où les individus entre-deux sont incités à choisir entre l'Etat (l'état normal, inclusif) et le camp (exclusif)...
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